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13/01/2011

Contre la paix à tout prix, la liberté !

Contre la paix à tout prix, la liberté ! Par Mamadou Koulibaly (2003)

Dans ce texte inédit datant de 2003, que nous publions en exclusivité, le président de l’Assemblée nationale explique en profondeur les principes intellectuels qui guident son choix de la « résistance ».


mamkoul.jpgAvec la dynamique de la construction de la Nation, depuis le début de la rébellion armée qui a vue une coalition d’assaillants se jeter sur notre pays, le débat politique prend des couleurs et parfois même s’offre des allures. Il y a quelques jours, au début de ce mois de mai 2003, le neuvième que dure la guerre qui s’est engagée entre le peuple de Côte d’Ivoire et les envahisseurs, la question de la ligne méthodologique du processus de choix collectif s’est posée, par hasard. Construire une Nation oui, mais comment procéder ? Par la force des armes disent certains, sûrs qu’ils sont de leur capacité criminelle. Les armes se sont imposées à eux disent-ils, et ils n’ont plus aucune maîtrise de leurs chiens de guerre. « Non ! », répondent d’autres. Pour eux, la Nation doit se construire par la liberté de choix et le règne du droit, seuls capables d’aboutir à une nation stable et prospère.

Cette question a déjà eu dans la pratique, une solution : le débat public et l’expression libre du suffrage universel. Le débat public a conduit à la rédaction d’une Constitution et les urnes ont permis d’adopter une méthode démocratique de calcul du consentement.

Si dans la pratique les choses semblent claires, dans les conceptions philosophiques, dans les esprits, dans les pensées, elles semblent totalement brouillées. Du moins, elles ne font plus l’unanimité.
La crise que traverse notre pays, ainsi que les débats successifs qui la caractérisent révèlent, de plus en plus, la réalité d’une vieille opposition sur le terrain des idées politiques en Côte d’Ivoire. De nombreux Ivoiriens ont du mal à lire la crise, à l’interpréter, tellement la réalité est complexe, violente et multiple. Nous n’avons pas les moyens d’accéder à la totalité des informations disponibles sur la guerre, la crise, la politique, l’économie, la société, etc. La presse, qui n’a jamais été aussi bonne que maintenant, diffuse toutes sortes d’informations que nous n’avons pas toujours le temps, ni l’opportunité de voir et parfois même d’imaginer. Les hommes politiques qui animent le débat tiennent des discours dont certains sont minables tandis que d’autres sont prétendus brillants. C’est le règne des jugements de valeur. Des débats s’engagent sur ces discours et au-delà des boutades qui tournent chez certains politiciens, sur le sexe de l’auteur du discours, son lieu de naissance, son orgueil, son crétinisme, ses inconséquences familiales et autres balivernes, dignes de responsables en mal d’arguments, il est possible de déceler d’autres commentaires qui, même s’ils sont critiquables n’en demeurent pas moins intelligibles. Cependant, dans le domaine, de nombreux « prêt à penser » sont fabriqués à longueur de journée pour être mis à la disposition des populations qui ont besoin de comprendre et d’apprécier leur vie en communauté. Ces « prêt à penser », véritables doctrines préfabriquées, sont jetés à bon marché dans le crâne des populations. Elles sont bon marché et faciles d’utilisation ; mais hélas ! Elles ont des conséquences redoutables.


I/ Les doctrines en conflit

Cependant, nous avons le choix et nous ne sommes pas obligés d’accepter ces doctrines. Nous pouvons nous faire notre propre doctrine, librement, sans contraintes de qui que ce soit. La question de fond qui se pose à ce stade est celle de la logique du choix collectif dans le calcul du consentement. Devons-nous laisser les politiciens choisir ce qui est bon pour nous ou alors devons nous faire savoir aux hommes politiques ce que nous attendons d’eux ? Dans la perspective d’une recherche de réponse à cette question nous découvrons un débat essentiel et conflictuel entre d’une part les défenseurs d’une certaine idée de la paix, la paix à tout prix, la paix comme religion, la paix comme comportement, la paix pour la paix. Et d’autre part les défenseurs de la liberté, la liberté à tout prix, la liberté pour chacun, la liberté partout.

Dans le premier groupe il y a ceux que nous pouvons qualifier de pacificateurs et dans un second groupe il y a ceux qui se définissent comme des refondateurs. Il s’agit dans la pensée politique d’aujourd’hui, de deux courants qui sont en conflit. Et nous les découvrons avec violence car ils divisent le champ politique en deux moments contradictoires. La paix se bat contre la liberté.
La rentrée parlementaire du 30 Mai 2003 nous révèle que d’un côté du débat, chez ceux que nous appellerons « pacificateurs », nous retrouvons les vestiges du parti unique, c'est-à-dire, le PDCI-RDA et ses excroissances et démembrements que sont le RDR , l’UDCY et l’UDPCI. C’est la famille qui se dit houphouétiste. Et il faut aujourd’hui lui ajouter les milices qui siègent au gouvernement, c'est-à-dire le MPCI, le MPIGO et le MJP. Ils disent tous là-bas qu’ils se rattachent à la conception de la Paix au sens de Félix Houphouët-Boigny. Ils rêvent tous d’un retour à la Côte d’Ivoire de Houphouët-Boigny.

Le groupe des refondateurs se compose pour l’essentiel du FPI. Quels sont donc les termes du conflit ? Comment partir de ceux-ci pour lire l’actualité politique et la gestion actuelle de la crise par le gouvernement dit de réconciliation nationale ?
Les propos qui suivent tentent de répondre à ces questions. Leurs réponses doivent nous guider et aider à savoir si nous voulons repartir en arrière, dans le monopole du PDCI-RDA sur le marché politique ivoirien, dans le parti unique avec ses tares et ses inconséquences que nous payons très cher aujourd’hui, ou alors s’il nous faut avancer en nous éloignant de la Côte d’Ivoire d’Houphouët. Et pour une fois dans notre histoire, en résolvant les problèmes qui se posent à nous et non en les déplaçant pour les générations à venir.

II/ La nature du conflit

La crise actuelle met en évidence de multiples intérêts autour d’un conflit armé que tous les observateurs se sont dépêchés de présenter comme ivoiro-ivoirien. Une forte coalition s’est léguée contre la Côte d’Ivoire à tel point que les Ivoiriens se font chaque jour interpeller de la même façon : comment vous êtes-vous arrangés pour avoir tout le monde contre vous en même temps ? Comment se fait-il que personne ne défende votre cas nulle part contre vos agresseurs qui eux sont adulés comme de gentils Robin des Bois ?

A la lecture des commentaires des observateurs, il semble que la Côte d’Ivoire de la Refondation se soit montré incapable d’assumer l’héritage de Houphouët Boigny. Comme si tel avait été les objectifs du programme de gouvernement des refondateurs.

Les politologues se sont très souvent attardés sur cette question. De leurs opinions, il ressort que le problème des Ivoiriens réside dans le fait qu’ils tentent de rompre avec la tradition houphouétiste qui, selon les ennemis et adversaires de la Refondation, était le symbole d’un échange de bonnes manières à l’intérieur comme sur le plan international. La politique intérieure et internationale de Houphouët aurait été une politique de paix.

« La paix contre la sécurité » : tels étaient les termes de ce contrat implicite entre Houphouët et le peuple de Côte d’Ivoire d’une part, et entre la Côte d’Ivoire et les pays voisins d’autre part. La paix signifie alors : « laissez nous faire ce que bon nous semble et nous vous assurons que nous ne vous ferons pas de mal ». Cela signifie la paix à tous les prix pour les Ivoiriens réduit à être des enfants incapables. Toute tentative que votre liberté vous guidera en tant qu’homme, à entreprendre devrait avoir, d’abord, l’autorisation de ceux qui sont supposés vous apporter la sécurité. Sinon gare à vous !

Votre liberté peut à tout moment menacer votre sécurité si vous ne leur demandez pas leur autorisation. La paix n’est obtenue que parce que votre sécurité est prise en otage.
Le chantage financier, le chantage économique, le chantage politique, le chantage tribal et même le chantage policier et militaire. Il y a donc des fondements terroristes à cette paix. Tout est mis en oeuvre pour que votre liberté soit sous hypothèque. C’est ainsi que nos relations internationales ont été déterminées dans la tradition de la paix, ce bien précieux, disent les pacificateurs, que Houphouët a laissé aux Ivoiriens.

S’éloigner de l’houphouétisme entraîne donc automatiquement des menaces sur la paix. Dès lors, la conclusion logique à laquelle l’on aboutit est que pour restaurer la paix en Côte d’Ivoire, il faut revenir à l’âge d’or de l’houphouétisme. Qui à l’époque, n’a pas jugé utile de défendre la nationalité ivoirienne. Qui à l’époque n’a pas été capable de résoudre le problème de la propriété foncière. Qui à l’époque a juste déplacé les problèmes mais ne les a pas résolus.

Qui d’autre que les pacificateurs seraient aptes à gérer ce retour ?

Les refondateurs ne sont donc pas légitimes pour gouverner la Côte d’Ivoire. Ils doivent laisser la place aux pacificateurs. Les pacificateurs sont une catégorie de pacifistes. Une différence existe dans l’usage des deux termes. Si nous définissons la paix comme un état du monde dans lequel les rapports entre les personnes ne sont pas conflictuels ou querelleurs, alors le pacifiste est un partisan de la paix entre les personnes, les peuples, les nations. Certes, les caractéristiques de l’état du monde comptent dans cette définition, mais faut-il pour autant ignorer les rapports entre les personnes qui constituent l’essence même de la paix ? Pour le pacifiste, il ne s’agit que d’une option. Soit on travaille pour la paix, à partir de l’état du monde, et on essaye alors de transformer ce dernier par des plans préconçus, sur des données macro-sociétales que sont les tribus, les ethnies, les clans etc ; soit on choisit de travailler sur les rapports entre les personnes et dans ce cas, le droit, c'est-à-dire l’ensemble des règles qui régissent les rapports interpersonnels, s’affirme comme principe directeur.

Le pacifiste est un idéaliste qui est partisan de la paix à tout prix. Il lui arrive parfois d’avoir de la considération pour le droit. Souvent aussi, il peut ignorer ou transgresser le droit. Dans le premier cas, le pacifiste sera dit démocrate tandis que dans le second cas, il sera terroriste même si tous les terroristes ne sont pas des pacifistes qui auraient mal tourné.
L’idéalisme du pacifiste peut le transformer. Il pense pouvoir aboutir à la paix entre des groupes humains avec des moyens illusoires, cela donne, soit la démocratie tribale, soit le parti unique. Il pense, dans le premier cas, construire la paix dans l’ignorance complète du droit. C’est alors que le pacifiste devient un vulgaire assaillant, un rebelle, terroriste. Les germes de la rébellion se trouvent dans l’houphouétisme.

Dans les deux cas le pacifiste ivoirien devient un pacificateur ; c’est-à-dire quelqu’un dont la mission est de rétablir la paix entre les personnes. Cette personne spéciale est supposée avoir un esprit supérieur à celui des autres hommes, puisque l’on juge qu’il est capable de ramener la paix, le calme, la concorde là où elles auront été perturbées. A priori, l’action du pacificateur devrait avoir la même efficacité que celle du droit. Hélas non ! Tel n’est pas le cas.
Le droit constitue le ciment qui lie de façon ferme et claire les relations souples entre les personnes en société. Le droit, c’est ce par quoi les hommes acquièrent librement le consentement de leur semblable lorsqu’ils s’engagent en société. L’engagement est d’abord et avant tout un choix, c’est-à-dire l’exercice du libre arbitre dont nous sommes dotés par nature. Qui dit choix dit raison du choix dans l’action humaine. Le droit n’est rien d’autre que la raison reconnue par le libre consentement collectif. Un tel processus cognitif ne peut donner en aucun cas le même résultat que le processus de pacification.

Le pacificateur est un surhomme. Il impose, il dispose, mais ne compose pas, à moins que ça ne soit de la compromission. La paix ou le déluge, tels sont les maîtres mots qu’ils utilisent pour faire peur et pour se faire peur. Dans le cas du pacificateur terroriste le droit n’existe pas. Lui, est un sauvage foncièrement malveillant qui n’a aucun respect pour la vie et pour l’intelligence et qui se met au service de n’importe quel intérêt. Seuls comptent pour lui le langage de la force, des armes, de la fourberie, de la violence et de la barbarie. Pour lui, la paix signifie imposer, par la tombe et le cimetière, le calme et la concorde entre les peuples, les ethnies, les tribus, les partis politiques, les groupes de toutes sortes. Le pacificateur s’impose par les armes du rebelle. Le rebelle, lui est quelqu’un qui accepte le but recherché : la paix, mais reprouve les règles du libre jeu des acteurs et du droit. Le rebelle ignore la puissance de la raison qui soustend le droit et la liberté. La paix devient peine avec le pacificateur terroriste, assaillant et rebelle. La paix alors cesse d’être un simple mot. Elle cesse d’être un simple comportement.

La paix n’est rien d’autre qu’un état d’esprit. Les pacificateurs seraient-ils prêts à l’admettre ?

Le fond du débat avec les pacifistes ivoiriens, c’est qu’ils sont presque tous devenus pacificateurs. Sur le marché politique, les adeptes de « la paix à tout prix » sont repérables par leur appartenance politique. La doctrine des pacifistes est partagée par le PDCI-RDA telle que l’a quitté Houphouët Boigny. Depuis le pacifisme, des pacifistes modérés jusqu’aux pacificateurs terroristes, c’est-à-dire de Laurent Dona Fologo, pacifiste démocrate, jusqu’à Soro Guillaume pacifiste terroriste, en passant par Henri Konan Bédié, Alphonse Djédjé Mady, Robert Gueï, et Alassane Dramane Ouattara, l’héritage d’Houphouët-Boigny tourne au drame pour le grand malheur des Ivoiriens. Dans la même famille, il faut aussi classer Mel Eg Théodore et Seydou Diarra. C’est cette grande famille qui soutient les accords de Marcoussis et leur application intégrale même si le dernier cité est lui-même ancienne victime du pacifiste Houphouët des années 60.
Pour cette conception du pacifisme, les concepts moraux peuvent avoir un sens même si les individus auxquels ils s’adressent ne sont pas libres. Or empiriquement, nous avons des concepts moraux avec lesquels nous organisons les principes de notre vie en société. Le bien, le mal, le préférable, l’injuste, le digne et l’indigne, etc. En tant qu’homme – qualité que nous ne perdons pas même si nous sommes des pauvres Africains Nègres - nous avons tous des convictions morales à propos de ce qui est bon et préférable ou pas, pour nous. En outre, quoiqu’il en soit, à tout moment, ou à certains moments, nous avons toujours le choix de faire ou de ne pas faire certaines choses. Les convictions morales comptent certes, mais le libre choix est ce qui leur donne un sens, un contenu grâce auxquels elles ont une signification ou une application pour nous et pour nos semblables.
Dès lors, le pacificateur, lorsqu’il s’impose, étouffe une partie de ce libre choix sur le champ politique et social. Or, ce libre choix relève de la liberté et du droit de l’homme. La pensée unique ne provient pas du refondateur qui admet la liberté de pensée. Mais le pacificateur estime que cette liberté de pensée est dangereuse car elle assure le changement de mentalité et émancipe de la raison pacificatrice. Le pacificateur, lorsqu’il n’est pas démocrate, a peur du changement. Cette raison politique est critiquable.

Face au pacificateur, il y a la doctrine de la refondation fondée sur la liberté, la liberté du contrat et le droit à l’autodétermination des hommes et des peuples. Pour le refondateur, les rapports qui doivent s’établir entre les personnes sont les principaux leviers de la paix. Si un phénomène doit être célébré, ce n’est pas la paix, mais d’abord et avant tout la liberté, source du droit qui règle à son tour les rapports. Les rapports entre les hommes sont en effet régis par le droit et la liberté. Le premier de ces droits est d’abord le droit à la vie, le droit à s’approprier sa propre vie. La vie, bien précieux de l’existence n’a de sens que parce que nous l’avons et que nous pouvons l’utiliser. Le droit à la propriété est celui là même qui fonde la vie. Nous avons une vie, nous essayons de la vivre pleinement. Si nous perdons la vie, nous disparaissons en tant que personnes même si en tant qu’esprits nous demeurons. Cette vie mérite d’être respectée et la liberté lui donne son sens. La Refondation construit la paix lorsque les individus, librement, choisissent les règles qui vont s’imposer à eux. La refondation célèbre la liberté et considère que la paix dérive de la liberté. Pour lui, la paix a des droits, mais ces droits doivent être le fruit du consentement libre des personnes. L’état d’esprit qui admet ce processus est la paix. La paix est la conséquence d’un état d’esprit qui trouve sont essence dans la liberté.

La Refondation, par son fétichisme de la liberté, produit une impression de calme, de règne de la paix. La Refondation est paisible et sa stratégie est la plus stable en matière de paix. La Refondation n’est ni pacifiste ni pacificatrice.
La stabilité politique pour le refondateur n’est ni le statu quo, ni l’autoritarisme. Il s’agit du changement dans la liberté.
La stabilité vient du fait que toute crise, tout choc imposé au système social puisse conduire la société à un nouvel état qui garantisse le libre choix de tous. La Refondation n’a pas à craindre les crises car elles sont les moteurs du changement. Elle donne l’assurance que la sortie de crise doit être gouvernée par la liberté de choix, sans contraintes aucune ni sur les députés ni sur le peuple. La refondation n’est ni violente, ni conquérante. Mais elle s’est donné librement un programme de travail, des principes d’organisation, des règles de gouvernance. Il importe peu de connaître ici et maintenant, avec précision, les différents éléments de cette refondation par ailleurs largement expliquée. Il suffit de savoir que le refondateur est d’abord un panégyriste de la liberté. La liberté économique, la liberté politique, la liberté syndicale, la liberté financière, la liberté monétaire sont les différentes interfaces du même principe de base. Une seule des libertés manquerait que la liberté en souffrirait terriblement.
Autant les hommes politiques réclament la liberté pour leurs activités, autant ils doivent l’admettre pour les hommes d’affaires parmi lesquels les affaires bancaires et monétaires.

Sur le marché politique ivoirien, la refondation est représentée par le FPI. On y trouve des refondateurs conformistes, c’est-à-dire ceux qui dans le processus de la refondation, respectent les règles, même si leurs objectifs ne sont pas atteints par ces règles qu’ils s’imposent volontairement. On y découvre aussi des refondateurs radicaux qui, eux tiennent à l’essence, aux principes, à la racine d’une politique, d’un programme. Pour ces derniers, lorsque les résultats ne sont pas atteints, il faut s’adapter en recherchant les fondations essentielles de la doctrine.
Aujourd’hui, le champ politique en Côte d’Ivoire est divisé entre pacificateurs et refondateurs. Mais alors que la refondation est stable, le pacifisme est très instable avec une branche armée incontrôlée qui a fait irruption sur le champ politique sans aucun respect pour le droit. Les derniers débats politiques, sur la nomination du ministre de la Défense, sur le désarmement, sur l’application des Accords de Marcoussis etc., précisent les divisions de doctrines politiques dans notre pays. La grille de lecture proposée ici paraît propice pour analyser et comprendre l’actualité politique dans notre pays et le comportement, à première vue erratique, de ses principaux animateurs. Elle semble plus solide que les distinctions habituelles entre la droite et la gauche de l’échiquier politique. Elle est aussi plus robuste que les distinctions entre capitalistes et communistes, ou entre socialistes et libéraux.

La guerre qui a débuté le 19 septembre 2002 par de nombreux assassinats politiques, des vols, des viols et autres méfaits, est un produit de la dégénérescence du pacifisme ivoirien devenue rébellion. Heureusement que tous les pacifistes ne sont pas pacificateurs rebelles. Il reste encore nombreux ceux qui tiennent à la démocratie et à la République. Il faut espérer qu’assez rapidement les pacifistes en prennent conscience et se retirent de la pacification pour rejoindre la Refondation, ou du moins, pour admettre la démocratie, les droits et les libertés dans une société ouverte en construction.


Par Mamadou KOULIBALY
3eme Vice président du FPI
Président de l’Assemblée Nationale

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Commentaires

La crise actuelle met en évidence de multiples intérêts autour d’un conflit armé que tous les observateurs se sont dépêchés de présenter comme ivoiro-ivoirien. Une forte coalition s’est léguée contre la Côte d’Ivoire à tel point que les Ivoiriens se font chaque jour interpeller de la même façon : comment vous êtes-vous arrangés pour avoir tout le monde contre vous en même temps ? Comment se fait-il que personne ne défende votre cas nulle part contre vos agresseurs qui eux sont adulés comme de gentils Robin des Bois ?

Écrit par : Mohamed Radwan | 13/01/2011

Merci cher ami pour avoir exhumé cette contribution du Prof K.Mamadou.

La particularité de notre crise réside, en mon sens, du mutisme du monde ou de son soutien à la sédition. La présente contribution montre bien que les réfondateurs ne peuvent pas être soutenus par le monde qui à l'évidence fait partie du groupe des pacifistes. Pendant que les réfondateurs prônent une liberté à tous égards, les pacifistes eux, s'accrochent aux principe du "Silence on mange". En d'autres termes, chères populations nous donnons vos richesses à nos partenaires qui en retour nous garantissent une paix durable. Mais cette paix qui devait être durable, devient chemin faisant précaire car les générations changent et avec elles, les besoins du peuple.
Aujourd'hui, nous sommes arrivés à un point critique de la crise. Les pacificateurs ont gagné en notoriété, en crédibilité tout simplement parce que les tenants de ce courant veulent la paix à tout prix, c-a-d, céder nos richesses. Les réfondateurs eux, rasent les murs de la reconnaissance, accablés qu'ils sont par le monde pacifiste et impérialiste à l'excès. Qui l'emportera? Attendons de voir. Mais, j'ai une conviction. Je crois en la liberté et je crois au droit et à la justice. Cet ensemble contribue à faire éclater la vérité et même si la réfondation doit disparaître, elle aura le mérite d'avoir ouvert les yeux des peuples sur l'importance de la liberté, de la souveraineté.

Écrit par : kanegnon | 14/01/2011

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