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22/05/2011

INTERVIEW DE Mamadou KOULIBALY,Président par interim du FPI à Frat-Mat

Fraternité Matin vient de lancer, dans le cadre de ses Grands débats mensuels, celui portant sur le sujet suivant: quel régime politique pour la Côte d’Ivoire? Les avis sont partagés, nous voulons bien savoir votre position sur cette question?

mk.jpgDans une période post-crise immédiate, ce n’est pas le moment de changer un régime politique. Cependant, l’histoire de la Côte d’Ivoire nous montre que depuis les indépendances, la Côte d’Ivoire souffre d’un Etat centralisé, omniprésent et osons le dire envahissant, hérité du modèle jacobin importé par la France. En tant que libéral, je prône un Etat minimum, c’est-à-dire un Etat qui assume ses responsabilités au niveau de la sécurité, de la justice mais qui laisse la liberté à ses populations de faire le reste. Bien sûr? l’Etat a le devoir de mettre en place l’environnement institutionnel qui permette à chacun de travailler et d’être propriétaire. Cette vision m’amène à prôner le régime parlementaire en Afrique car c’est dans ladécentralisation du pouvoir que les pays africains trouveront la stabilité. Audace Institut Afrique (AIA), le think tank indépendant que je préside, travaille sur le sujet et publiera en octobre des propositions. J’ai le sentiment que rapidement, la Côte d’Ivoire aurait intérêt à s’orienter vers un régime parlementaire, d’autant qu’elle l’a déjà connu à travers la constitution de 1959.



Les pouvoirs en Afrique, sont tous, ou presque, d’essence présidentialistes, des sortes de monarchies déguisées ou des dictatures en exercice. Et les exemples montrent bien que les pays de type parlementaire, comme le Cap-Vert, ont des réussites de développement que des pays mieux lotis comme la Côte d’Ivoire envieraient. Quelle lecture faites-vous d’un tel constat?

Des chercheurs au sein d’AIA travaillent là-dessus et les premières tendances qui se dégagent de leurs travaux semblent mettre en évidence que dans les régimes parlementaires, certes peu nombreux sur le continent, la liberté économique y est plus importante et les conflits moins fréquents. Bien sûr, je ne souhaite pas tirer de conclusion hâtive mais en octobre, nous aurons avancé le travail et nous pourrons ainsi engager une discussion constructive sur les résultats.

Doit-on voir, dans nos crises à répétition, la matérialisation de cette conception du pouvoir où le Président est tout à la fois?

Il est évident qu’un Etat qui repose sur un homme ou une poignée d’hommes est un Etat fragile. Cependant, des pays comme la France ont opté pour un régime présidentiel qui, sous Sarkozy, est encore plus marqué. Il y a un président omniprésent et pourtant la France ne connaît pas les crises de l’Afrique, parce que le pouvoir là-bas est décentralisé et que les villes, les départements, les régions, ont des pouvoirs et des moyens financiers pour les exercer. Il y a certes le problème de la concentration du pouvoir, mais en Afrique, nous nous heurtons également à la mauvaise gouvernance qu’induit facilement ce modèle. Comme nous ne sommes pas responsables, il faut donc créer des limites pour protéger les populations des excès des pouvoirs en place. Le régime présidentiel complique la chose.

La crise post-électorale qui a fait des morts et d’énormes dégâts a pris fin par l’arrestation du Président Laurent Gbagbo. Regrettez-vous aujourd’hui le fait qu’il n’ait pas cédé pacifiquement le pouvoir à Alassane Ouattara reconnu par la communauté internationale?


J’ai prôné dès le début du mois de décembre 2010 une sortie de crise par le dialogue. Les deux camps adverses que j’ai rencontrés et tenté de convaincre sont restés totalement hermétiques à mes propositions. La situation était figée. Aujourd’hui, bien sûr, lorsque nous comptons les morts et les dégâts, nous ne pouvons que le regretter.

L’on semble vous reprocher votre silence face à cette crise qui aura fait, dit-on, 3000 morts?

Je n’ai pas l’impression d’être resté silencieux. J’ai tenté une médiation qui n’a pas abouti. J’en ai pris acte. La situation reposait ensuite sur des éléments que je ne maîtrisais plus, sur la volonté des hommes politiques. Le silence ne veut pas dire indifférence. Je suis au contraire profondément attristé par tous ces morts et ces souffrances. Je suis d’autant plus touché que cette situation était prévisible et que j’avais d’ailleurs mis en garde contre ces dérives possibles durant la dernière décennie dans différents discours publics et privés. A l’époque, on me reprochait de trop parler! Depuis la signature de l’accord de Marcoussis, tout s’est enchaîné logiquement pour conduire au chaos, mais le dire était devenu politiquement incorrect dans tous les camps.

Il y a même plus: que vous auriez dû démissionner de votre poste de président de l’Assemblée nationale, au lieu de vous installer dans un mutisme?

Les gens dont vous parlez sont alors ceux qui reconnaissent l’institution ! Ces derniers temps, nombre de communications officielles vont à l’inverse ! Si ma démission pouvait débloquer la crise, il est évident que je me serais empressé de le faire. Je crois que certaines personnes mélangent tous les problèmes et les rendent encore plus compliqués.

Le parlement ne fonctionne pas depuis fin avril et les députés ne seraient pas payés depuis deux mois. Quel est votre rôle?


Effectivement, les députés ne sont plus payés depuis fin avril. Le Président Ouattara a pris cette disposition considérant que, depuis le second tour du scrutin, les députés exerçaient dans l’illégalité. Décision étrange sachant que la constitution ivoirienne établit une séparation entre les pouvoirs exécutif et législatif. Dans cette logique, il est étrange également que les fonctionnaires de l’Etat n’aient pas été soumis à ces sanctions. C’est tant mieux d’ailleurs. Je ne cherche pas à polémiquer sur cette histoire de salaires. Ce n’est pas un évènement central et il faut réellement se concentrer aujourd’hui sur la réconciliation et sur les mesures qu’il faudra mettre en place pour que dans l’avenir, nos institutions ne soient plus un terrain de jeu pour les influents. Les conseillers juridiques du Président de la République qui soutiennent cette violation de la constitution doivent savoir qu’ils l’induisent en erreur et au parjure. Selon l’alinéa 4de l’article 59 de la Constitution sur laquelle le serment du Chef de l’Etat a eu lieu, les élections législatives ont lieu 20 jours au moins et 50 jours au plus avant l’expiration des pouvoirs de l’Assemblée nationale. Cela voudrait dire tout simplement que l’élection des nouveaux députés doit impérativement avoir lieu avant l’expiration du mandat des députés en place. L’élection législative n’étant pas intervenue, les pouvoirs de l’Assemblée Nationale ne peuvent prendre fin. Le Chef de l’Etat n’a pas raison de suspendre le traitement des députés. Il en est de même des émoluments des membres des autres institutions de la République.

Ils sont nombreux à s’expliquer difficilement que vous soyez libre de vos mouvements, tout comme Miaka Oureto, alors que plus de 200 cadres de votre parti sont assignés en résidence surveillée ou détenus?

Je me pose parfois la question. Je n’ai pas forcément saisi la logique des arrestations. On peut dire que certaines personnes ont été impliquées plus directement dans les excès et d’autres ne se trouvaient tout simplement pas au bon endroit au bon moment. Je ne peux répondre pertinemment à votre question. Il faudrait poser la question au Ministre de l’Intérieur, au ministre de la Défense, au Président lui-même. Je ne suis pas le seul dans ce cas.

Y aurait-il un deal entre vous et le nouveau pouvoir pour faire de vous le successeur de Laurent Gbagbo sans la volonté de la base, comme il se murmure?

Est-ce à dire que vous jugez mon envergure politique tellement faible que je pourrais être un opposant idéal pour le nouveau pouvoir ? Le Fpi n’est pas à la recherche d’un successeur. Pour l’instant, notre préoccupation est plus de réintroduire la notion de parti d’opposition et de contrepouvoir. Nous souhaitons simplement retrouver un espace d’expression pour éviter que le pays ne glisse vers le parti unique et la pensée unique. Ce sera ma contribution à l’ancrage de la démocratie dans notre pays. Le Fpi n’est pas une Pme familiale ou un club de soutien et la Côte d’Ivoire n’est pas une monarchie, autant que je sache.

Votre parti et ses alliés du Cnrd dont vous assumez le secrétariat général par intérim, depuis le 17 mai, en lieu et place de Mme Simone Gbagbo, va-t-il prendre part aux législatives de décembre? Si oui, à quelles conditions et quelles sont vos chances?


Oui, le Fpi et le Cnrd prendront part aux élections législatives et nous sommes conscients des difficultés que nous allons rencontrer. Nous savons que nos chances sont minces. Mais cela ne veut pas dire que nous devons renoncer à nous renforcer en vue des prochaines échéances électorales. Notre objectif est d’être une véritable opposition d’ici à 2015. La Côte d’Ivoire a d’ailleurs intérêt à cela, car un modèle de parti unique est la voie ouverte à tous les excès.Le contre-pouvoir est le moyen de contrôle le plus efficace entre les échéances électorales dans un modèle démocratique. Notre existence est donc un enjeu important pour tous. Du moins, nous osons le croire.

Le Président du Ghana, Atta Mills, aurait oeuvré pour que le président du Conseil constitutionnel, Yao N’Dré, organise la cérémonie de prestation de serment. Y-a- t-il eu des négociations ou des pressions sur vous et Atta Mills?

Le Président Atta Mills s’est en effet impliqué en tant que médiateur ou facilitateur dans le dossier ; mais il n’est nullement question de pressions. Moi, j’ai agi parce que je voulais aller à l’apaisement et au retour des conditions de l’Etat de droit en Côte d’Ivoire, après la guerre postélectorale.

Vous parlez sans cesse de réconciliation. Cet engagement n’est-il pas contrarié par des informations selon lesquelles certains cadres de votre parti auraient à cœur de se venger de Ouattara?

Je connais peu de cadres animés d’un désir de vengeance. Il est vrai que les vainqueurs ont utilisé l’humiliation comme moyen de domination et que l’humiliation est le sentiment qui conduit naturellement à la frustration et à la violence. Les cadres avec lesquels je demeure en contact ont pourtant plus envie de revenir chez eux en Côte d’Ivoire que de vivre en exil enlisés dans le désir de vengeance. Le nombre d’Ivoiriens morts a forcément conduit chacun à l’humilité et au devoir de Plus jamais ça! Les esprits se tournent vers l’avenir et la réconciliation. J’ai foi en cet avenir qui devrait nous conduire vers une Nation.

Vous avez dit dans un récent entretien sur les antennes d’une radio que vos médiations au plus fort de la crise se sont heurtées au refus des faucons des deux camps. Pensez-vous pouvoir aujourd’hui faire fléchir les faucons pro-Gbagbo au point d’accepter le principe de la réconciliation nationale?

Je crois sincèrement que chacun est animé d’une volonté de réconciliation nationale. Une tâche importante est aujourd’hui entre les mains de M. Konan Banny et de l’équipe qu’il va former autour de lui, pour faire en sorte que chacun se retrouve dans la responsabilité et le pardon pour avancer vers une solide réconciliation. Cependant, dans le même temps, le Président de la République qui affiche sa volonté de réconciliation parle fréquemment de justice. Ce qui est une bonne chose. Mais de quel concept de justice s’agit-il ?

S’agit-il d’une vengeance justicière qui conduit le vainqueur d’une guerre à imposer aux vaincus et à eux seuls les punitions et autres humiliations ? S’agit-il d’une justice réconciliatrice qui implique que, soit l’on amène tout le monde en justice, soit l’on n’y amène personne ? La réconciliation ne peut être sélective comme le préconise le Président

Ouattara. Soit l’on part sur la piste d’un forum de réconciliation où chacun vient faire son mea culpa et recevoir son absolution, soit l’on traîne tout le monde en justice et chacun paie le prix à payer à la hauteur de ses crimes, sans exception. S’agit-il d’une justice sécurisante qui devrait permettre de rétablir tous les citoyens dans la puissance de tous leurs droits. Elle doit mettre un terme à la violation récurrente et systématique des droits individuels des populations? Cette dernière conception me semble mieux à même d’aider à la reconstruction politique, économique, morale et sociale de la Côte d’Ivoire.


Le Fpi que vous dirigez, aujourd’hui, en l’absence de son président, Affi N’Guessan, incarcéré, est-il prêt à entrer dans le gouvernement d’union proposé par le Président Alassane Ouattara? Si oui, quels sont les noms de vos cadres «ministrables»?


Le Comité central du Fpi élargi à la haute direction du Cnrd vient de décider que les conditions n’étaient pas remplies pour sa participation à un gouvernement d’union nationale. Les conditions de sécurité de ses membres en liberté, celles de ses membres en exil ne militent pas en faveur d’une participation au gouvernement d’union. De plus, la question du statut exact des membres incarcérés à la Pergola, à Katiola, à Odienné, à Bouna et à Korhogo ne rassure guère pour un parti invité à la table du Conseil des ministres. Les militants disent ne pas avoir peur de se trouver franchement dans l’opposition vraie. Ils disent qu’ils ne peuvent pas avoir critiqué les modèles de gouvernement Nzassa et venir maintenant en faire la promotion. De plus, ils ne veulent pas être comptables des politiques que le régime du Rhdp mettra en place. Ils ne veulent pas servir de faire valoir à un régime qui a décapité leur parti. Ils souhaitent que la démocratie s’ancre en profondeur dans notre pays et souhaite une alternance véritable sans gouvernement d’union dans les conditions actuelles. Ils m’ont donné mandat de discuter de toutes ces questions avec les autorités. Ils m’ont demandé de faire savoir que, pour eux, les urgences aujourd’hui ont trait au statut de la Commission électorale? avec la disparition de nombreuses composantes que sont le Mpci le Mpigo, le Mjp. Ils estiment que la commission électorale centrale est très déséquilibrée en leur défaveur. Ils aimeraient parler du nombre de places à l’Assemblée nationale, compte tenu de la démographie qui a évolué ces dix dernières années. Ils aimeraient comprendre le statut actuel de l’Accord de Ouaga que le Président Ouattara appelle accord inter-ivoirien, après que l’un des signataires a été capturé, déporté etincarcéré. Ils veulent comprendre la logique de la construction de la nouvelle armée. Ils ont de nombreuses autres urgences ayant trait à la liste électorale, au découpage électoral, etc. Dans ces conditions, voyezvous, le Fpi n’a pas de ministrables pour le moment. Nous avons d’abord besoin de nous restaurer, de comprendre ce qui nous est arrivé et nous aviserons, si besoin est, quand nous serons mieux adaptés à notre environnement.


L’on spécule assez sur les notions: gouvernement d’ouverture; gouvernement d’union; gouvernement de large ouverture, etc. Quelle pourrait être la bonne formule, pour vous?

Mon point de vue est que quelle que soit l’appellation que l’on souhaite donner à l’ouverture, le partage du pouvoir est une mauvaise chose. L’expérience africaine a pu le mettre en évidence de nombreuses fois. On voit également où a mené le partage du pouvoir sous Gbagbo. Comment voulez-vous gouverner dans ce contexte ? L’équipe du Président Ouattara devrait gouverner seule pour à la fois avoir une chance d’appliquer son programme mais également pour en assumer toutes les responsabilités. C’est le point de vue de Koulibaly Mamadou. Je leur suggère de ne pas s’inquiéter, nous ne souhaitons pas quémander des postes ministériels. Ils pourront travailler à leur programme que nous critiquerons ou soutiendrons en fonction des orientations.

L’opposition n’est pas un groupe de perdants qui restent assis jusqu’au prochain scrutin. Nous avons une vision moderne d’une opposition active et constructive.

Bientôt, les élections législatives. Comment évaluez-vous les chances du Fpi décapité à cette bataille électorale?


Comme je viens de vous le dire, les chances du FPI sont minimes, tant le parti est affaibli.

Aujourd’hui, quand vous regardez la Refondation, que vous dites-vous: on a échoué, on a dévié…

La Refondation est un mot très utilisé mais vide de sens puisque le programme n’a jamais été appliqué. Nous avons d’abord fait l’erreur de nous orienter vers un partage du pouvoir, pour ensuite nous retrouver face à une rébellion armée, un pays ingouvernable, puis un Premier ministre issu des Forces nouvelles, ex-rébellion, et nous étions largement minoritaires dans l’équipe gouvernementale. La Refondation restera donc un programme intéressant qui n’a jamais été appliqué.

De la réunion du Comité central du Front populaire ivoirien que vous avez présidée mercredi dernier, le Comité pose de nombreuses conditions pour entrer dans le prochain gouvernement. Parmi elles, la question de la libération de vos camarades posée comme condition sine qua none. N’est-ce pas une manière de consacrer l’impunité? Les nombreuses conditions du Fpi, ne peuvent-elles pas être vues comme une sorte de chantage?


Peut-on parler de conditions ? Nous ne posons pas de conditions réellement. Nous avons simplement fait un constat. Nous jugeons que, compte tenu de l’insécurité actuelle pour les opposants politiques en Côte d’ivoire et du fait de la détention de nos camarades, l’environnement n’est pas propice à l’entrée du FPI au gouvernement. Poser des conditions voudrait dire que nous sommes indispensables au nouveau gouvernement. Nous ne pensons pas que ce soit le cas. Nous ne pensons pas non plus que les missions qui nous ont été réservées au sein de la nouvelle équipe soient essentielles. Donc, dans ce contexte, je ne pense pas que nous puissions parler de chantage ou de condition sine qua none. Quant à la libération de mes camarades du FPI, vous savez que je n’ai jamais consacré l’impunité. Pour cette raison, certains me trouvent très dérangeant. Je ne souhaite pas non plus m’ériger en juge et déterminer les responsabilités de mes camarades. Ce qui est certain, comme je vous le disais dans votre précédente question, c’est que s’il y a jugement et qu’ils sont les seuls jugés, une part de justice sera faite et si l’on s’arrête là, ce sera une forme de justice du vainqueur animée de vengeance.

D’évidence, comme d’ailleurs semblent le prouver différents rapports, tous les camps ont commis des crimes graves. Je ne dis pas cela pour minimiser les crimes de mon camp mais pour faire une place nécessaire à l’objectivité qui semble brutalement manquer au pays. Je ne crois pas trop au clan des gentils et à celui des méchants. Ainsi, limiter la justice aux perdants de l’élection pourrait profondément saper le processus de réconciliation. Nous pensons d’ailleurs, mes camarades et moi, que la participation du FPI au gouvernement n’est pas franchement une démarche réconciliatrice ou alors ce genre de réconciliation serait une coquille vide. On peut se réconcilier sans partager le « gâteau». Nous ne courrons pas après des postes. Par contre, la manière dont la justice se prononcera dans les mois qui viennent sera au coeur de la dynamique de réconciliation. La justice sélective est profondément injuste et ne peut conduire au pardon et à la réconciliation.


Aujourd’hui, avec du recul, qu’est-ce qui a bien pu expliquer le refus du camarade Gbagbo d’accepter le verdict des urnes? L’en aviez-vous dissuadé?. Auquel cas, de quoi aviez vous eu peur?
- Que votre discours d’homme libre soit mal vu par les autres camarades?
- D’être... tué dans le pire des cas?


Je ne peux me prononcer à la place de Laurent Gbagbo. Il est déjà emprisonné. Je ne vais pas m’octroyer sa liberté d’expression ! Quant à nos conversations privées avant sa chute, elles demeurent de l’ordre du privé. D’évidence, mon parcours politique répond à votre question: est-ce que j’ai peur? Quant à mon statut de libéral, je l’assume et le FPI est un parti ouvert au sens où notre indépendance de penser est respectée. C’est dans la diversité et l’échange que l’on grandit, même si la différence peut parfois réveiller des susceptibilités. Malheureusement, les gouvernements d’union, la rébellion et les différents accords de paix qui l’ont accompagnée, ont brisé la machine et les pensées sont restées sur papier, car nous étions minoritaires au sein des gouvernements. Je reste un libéral avant tout, car je suis persuadé que seule une politique libérale peut apporter le progrès au pays.



Aujourd’hui, vous tentez de redonner vie au Fpi, revenu au pays. Est-ce la fin de votre exil? D’ailleurs, l’on se demande encore, pour quoi cet exil au Ghana?


Je ne me considère pas comme un exilé. Je fais certes des séjours en famille à Accra… Ici, le gouvernement de réconciliation avait totalement marginalisé l’Assemblée nationale et le pays était géré par ordonnances. Cette situation m’a laissé du temps pour faire des allers et retours sur Accra. Parler d’exil est un bien grand mot!

Volet économique. Où en êtes-vous avec votre monnaie flottante?


Effectivement, je pense qu’après plus de 50 ans d’indépendance, il serait nécessaire de revoir les accords monétaires liant les pays de la zone franc à la France, de manière à rendre l’institution monétaire adaptée à la mondialisation et à l’ouverture.

La monnaie est un pilier de l’économie et il est difficile de progresser sans liberté à ce niveau. De plus, l’inflation qui se profile pour les années à venir dans les pays européens expose les pays de la zone à ce risque, alors que l’argument des défenseurs du Cfa est bien souvent la stabilité et la faible inflation. Je crois que dans les années à venir, les pays de la zone franc vont devoir s’asseoir pour aborder sans tabou ces problèmes avec les autorités françaises.

Sinon, nous continuerons à avoir une bancarisation faible et des investissements privés faibles comparés aux flux de l’aide publique au développement. Le monde est aujourd’hui à la flexibilité, au libre marché et à l’ouverture. Le système du franc CFA est protectionniste, appauvrissant et moralement et économiquement indéfendable.



Considérez-vous encore que l’Afrique et ses Cfa arrimés à l’euro devait s’en éloigner, pour trouver la voie d’une indépendance économique?


Je reste convaincu de la nécessité de revoir la parité entre le franc Cfa et l’euro. Mais je vous invite à poser la question aux industriels des pays africains membres de la zone franc.

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Commentaires

Nous sommes convaincus avec tous beaucoup d'autres ivoiriens que Mr le Pr Mamadou Coulibaly est un grand intellectuel ivoirien, voir africain. Seulement nous nous posons la question de savoir pourquoi l'homme n'a pas opéré la rupture avec le FPI, ce parti si déférent de lui dans la pensée et dans la pratique?
Son aisance et sa grande liberté en Côte d'Ivoire sous ADO explique qu'il a eu raison depuis Marcoussis en passant par l'accord politique de Ouagadougou pendant qu'en même temps ses camarades frontistes se cachent, se reprochant les actes posés hier. Toutefois, il nous parait juste de lui demander de revendiquer avec humilité sa part de responsabilité dans la tragédie ivoirienne sous le règne de son parti et de juste dire "pardon" même s'il sait qu'il avait prévenu les autres que leurs actes les mèneraient là où nous sommes tous actuellement.

Écrit par : Agir pour vivre ensemble | 31/05/2011

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