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18/07/2011

Côte d’Ivoire: l’alternative politique

« Les hommes peuvent atteindre un but commun sans emprunter les mêmes voies. » - Amadou Hampâté Bâ (1)

263775_126113107476923_112105882210979_206115_2047980_n.jpgRevisiter la sagesse quintessentielle d’Amadou Hampaté Bâ pourrait constituer une retraite revitalisante pour bien des Ivoiriens.

En effet, la décharge émotionnelle populaire qui a suivie le départ de Mamadou Koulibaly du FPI, révèle encore, si besoin était, combien la politique politicienne, à ses heures les plus sombres, constitue le véritable cabanon dans lequel le peuple dans son ensemble se maintient.

La plupart des analyses qui pleuvent, adulant ou martyrisant Koulibaly, ont en point commun au moins une chose: la passion. Excessive, inspirée de l’affection personnelle que les uns prétendent avoir pour Laurent Gbagbo, ou motivée par le bonheur des autres qui célèbrent bien précocement la mort de son parti, l’on constate, de part et d’autre, l’assujettissement des Ivoiriens à ce jeu passionnel de la politique morbide.


Cette attitude épouse la pensée de l’activiste camerounais Ruben Um Nyobé, selon laquelle « la politique touche à tout et tout touche à la politique » (2). Opinion intelligible, qui s’essouffle néanmoins quand elle propose ensuite que « dire que l’on ne fait pas de politique, c’est avouer que l’on n’a pas le désir de vivre ». Est-il besoin de relever l’appréciation grandement réductrice de l’existence humaine, véhiculée dans cette assertion? Et pourtant, nombre d’Ivoiriens, qui ont trouvé en la chose politique le terrain idéal d’expression de leur vitalité, adhèrent consciemment ou non à cette thèse. Certains, vont jusqu’à omettre la froideur requise à l’observation attentive d’une arène politique déjà en ébullition, que les positions-pugilats ne peuvent que surchauffer jusqu’à explosion.

Pourtant, on aurait pu croire, à l’annonce de la création du LIDER de Koulibaly, que l’élargissement de la scène politique nationale allait ouvrir les Ivoiriens à l’évaluation de leurs choix politiques (soit en les validant, soit en les rejetant) et créer chez eux un nouvel engouement pour la saine compétitivité idéologique. Malheureusement, on assiste plutôt aux éternelles réactions épidermiques, rarement justifiées par la critique constructive, auxquelles s’adonnent même des intellectuels habituellement fiables.

koulibaly02.jpgPris donc au piège de ce que Théodule Ribot appelait « l’émotion à l’état chronique » (3), et ballottés de gauche à droite par les tyrannosaures qui meublent le leadership politique, les citoyens ivoiriens sont devenus non pas les maitres de leurs propres idées, mais les serfs des idéaux égocentriques de la classe politique nationale. Nonobstant que sa lutte acharnée, pendant la double décade passée, n’a eu d’autres conséquences que de plonger la Côte d’Ivoire dans un désastre aux conséquences insondables.

A ce sujet, on connait déjà le rôle joué par les puissances étrangères, dont la Gaule réformée, dans l’empoisonnement de l’agora politique ivoirienne, depuis l’avènement officiel du multipartisme en 1990. Cependant, on se demande pourquoi cet empoisonnement est toujours aussi efficace chez des Ivoiriens qui, vingt ans plus tard, sont censées avoir quitté le berceau politique et être devenus des adultes capables de réflexions propres.

Serait-ce que nous autres, Ivoiriens, n’arrivons toujours pas à penser par nous-mêmes, en tant qu’individus et non en tant que militants, nos positions politiques, conformément aux mieux-être du plus grand nombre? Sommes-nous contraints, au nom d’un ultra-militantisme dont on clame à tue-tête la nécessité, d’emprunter nécessairement la voie de la diabolisation comme solution à nos problèmes?

Aujourd’hui, en tempérant l’émotion du raisonnement simpliste qui distingue radicalement le « il a eu raison » du « il a eu tort », il est possible de se rendre compte que le typhon Koulibaly n’en serait qu’un mineur, si les yeux du peuple étaient braqués au bon endroit. C’est-à-dire, non pas sur l’appréciation forcément subjective des motivations personnelles de l’homme, mais sur les bienfaits que pourraient tirer les Ivoiriens de ce réaménagement de la donne.

En fait, si la conscience populaire s’intéressait de plus près aux voies et moyens permettant de se défaire de l’envoutement des chapelles politiques et si l’analyse se faisait non pas en regardant le verre à demi-vide de l’ambition individuelle, mais en appréciant le verre à demi-plein des opportunités politiques multiples, il serait loisible à tous de constater les avantages, pour les Ivoiriens, qui découlent de la création d’un mouvement politique majeur, qu’il soit fondé par Mamadou Koulibaly ou non.

Pourquoi? Et bien, pourquoi pas?

Qu’avons-nous gagné du bicéphalisme récent aux relents jusque-boutistes voire carrément tyranniques, de 2002 à 2010, entre les camps LMP et RHDP? La folie d’une guerre sans gloire.

Qu’a engendré le ralliement prolixe des masses à toutes les causes dont elles n’ont pas nécessairement pris le temps de jauger tous les tenants et aboutissants? Une fracture sociale et morale durable.

Qu’offre aujourd’hui au peuple ivoirien la création d’un mouvement fondé par un ténor politique certes controversé mais incontestablement respecté? Une alternative.

Bonne? Mauvaise? Peu importe. Une alternative, une troisième voie, complémentaire des deux autres, et nécessaire pour tous, est née, même si l’avenir seul saura définir sa crédibilité. Au pire, elle a le mérite d’exister, et cette simple réalité, au moment où tous les partis se sont murés dans des enclos ternes et inflexibles, introduit une nouvelle ère dans l’histoire politique de la nation.

En fait, appelons-là par son nom: il s’agit ni plus ni moins d’une révolution. Car le lancement de ce mouvement par le seul poids lourd de la scène politique nationale distinct du trinôme Gbagbo-Ouattara-Bédié, ne peut que contraindre les partis “historiques” à réévaluer leur propre fonctionnement. Du moins, s’ils veulent se présenter en formations crédibles, et contraindre Koulibaly à apprendre à s’imposer en leader politique influent. Meilleur PDCI, meilleur FPI, meilleur RDR, meilleur LIDER: c’est le peuple ivoirien qui est gagnant.

Aussi, loin d’un idéalisme ignorant du contexte actuel, cette appréciation s’oppose à toutes les argumentations impatientes de tous ceux qui, le nez dans le guidon, oublient que la Côte d’Ivoire n’est pas morte le 11 avril dernier, même s’il est évident qu’elle est en marche… arrière, et ce dangereusement. Néanmoins, la Côte d’Ivoire demeure. Et l’essentiel aujourd’hui est de contraindre l’actuel règne de la terreur à fléchir et à laisser la place à la justice sociale et à l’Etat de droit.

Ce type d’engagement, qui tire le meilleur profit de ce que la vie politique ivoirienne, même démoralisante, offre aujourd’hui, requiert de se défaire de la flamme passionnelle dévorante qui mine la réflexion et l’action subséquente.

Appréhender la Côte d’Ivoire de demain avec réalisme, c’est accepter de prendre les devants de la direction politique et non de subir inlassablement celles qui ont été à la base de la destruction.

C’est cela la vraie révolution citoyenne, qui passant par le carrefour de l’alternative politique utile et la responsabilité apolitique civile, est bénéfique non seulement à la communauté à large, mais aussi à l’Ivoirien lambda.

De quoi faire honneur à la sagesse d’Amadou Hampaté Bâ.

Par Jean-David K. N'da


(1) cf. “Aspects de la civilisation africaine”, 1972/1992, cité par Jean Biès dans “Les Grands Initiés du XXe siècle”
(2) cf. “Rapport présenté au 2ème Congrès statutaire de l’UPC”, 1952
(3) cf. “La psychologie des sentiments”, 1896


09:22 | Commentaires (2) |  Facebook | | |

Commentaires

comment adherer a lider
je reside en france
merci

Écrit par : N'DA | 03/08/2011

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Écrit par : Mohamed Radwan | 03/08/2011

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