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24/07/2011

Stratégies libérales de sortie de crise en Côte d'Ivoire:Plus de liberté pour émerger !

29800_117413584958671_100000700896085_151241_7687351_n.jpgIl est de bon ton, en Afrique ou ailleurs, de considérer parfois l’Afrique comme un continent destiné à rester à l’écart du développement, avec le plus de PMA (Pays les moins avancés), comme s’il y avait là une fatalité. La science économique comme l’expérience montrent au contraire que l’Afrique toute entière a de nombreuses raisons d’espérer, à condition que ses dirigeants comme ses populations ouvrent les yeux sur l’évidence économique.

La première évidence, c’est que l’Afrique se développe déjà, avec une croissance économique, selon le FMI comme la Banque mondiale, deux à trois fois plus forte que celle de la vieille Europe, ce qui contribue à réduire les écarts ; mais il est vrai que d’autres régions du monde, en Asie avec la Chine ou l’Inde, en Amérique latine avec le Brésil, se développent plus vite que l’Afrique : ce sont les fameux pays émergents. L’Afrique peut donc mieux faire, elle a pour cela le capital humain nécessaire, puisque la vraie richesse d’une économie, ce sont les hommes et le premier investissement, c’est l’investissement en capital humain, c'est-à-dire l’éducation.

La nécessité de construire un état de droit

Pourquoi l’Afrique a-t-elle alors une croissance deux fois plus faible que celle des pays émergents ? S’il est permis à un observateur extérieur de le dire, l’Afrique a tous les atouts en mains, mais elle est malade de la politique. La première maladie, on le voit bien dans un pays comme la Côte d’Ivoire, mais aussi dans beaucoup d’autres, c’est l’absence d’état de droit, c'est-à-dire d’une situation où le pouvoir appartient à la loi, la même pour tous, et non aux décisions arbitraires des hommes politiques, même légitimement élus. L’état de droit signifie l’absence de violence, non seulement d’affrontements entre pays ou internes à un pays, mais aussi le respect des personnes et des biens. L’état de droit, c’est le respect des droits fondamentaux des personnes et d’abord des droits de propriété et des contrats librement signés et c’est la fin de la corruption impunie. Qui peut imaginer un processus de développement si les contrats ne sont pas respectés, ni les propriétés ? Tous les grands économistes, dont de nombreux prix Nobel, savent le rôle central joué dans le développement par des institutions stables favorisant la liberté d’action. Ce ne sont pas les hommes qui sont en cause, mais les mauvaises institutions. L’Afrique en général et la Côte d’Ivoire en particulier ne connaitront de développement durable que lorsque l’état de droit sera pleinement instauré, et avec lui une paix civile totale et un respect des biens légitimement gagnés par l’activité de chacun.

La force du libre-échange pour rompre avec l’illusion de l’aide internationale

Le deuxième élément, c’est la liberté des échanges. L’Afrique ne doit pas craindre le libre commerce ; le craindre, ce serait nier ses propres atouts. Ce n’est pas une question de ressources naturelles, et l’exemple de pays comme la Corée du sud ou la Chine montre que le commerce, comme l’avait dit le Président Clinton, est la meilleure forme d’aide ; les pays émergents sont tous des pays ouverts aux échanges, alors que ceux qui ont cru se protéger en fermant les frontières s’enfoncent dans la misère. Il ne faut pas craindre le vent du grand large. On sait que l’aide publique est une illusion, qu’elle se perd dans les rouages bureaucratiques, qu’elle atteint rarement son but et qu’elle transforme celui qui la reçoit en assisté. L’homme libre est celui qui fait valoir ses propres atouts.

Un Etat minimum pour l’épanouissement de l’individu


Mais cela nécessite un troisième élément, et là encore le frein politique est important : pour que les habitants donnent le meilleur d’eux-mêmes, il faut les laisser libres de le faire. Il n’y a aucune fatalité du sous-développement, qui serait liée à un continent particulier ; pensez cela est une forme de racisme. Chaque peuple a des atouts spécifiques, et le fond de la nature humaine, au-delà des légitimes différences culturelles, est le même partout. L’homme donne le meilleur de lui-même quand il est libre de le faire et quand il recueille les fruits de ses efforts. Or le jeu politique consiste avant tout à croire que l’Etat sait mieux que les citoyens ce qu’il faut faire. C’est l’inverse qui est vrai. Qui sait mieux que chacun de nous ce qui est bon pour nos familles ? Qui empêche la libre créativité humaine, celle des entrepreneurs, des épargnants ou des salariés, sinon l’Etat ? Il n’y a pas besoin des directives de l’Etat pour que les entrepreneurs comprennent que ce qui leur rapportera le plus, c’est ce dont les gens ont besoin ! Adam Smith avait déjà compris que ce n’est « pas de la bienveillance du boulanger, du boucher ou du brasseur que j’attends ma nourriture, mais du fait qu’ils poursuivent leur propre intérêt ». Pas besoin de l’Etat pour dicter à chacun sa conduite.

D’ailleurs, les fameux indices de liberté économique montrent que ce sont les pays les plus libres qui se développent le plus vite et que restent en arrière ceux qui ont un Etat omniprésent, un secteur public pléthorique, une absence de liberté des prix et des marchés, des réglementations étouffantes. Tous les hommes peuvent devenir créateurs, à condition qu’on les laisse libre. Et la liberté est la condition de la responsabilité : dans un pays libre, chacun subit les conséquences de ses actes.

Sans entrer dans des polémiques historiques, il faut reconnaitre que le colonisateur a laissé souvent un mauvais héritage et un mauvais exemple, celui d’un Etat omniprésent et centralisé, le fameux colbertisme et jacobinisme à la française. Si la Côte d’Ivoire et les pays africains veulent s’en sortir, il faut qu’ils abandonnent ce mauvais modèle et se tournent vers un Etat plus décentralisé, mais qui assume pleinement ses fonctions régaliennes, à commencer par l’ordre et la justice.

L’Afrique a-t-elle un avenir ? Absolument et elle sera le continent émergent de demain, si elle devient le continent de la paix et de la liberté.

Jean-Yves Naudet
Professeur à l’Université Paul Cézanne (Aix-Marseille III) et directeur du Centre de recherches en éthique économique. Egalement membre du collège des personnalités qualifiées d’Audace Institut Afrique.

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