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29/07/2011

La jeunesse : histoire d’un nouvel acteur politique

Les médias ont parfois tendance à analyser tout phénomène comme neuf, immédiat, dépourvu d’histoire. Ainsi actuellement des « jeunes », considérés comme un nouvel acteur politique sur la scène africaine, que ce soit dans les révoltes du Maghreb ou les contestations qui ont actuellement lieu en Afrique subsaharienne. La « génération facebook », contestataire, révolutionnaire, est portée au pinacle, comme si sortie de nulle part, comme si personne ne l’attendait. C’est oublier un peu vite une tendance sociologique profonde qui s’exprime sur la scène politique subsaharienne depuis les années 1990 et dont les fruits arrivent enfin à maturité au début de cette deuxième décennie du XXI° siècle. Au Sénégal, le mouvement de protestation des jeunes « Y en a marre » est ainsi l’héritier d’une suite de mobilisations de la jeunesse au cours de la décennie 1990, qui va du mouvement « Set Setal » à la génération « Bul Faale ».

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Historiquement, la première génération d’hommes politiques africains de la période moderne était composée d’hommes jeunes. « En 1946, sur 32 élus africains dans les assemblées françaises, 6 avaient entre 25 et 30 ans, 19 entre 30 et 40 ans, 7 entre 40 et 46 ans. Les cadres du mouvement nationaliste, les détenteurs des positions de pouvoir, en bref les ̏ nizers˝, ont souvent été perçus comme des cadets. » (Jean-François Bayart, L’Etat en Afrique : la politique du ventre). Les cadres cooptés par le pouvoir colonial devaient avoir suivi l’éducation et les codes culturels français ou anglais, ce qui a donné aux jeunes de l’époque un capital social qui leur a permis de se démarquer des élites traditionnelles, fondées entre autre sur le droit d’aînesse. Les membres de cette génération arrivent au pouvoir au moment des indépendances alors qu’ils sont dans leur cinquantaine pour la plupart (Senghor, Houphouet-Boigny, Nkrumah, Bourguiba). Ils s’empressent dès lors de reproduire les schémas traditionnels du droit d’aînesse, noyautent les organisations de jeunesse reléguées au statut de bac à sable où jouent les petits enfants avant de venir dans la cour des grands, le parti unique.

Le politologue camerounais Achille Mbembé (Les jeunes et l’ordre politique en Afrique noire) explique que ces ̏ Pères de la Nation˝ vont mettre en place une « lecture parentale de la subordination ». Les jeunes doivent respect et obéissance aux pères, et toute contestation politique serait en quelque sorte considérée comme irrespectueuse, comme si un enfant insultait ses parents. Cette instrumentalisation politique des relations sociales et culturelles traditionnelles, le respect aveugle et inconditionnel des jeunes aux Anciens, ne commencera réellement à être remise en question qu’au cours de la décennie 1990.

Plusieurs évolutions sociologiques y ont conduit : le boom démographique postindépendance qui conduit à des situations où les moins de 30 ans composent souvent 2/3 de la population totale ; l’exode rural, synonyme de culture urbaine pour les jeunes, mais également de difficultés sociales et économiques, qui mettent sous tensions les autorités familiale, culturelle et sociale traditionnelles. L’approfondissement de la mondialisation et donc de la diffusion de la Modernité, à travers les médias (télés, radios, journaux, puis internet) et ses vecteurs puissants comme la musique, élargit encore le fossé entre la jeunesse et le reste de la société. Au-delà des aspects sociétaux de ce gap générationnel (codes vestimentaires des jeunes assimilés à une décadence par les adultes, culture rap hip-hop, culte de l’argent-roi et du sport business), l’hypocrisie du système traditionnel est également mise à nue : des démocraties de façade, une corruption généralisée des « Pères » et autres Autorités, mais surtout une impasse politique et économique, les leaders politiques censés être dignes de respect se révélant incapables de répondre aux aspirations basiques des jeunes et donc de la majorité de la population.

En 1990 au Sénégal, le mouvement Set Setal voit la réappropriation de l’espace public par les jeunes qui, au niveau des quartiers, ramassent les ordures, mènent des travaux d’assainissement et décorent et tagguent les murs et les espaces publics. Le message de mobilisation est fait sur le thème que le jeune ne doit plus être un sujet passif de l’action publique, mais un acteur entreprenant, maître de son environnement et de sa destinée. La jeunesse sénégalaise connait une seconde phase de conscientisation, plus diffuse, à partir de la seconde moitié de la décennie 1990, avec la génération Bul Faale, du nom d’un tube du groupe de rap Positive Black Soul. Le terme Bul Faale, qu’on pourrait approximativement traduire par « On s’en fout » ou « Don’t mind », symbolise la situation d’une génération qui assume son décalage avec le reste de la société, son contre-modèle. Le champion des arènes de lutte Tyson, autoproclamé leader de cette génération Bul Faale, en illustre bien certains des traits saillants : lutteur qui se débarrasse ostensiblement des gris-gris traditionnels et autres simagrées favorisant la chance, boxant et jouant de sa masse musculaire, il accompagnera la conversion de la lutte traditionnelle au sport-spectacle-business.

Voilà pour le versant grand public de cette génération. Au niveau des idées, la jeunesse des années 1990-2000, que ce soit au Sénégal ou dans le reste de l’Afrique subsaharienne francophone, s’en réfère à un panthéon syncrétique de figures d’autorité alternatives (parce que brisées par les tenants actuels du pouvoir) : Thomas Sankara, Patrice Lumumba, Kwame Nkrumah, Cheikh Anta Diop, Malcom X… Les jeunes Sénégalais y rajoutent des personnages comme Cheikh Ahmadou Bamba ou Lat Dior. Tous ces personnages se définissent plus ou moins par une sorte d’idéalisme dans l’engagement, de non compromission, qui les a peut-être conduit à l’échec mais qui les auréole de la stature d’héros pour cette génération qui en a marre des compromissions, des faux-semblants, des demi-mesures et des corrompus.

C’est à la suite de deux décennies de maturation culturelle, sociale et politique des générations 1990-2000 qu’émergent les mouvements de contestation actuels, au Sénégal, au Burkina, en Guinée, au Cameroun et ailleurs. Dans certains pays comme la Côte d’Ivoire, cette génération a pu profiter du trouble des évènements (les Jeunes Patriotes ont émergé comme un véritable acteur dans le contexte instable qui a suivi le coup d’Etat du général Gueï) pour arriver rapidement aux affaires, à l’instar de Guillaume Soro, Premier ministre à 35 ans.

Il faut voir dans l’affirmation des jeunes sur la scène politique africaine les conséquences de l’intégration progressive du continent à la modernité sociale et politique. Nul doute que l’époque actuelle représente une opportunité historique pour les jeunes comme ont pu l’être les décennies 1940-1950 qui ont vu l’émergence des futurs « Pères des indépendances »
. Il faut cependant se méfier d’une vision apolitique se satisfaisant d’une simple alternance générationnelle, d’un « jeunisme » béat. Etre jeune ne signifie pas être honnête, compétent, responsable, talentueux. L’exemple ivoirien est à ce titre révélateur du fait que le terme « jeunesse » ne veut pas dire grand-chose. Derrière ce mot, se cachent des réalités bien différentes. Entre le jeune de Yeumbeul au chômage dans la banlieue dakaroise et le jeune Sénégalais diplômé des grandes écoles françaises, promis à une belle carrière internationale, les perspectives et les besoins immédiats sont différents. L’enjeu à venir résidera sans doute dans la capacité des différentes composantes de cette jeunesse à s’allier autour d’idées et d’actions constructives communes, au-delà de la simple contestation.

Emmanuel Leroueil, de Terangaweb

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Les expériences démocratiques en Afrique Entretien avec Mamadou Diouf

Le bilan de deux décennies de transitions démocratiques en Afrique peut paraître décevant : guerres civiles, dictatures et coups d’État continuent de faire la une des quotidiens. Pourtant, les sociétés africaines, plurielles et ouvertes, s’approprient les formes démocratiques, avec un langage et des pratiques qui leur sont propres, comme l’explique Mamadou Diouf dans cet entretien.


index.jpgHistorien sénégalais, Mamadou Diouf dirige l’Institute for African Studies à la School of International and Public Affairs de l’université de Columbia (New York). Lors du forum « Réinventer la démocratie » organisé par la République des Idées à Grenoble les 8, 9 et 10 mai derniers, il a participé – avec l’anthropologue Jean-Pierre Dozon – à une table-ronde sur « les expériences démocratiques en Afrique », animée par Philippe Bernard, journaliste au Monde. Les deux intervenants ont souligné que, pour bien comprendre les expériences politiques africaines, il était nécessaire de se départir des concepts et des représentations qui informent la vision de la démocratie en Europe. Le vote, souvent considéré comme la procédure démocratique par excellence, a pu être domestiqué par certaines dictatures africaines, jusqu’à devenir un simple rituel électoral dépourvu de toute potentialité d’expression et de contestation pour les peuples qui en font usage. Mais cette domestication ne signifie pas qu’il y ait absence d’expression démocratique. Mamadou Diouf et Jean-Pierre Dozon ont tous les deux attiré l’attention des auditeurs sur l’importance des processus d’indigénisation de la démocratie et du politique à l’œuvre dans les sociétés africaines. Le second a notamment insisté sur le rôle des mouvements religieux, des migrations et des diasporas, et des productions artistiques dans l’énonciation du politique et la mise en forme des conflits et des divisions sociales.

Le vote est-il un outil ou un leurre démocratique en Afrique ?





Y a-t-il des exemples où le vote a pu être un instrument efficace de revendication pour les peuples africains ?





Quelles sont les autres voies de la politisation et de l’accès à la démocratie dans les pays africains ?





Quel est l’impact de la démographie sur les formes de la démocratie en Afrique ?





Quel est le rôle des pays européens comme la France dans le processus de démocratisation en Afrique ?





L’intégralité de la table-ronde est disponible en podcast sur le site de la
MC2 et le sera prochainement sur le blog du forum sur le site de la République des Idées.

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28/07/2011

Amnesty International accuse les FRCI d'Alassane Ouattara et leurs supplétifs Dozos d'exactions

Côte d'Ivoire : un climat de peur empêche le retour des personnes déplacées

Les forces de sécurité gouvernementales et une milice soutenue par l'État ont crée, en Côte d'Ivoire, un climat de peur qui empêche des centaines de milliers de personnes déplacées suite aux violences post-électorales de retourner chez elles, affirme Amnesty International dans un rapport publié jeudi 28 juillet.

Le rapport intitulé « Nous voulons rentrer chez nous, mais nous ne pouvons pas ». Insécurité et personnes déplacées en Côte d'Ivoire : une crise persistante décrit comment les homicides et les attaques commises par les forces de sécurité gouvernementales (FRCI) et une milice composées de Dozos (chasseurs traditionnels) à l'encontre de personnes ciblées en raison de leur appartenance ethnique empêchent les personnes déplacées de quitter la sécurité toute relative offerte par les sites qui les accueillent de manière temporaire.
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