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23/09/2011

Audit de la liberté économique en Côte d'Ivoire 2010

171015_178937318806297_100000700896085_470874_559220_o.jpgLe Jeudi 22 Septembre 2011, Audace Institut Afrique,think tank libéral ivoirien indépendant, en partenariat avec UnMondeLibre.org et avec le soutien de la Fondation ATLAS Economique a organisé le premier audit de la liberté économique en Côte d'Ivoire pour l'année 2010.

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Cet audit classe la Côte d'Ivoire à la 10ème place des Etats défaillants. L'année dernière, la Côte d'Ivoire occupait la 11ème place. L'audit met à nu les faiblesses du système judiciaire. Sur une moyenne mondiale de 5,1 sur 10, la Côte d'Ivoire est seulement à 1,5. La preuve qu'il n'y a pas d'indépendance judiciaire en Côte d'Ivoire, un indicateur extrêmement mauvais pour les entrepreneurs. Idem pour l'exécution juridique des contrats qui donne une note de 2,5 à la Côte d'Ivoire. L'inflation fixée à 6,31% perturbe les plans des entrepreneurs.
La réglementation des affaires place la Côte d'Ivoire en mauvaise position. Le contrôle des prix et les formalités administratives, souvent trop longues, ont été dénoncés comme de mauvaises pratiques qui sont un frein à la conduite des affaires. L'idéal prôné est de permettre aux entrepreneurs d'avoir leurs titres administratifs le plus rapidement possible. La corruption et les pots de vins n'ont pas échappé aux auditeurs.
Au total, l'audit a révélé les efforts à faire sur différents points, notamment, la taille de l'Etat, le système juridique, l'accès à une monnaie saine, la liberté du commerce international et la réglementation du crédit, du travail et des affaires pour booster le développement de la Côte d'Ivoire. « Il faut corriger les faiblesses pour rentrer dans le développement. Si on ne le fait pas, c'est qu'on ne veut pas le développement », a affirmé Mamadou Koulibaly, président de l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire et président d'Audace Institut Afrique.


A l’analyse de cet audit, il ressort clairement que la Côte d’ivoire a devant elle des défis majeurs à relever pour améliorer la liberté économique et avancer ainsi sur la voie des nation émergentes et surtout pour faire reculer la pauvreté de ses populations tout en sortant du cercle vicieux de l’aide publique internationale. Les défis sont grands mais pas insurmontables puisque d’autres pays d’Afrique, certes peu nombreux, tels que le Botswana ont pu améliorer leurs scores et ainsi bénéficier des bienfaits du progrès.





Définition de la liberté économique donnée en 1996 par les créateurs du rapport, Gwartney et Block :

Les individus jouissent de la liberté économique lorsque les biens qu'ils acquièrent sans avoir recours à l'usage de la force, de la fraude ou du vol, sont protégés contre les agressions physiques d'autres individus et qu’ils sont libres d'utiliser, échanger ou céder leurs biens aussi longtemps que leurs actions ne violent pas les droits similaires des autres. Un indice de liberté économique doit quantifier dans quelle mesure la propriété justement acquise est protégée et dans quelle mesure les individus s’engagent dans des transactions volontaires



Pourquoi la liberté économique est-elle importante ?

Il a été démontré que la liberté génère des résultats positifs sur le plan économique et social. Liberté économique est progrès sont intimement liés partout dans le monde. La liberté économique correspond à la capacité des individus et des familles à prendre leurs propres décisions sur le plan économique avec une interférence limitée de l’État. En d'autres termes, l'ingéniosité et le dynamisme des individus et des familles sont mieux à même de générer la prospérité et d’autres bienfaits économiques et sociaux, que ne le sont l’État et la planification publique.

Comment mesure t-on la liberté économique?

5 points sont analysés

1 -La taille de l’État : dépenses, impôts, entreprises publiques et secteur public.

Alors que les dépenses publiques, la fiscalité et la taille des entreprises contrôlées par l’État augmentent, la décision étatique remplace les choix individuels, et la liberté économique est ainsi réduite. Plus la place de l’Etat et de ses entreprises publiques est importante, plus il faut payer d’impôts pour leur financement et moins le secteur privé dispose de moyens. L’Etat évince les opérateurs économiques.

2 -Le système juridique

La protection des personnes et de leur propriété légitimement acquise est un élément central de la liberté économique et de la promotion de la société civile. C'est en effet la plus importante fonction de l’État de construire un système de police et de justice incorruptibles, rapides et transparents.

3 -L’accès à une monnaie saine

L'inflation érode la valeur du revenu gagné justement ainsi que celui de l'épargne. Une monnaie saine est donc essentielle pour protéger les droits de propriété. Lorsque l'inflation est non seulement forte mais aussi volatile, il devient difficile pour chacun de planifier l'avenir et donc de faire un usage efficace de la liberté économique. Une monnaie saine assure aussi une meilleure bancarisation de l’économie et un financement équilibré de l’investissement entre le court, moyen et long terme.

4- La liberté du commerce international

La liberté d’échanger - dans son sens le plus large : achat, vente, conclusion de contrats, etc- est essentielle à la liberté économique, qui est réduite lorsque cette liberté ne s’étend pas à l’échange avec les entreprises et les particuliers d'autres pays. Les barrières au commerce et le protectionnisme sont des instruments d’appauvrissement des populations.

5- La réglementation du crédit, du travail et des affaires

Non seulement les États utilisent un certain nombre d'outils visant à limiter le droit d'échanger au niveau international, mais ils peuvent aussi élaborer des réglementations coûteuses visant à limiter le droit d'échanger à l'échelle nationale, d’obtenir du crédit, de travailler avec ou d’embaucher qui l’on veut, ou de mener librement son entreprise. Ce domaine mesure les limites de la liberté économique causées par une réglementation excessive

L’impact de la liberté économique


La liberté conduit au progrès

Dans les nations qui ont l'indice de liberté économique le plus élevé jouissent d'un PIB par habitant d'environ 33 000 dollars par année, comparativement à un PIB d'environ 3 900 dollars dans les pays les moins libres.

La liberté économique améliore le sort des plus pauvres

La croissance économique améliore le sort des populations en général, cependant, on peut se demander si elle n’avantage pas les plus riches au détriment des plus pauvres, en aggravant les inégalités. Les études montrent l’inverse, en effet, les 10 pour cent des plus pauvres dans les nations les moins libres économiquement ont un revenu moyen de 910 $ par année tandis que les 10 pour cent des plus pauvres dans la plupart des nations libres ont un revenu moyen de 8.500 $

La liberté économique permet d’améliorer le score des autres libertés


Lorsque la liberté économique est nulle, les individus et les familles sont soumis à la bienveillance de l’État pour avancer. La liberté économique permet l'indépendance économique des personnes et diminue leur dépendance vis à vis de l’État, ouvrant la voie à l’accroissement des autres libertés puisque toutes les libertés sont imbriquées.
Les études empiriques établissent un lien entre la liberté économique, les autres libertés et la démocratie Jamais aucune nation dépourvue de liberté économique n'a connu de libertés politiques et civiles stables. D'un autre côté, tout pays ayant adopté la liberté économique a inexorablement évolué vers des libertés civiles et politiques, à deux exceptions près : Singapour et Hong Kong qui sont d’ailleurs en train d’évoluer.

La liberté économique permet de réduire la corruption

Le manque de liberté économique alimente la corruption. Des réglementations lourdes et complexes altérant cette liberté donnent aux bureaucrates et aux fonctionnaires de l’Etat les moyens de demander aux usagers des services publics qu’ils aient une « attention particulière » pour eux ou qu’ils effectuent des paiements illégaux en contrepartie de l'octroi de l'autorisation réglementaire.
Des réglementations simples et claires limitent les possibilités de voir les agents de la fonction publique exiger des faveurs particulières. De même, une fiscalité lourde ou injuste incite les individus et les entreprises à la contourner, ce qui peut avoir des conséquences désastreuses sur les résultats économiques et les valeurs morales. Cela donne aux hommes d’Etat et aux bureaucrates un moyen de pression sur les individus et les entreprises qui pourtant sont la source principale de création de la richesse et des emplois.

La liberté économique améliore l’indice de satisfaction de la vie

Les populations, dans les nations économiquement libres, déclarent avoir un niveau de satisfaction de la qualité de leur vie plus élevé. Cela est probablement attribuable à deux facteurs. Tout d'abord, les gens se sentent responsables de leur destin. Deuxièmement, ils prennent leurs propres décisions économiques donc décident en toute liberté des priorités dans leur propre vie et peuvent ainsi s’orienter vers ce qui leur convient le mieux.

La liberté économique en Côte d’Ivoire : des défis énormes à relever

TAILLE DE L’ETAT : 6,3/10
L’Etat ivoirien est trop envahissant, au sens où le poids des investissements des entreprises du secteur public et de l’Etat reste important. Les taxes et les impôts ont des seuils et des discontinuités qui t embrouillent encore l’économie. De fortes améliorations s’imposent.

SYSTEME JURIDIQUE : 3,1/10

En Côte d’Ivoire, force est de constater que le pays est nettement en recul par rapport à la moyenne mondiale. La situation s’apparente à un véritable chaos juridique. Le travail à fournir sur ce point est énorme.

L’ACCES A UNE MONNAIE SAINE : 6,4/10
La cote globale reste inférieure à la moyenne mondiale et nécessite, en conséquence, une forte amélioration. La réglementation des taux de l’intérêt combinée à l’inflation même faible génère de l'incertitude et perturbe les projets d’investissement des entreprises et des particuliers. Il est essentiel que ce pays qui ne respecte pas les critères de convergence de l’Uemoa fasse des progrès dans ce domaine.

LA LIBERTE DU COMMERCE INTERNATIONAL : 6,4/10
On constate une sur-taxation du commerce extérieur en Côte d’Ivoire. Une large part des recettes de l’Etat provient des droits de douane.

LA REGLEMENTATION DU CREDIT, DU TRAVAIL ET DES AFFAIRES : 6,1/10

Règlementation du crédit : Le crédit est essentiel à l'investissement et à la croissance économique. La Côte d’Ivoire est classée loin derrière la moyenne mondiale dans ce domaine. La concurrence entre les banques en particulier, devrait être ouverte. La bancarisation et la densité du réseau bancaire devraient être améliorées.
Règlementation du marché du travail : Créer de l'emploi est l’un des piliers de l’économie de marché. Mais, une réglementation excessive du marché du travail, telle que la rigidité des heures de travail, le coût élevé du licenciement, freine la création d’emploi augmente le chômage des jeunes et développe le secteur informel.
Règlementation des affaires : Les affaires en Côte d’Ivoire semblent être sur-réglementées. Il est difficile et coûteux d’y exploiter une entreprise dans le cadre de l'économie formelle. Cela entrave la création d’emplois et de richesses.



L’environnement de sortie de crise en Côte d’Ivoire permet-il d’améliorer la liberté économique ?


A l’analyse de cet audit, il ressort clairement que la Côte d’ivoire a devant elle des défis majeurs à relever pour améliorer la liberté économique et avancer ainsi sur la voie des nation émergentes et surtout pour faire reculer la pauvreté de ses populations tout en sortant du cercle vicieux de l’aide publique internationale. Les défis sont grands mais pas insurmontables puisque d’autres pays d’Afrique, certes peu nombreux, tels que le Botswana ont pu améliorer leurs scores et ainsi bénéficier des bienfaits du progrès.

On a tendance à croire que dans une période de sortie de crise il faut un Etat fort dirigiste, protectionniste et violent. L’histoire nous montre pourtant tout le contraire. En période de crise les politiques les plus flexibles sont les meilleures. Les Ivoiriens devraient au plus vite pouvoir bénéficier des retombées de la liberté économique. Après plus de 50 années d’échec de dirigisme étatique et de pouvoir centralisé, alors que la dette croit avec la pauvreté, la voie de la liberté s’impose en Afrique et singulièrement en Côte d’Ivoire où les disfonctionnements gouvernementaux ont conduit à des violences démesurées. L'économie de la liberté est la voie de la démocratie sur laquelle repose la paix. Pour vivre en paix nous devons être libres. La liberté devrait être au centre du processus de sortie de crise et pourrait être le socle le plus solide de la réconciliation. C’est un défi qui semble incontournable.



Cet audit 2010 de la liberté économique en Côte d’Ivoire a été présenté par Audace Institut Afrique, think tank libéral ivoirien indépendant, en partenariat avec UnMondeLibre.org : http://www.unmondelibre.org, avec le soutien de la Fondation ATLAS Economique.

Intervenants :

Emmanuel MARTIN, Docteur en économie, attaché à la Fondation Atlas pour la recherche économique, Projet www.UnMondeLibre.org.

Mamadou KOULIBALY, Président d’Audace Institut Afrique et Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire.

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