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01/11/2011

Résistance et valeurs

Alors que 6 mois après la chute du régime de la refondation,les exilés de luxe du FPI continuent d’appeler à la résistance,je soumet à mes lecteurs la relecture de cette analyse Sylvestre Konin datant d'Avril 2007.C'est quoi résister?Résister pour quoi?Ou la résistance nous a t-elle conduit?Des questions qui sont encore d'actualité aujourd’hui et qui devrait faire réfléchir tous les résistants électroniques et autres patriotes auto-proclamés,sur le sens,la portée et les valeurs de leur résistance.

images.jpgCes temps-ci, nous avons assisté, médusés, à certains évènements médiatiquement qualifiés d’historiques. Dans une sorte de fracture intellectuelle sans précédent, les politiques et les médias (le «haut» de la société) ont exulté, quand le peuple, lui, est resté perplexe ! C’est que la petite chute de notre mur de Berlin à nous (le barrage de Djébonoua) n’a pas été suivi de ferveur populaire ! On est loin, très loin, du déferlement de joie et de coups de klaxons qui avait fait suite à l’annonce de la libération de Bouaké en 2003 ! Ou de l’hystérie collective qui s’était emparée de nous à l’annonce de la première qualification (indiscutablement historique) de la Côte d’Ivoire pour la coupe du monde de football ! C’est que le peuple sait faire la différence entre les joies qui lui viennent des tripes, et les incantations de leaders qui croient nous posséder au point d’être maîtres de nos émotions. Il sait faire la différence entre un bon kédjénou de poisson bien frais pêché dans nos eaux douces d’avant leur pollution aux déchets toxiques, et les couleuvres et autres anacondas qu’on lui demande d’avaler pour avoir la paix ! Nous aurions continué à nous taire si les partisans de l’illusionnisme et de la mystification n’avaient pas été trop zélés ces derniers jours, «obligeant» de vraies icônes de la Résistance ivoirienne à s’afficher en public avec des non-valeurs ! Au vu de ce spectacle surréaliste, nous ne pouvons nous empêcher de nous poser quelques questions. Pour quelles valeurs nous sommes-nous battus et qui ont justifié que certains d’entre nous laissent leurs vies dans ce combat ? Si ce n’est pas si grave qu’un Sidiki Konaté, qui a le sang de nos camarades sur les mains, devienne ministre, sans qualité (son dernier poste avant de s’enrôler dans la rébellion était «Pousseur de chariots à l’aéroport de Francfort») ; si ce n’est pas si grave que Soro Guillaume, l’ennemi d’hier, étudiant presque sans diplôme et sans expérience professionnelle, qui a revendiqué l’organisation de nos souffrances et les tueries de nos camarades vienne tranquillement souiller notre administration en en devenant le patron, pourquoi devrions-nous être offusqués qu’un Bédié revienne au pouvoir, avec l’aide (même sanglante) de la France ? Pourquoi devrions-nous être offusqués qu’un Ouattara vienne au pouvoir, avec l’aide (même sanglante) de la France ? Une fois qu’on aura fait tomber une à une les valeurs qui nous permettent de distinguer ce qui nous horrifie de ce qui nous fait exulter, où devrions-nous nous arrêter ? Si les morts nous regardent, que pensent nos camarades qui ont donné leurs vies (ce qu’ils avaient de plus cher) pour une certaine idée de la Côte d’Ivoire ? Sont-ils satisfaits de nos petits arrangements et autres danses indécentes avec leurs bourreaux d’hier ? Pourquoi sommes-nous si prompts à confondre réconciliation, récompense et réjouissance ? Nous sommes un certain nombre à penser que si nous étions morts pour ça, ça aurait été pour rien. Si ce n’est que pour ça, chacun d’entre nous a le devoir historique et moral de retenir ses enfants, ses parents et autres amis à la maison la prochaine fois que les amis d’aujourd’hui auront quelques ennuis entre eux, au risque de les voir mourir pour rien.

Au moment même où nous piétinons nos symboles et nos valeurs en rêvant d’une paix illusoire, une partie de notre destin se joue ailleurs. Le second tour de la présidentielle française opposera, dans un peu moins de deux semaines, Ségolène Royale à Nicolas Sarkozy, avec un avantage sérieux pour le second. Du coup, notre course contre la montre vers la paix, au cours de laquelle nous avons en autres accepté de tout payer sans broncher à notre principal agresseur (réhabilitation des écoles françaises, dédommagement des entreprises françaises et des citoyens français pour les pertes subies en novembre 2004), commence à nous apparaître dans toute sa laideur, encore une fois comme un sacrifice coûteux et inutile.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

En novembre dernier, après un peu plus de quatre années de résistance et de sacrifices, il nous semblait possible de porter le coup fatal à la France après son honteux et spectaculaire échec à l’ONU. Alors que notre ennemi historique traversait une période de doute sans précédent, et qu’il était malmené par ailleurs («smatché» par le Rwanda de Paul Kagame par une historique rupture de relations diplomatiques), nous avons choisi, contre toute attente et contre l’avis du peuple consulté, d’offrir une porte de sortie honorable à tous nos ennemis d’hier, pour ne pas avoir à mener la bataille de Kirina. A Blaise Compaoré, le rôle d’apôtre de la paix ; aux Soro et autres Sidiki Konaté, des rôles de Premier ministre et ministres ; à la France, dédommagement, silence, renouvellement de contrats. Au peuple, on a demandé de considérer cela comme le dernier sacrifice pour la paix. Est-ce vraiment le dernier ? Les derniers sacrifices, on en a vu beaucoup dans cette crise. Et malheureusement, il est possible que celui-ci, qui pue jusque dans nos cerveaux, ait de très fortes chances de connaître le même sort que les précédents. Pourquoi ? A cause de la nature du grand mensonge stratégique qui l’a entouré de part et d’autre. Côté rebelle, Chirac étant partant, il y avait un risque qu’arrive au pouvoir quelqu’un qui ne veuille plus continuer l’aventure de déstabilisation avec le même niveau d’engagement. Il fallait donc saisir la perche tendue par le «grand méchant diable» d’hier, et jouer la comédie à fond (avec zèle), pour pouvoir la transformer en réalité plus vraie que vraie si les évènements de Paris étaient défavorables. Bien entendu, au cas où ces évènements seraient favorables, il serait toujours possible de se réveiller comme un agent dormant (double) et de provoquer une rupture sur un quelconque sujet, qui deviendrait subitement sensible. Côté Résistance, les calculs sont moins précis : on fait toutes les concessions possibles pour faire avancer le «processus de paix», avant l’arrivée du successeur du grand organisateur du chaos ; celui qui arrive sera nécessairement moins belliqueux, et on pourra continuer la série des sacrifices pour consolider le «processus» et arriver définitivement à la «paix».

Sauf que voilà : après le premier tour des élections présidentielles, celui qui arrive en tête avec une avance confortable est un certain Sarkozy, qui est le témoin de mariage de notre Ouattara «national» et qui vient de déclarer, à propos du Président Gbagbo, qu’il ne parle qu’à des chefs d’Etat élus et non à des gens qui veulent se maintenir sans cesse au pouvoir sans élections. «On s’en fiche, on a vu pire que ça», me direz-vous ? Oui, sauf que si Sarkozy passe, c’est plus que certain qu’il réveillera l’agent double dormant qui nous sert en ce moment de Premier ministre, et que dès lors, nous devrons nous battre pour de bon, pour notre paix. Entre temps, nous aurons piétiné nos valeurs et nos symboles, dansé avec les assassins de nos camarades, bu et rigolé avec toute cette racaille pour rien ! Après cela, combien de patriotes résistants seront encore prêts à donner leurs vies pour ce combat ?

Malgré cela, et peut-être même pour cela, nous autres, disons : «Vive Sarko !». Comme ça, soit nous périssons tous pour rejoindre nos camarades et égaler leurs sacrifices, soit nous nous levons tous dans un dernier et improbable sursaut pour vaincre l’ennemi et rendre les sacrifices de nos camarades utiles. Finalement, ce Sarkozy, que d’aucuns présentent comme un individu dangereux pour nous si nous voulons briser le pacte colonial, est notre véritable allié. Son avènement nous sortira de la mauvaise comédie que nous nous jouons ici à nous-mêmes. Si les hypocrites de socialistes passent, jamais on n’aura l’opportunité de sortir de cette Françafrique. On continuera à nous bercer et à se bercer d’illusions, à nous endormir et à s’endormir. Avec Sarkozy, c’est le réveil assuré pour nous tous (de gré ou de force), pour affronter, une bonne fois pour toutes, notre contradiction principale (la France), pendant que celle-ci sera à coup sûr en train de s’étouffer dans ses propres contradictions internes, avec un fou à sa tête.

Finalement, vive Sarko, pour que renaisse la Résistance ivoirienne et africaine, la vraie !

Sylvestre Konin
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