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08/02/2012

Saint Mélenchon et le patriotisme moribond

Saint Mélenchon et le patriotisme moribond

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La déferlante patriotique ivoirienne a fait son choix : Jean-Luc Mélenchon sera son prochain président. Ou plutôt celui de la France, mais apparemment, il n’y a pas grande différence. Elle l'a décidé comme tel, elle l'exige pratiquement, elle mène une campagne Mélenchon en ligne et explique pourquoi à qui veut l’entendre.
Qu’un citoyen français d’origine africaine décide de voter Mélenchon, rien de bien troublant. L’homme est candidat et tous ceux qui ne se refusent pas l’avantage d’une double-nationalité (même en criant haro sur la Françafrique) ont le droit d’admirer l’homme politique d’extrême-gauche.

Mais que des citoyens ivoiriens, arborant certificats de nationalité oranges et passeports verts, vivant à Paris, à Agadir ou à Bouaflé, s’empressent de battre campagne pour Mélenchon, laisse franchement pantois.

Comment Jean-Luc Mélenchon (dont la plupart de ses nouveaux supporters ne peuvent pas citer, sauf Google, une seule ligne de son projet de société) est-il devenu Saint Mélenchon, l’espoir de tout un mouvement ? Grâce aux deux cents mots que voici, tenus le 6 février dernier :
« La politique qui a été appliquée en Côte d’Ivoire est une politique impériale. La France s’est immiscée dans une discussion rude qu’avaient entre eux les Ivoiriens […] Il fallait respecter de façon extrêmement scrupuleuse l’indépendance des Ivoiriens. Il a été aussitôt organisé, contre Monsieur Laurent Gbagbo, une sorte de pression internationale, car son régime déplaisait (le Front Populaire Ivoirien) beaucoup à la droite internationale qui, depuis des années, manipulait leur marionnette Monsieur Ouattara, qui a précédemment nui au précédent président et au précédent encore avant, car c’est un homme qui a été, en quelque sorte, introduit par les instances internationales et notamment par les Nord-Américains et les Français, depuis de très nombreuses années. Et cet homme a fomenté toutes sortes de complots, a épousé toutes sortes de rebellions absolument insupportables, comme celle qui est venue du Nord du pays où se sont pratiqués les plus grosses fraudes électorales. Et la France s’est mêlée de tout cela, est intervenue de manière militaire et elle a fait, en quelque sorte, que Monsieur Gbagbo soit embastillé. Et il est aujourd’hui traduit devant le Tribunal pénal international, alors que son pays n’a pas signé les clauses de ce tribunal pénal international... »


Bravo Monsieur Mélenchon ! Quelle érudition ! Quel courage ! Quelle attention pour toute cette population de Côte d’Ivoire qui souffre dans sa chair le nouvel ordre ivoirien ! Franchement, tous apprécient ce que vous appelez votre «affection». Vous êtes tellement bons, Monsieur Mélenchon. Allons-y, chantons, coupons et décalons un hymne nouveau, en l’honneur de papa Mélenchon !

Ah, nègres et campagnes présidentielles ! Comme dirait l’autre, « une combinaison qui ne marche pas [vraiment] ». Les premiers n’atteignent l’apogée de leur ignorance que lorsque le sujet les y invite le moins. Les secondes n’atteignent le paroxysme de leur hypocrisie que lorsque les micros les interrogent enfin.

Les acteurs politiques, on le sait, n’ont rien à envier aux performances oscarisées de Denzel Washington, tant qu’il s’agit d’atteindre leurs objectifs électoraux. Mais le plus inquiétant réside dans les réactions de ceux qui leur prêtent toute leur attention et qui croient, dur comme tibia de Zokora, que leurs désirs intimes seront effectivement pris en compte par les responsables politiques de leurs colonies.
En effet, que les pro-Gbagbo acquiescent les propos de Mélenchon ne pose aucun problème de fond. L’homme a essentiellement dit ce que bon nombres d’observateurs (moyennement honnêtes) de la crise ivoirienne savent et répètent depuis belle lurette : la France a mené une guerre en Côte d’Ivoire qui s’est achevée (?) avec l’installation d’Alassane Ouattara à la tête du pays. Mais que ces mêmes pro-Gbagbo sautent toutes les étapes de la lecture politique avisée et décident, sur la seule base d’un clip YouTube, de la canonisation de Jean-Luc Mélenchon, est complétement interloquant.

Comment se fait-il que des Ivoiriens puissent s’ordonner un choix électoral, même symbolique (qui ne leur est même pas réservé), sur qui pourrait dorénavant les surexploiter ? Ces mêmes pro-Gbagbo n’ont-ils pas, hier, souffert la colère chiraquienne de novembre 2004, avec ses 65 morts et milliers de blessés officiels (sans compter la destruction des aéronefs militaires ivoiriens) ? Quelle avait été, alors, leur attitude (et celle, très officielle, de Laurent Gbagbo) ? Anticiper, comme une délivrance, l’arrivée du p’tit Nicolas à l’Élysée.

C’est que l’hyperactif président français au franc-parler méprisant s’était, à l’époque, positionné comme un opposant interne à Jacques Chirac, donnant l’impression aux plus naïfs qu’il allait tenir ses promesses de campagne et s’engager dans une renégociation des relations entre l’Afrique et la France. En langage pro-Gbagbo, cela signifiait que Sarkozy allait probablement s’imprégner de la crise ivoirienne et comprendre, le plus logiquement du monde, que le Woody était la victime et non le bourreau. Aussi, la communication de la Refondation s’était émue d’un coup de fil de Sarkozy à Gbagbo et avait bruyamment médiatisé la fameuse photographie montrant Nicolas et Laurent en train d’échanger, au détour d’un quelconque sommet, un moment de fou rire.

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Sauf que les choses se sont finalement passées bien différemment, n’est-ce pas ?
En réalité, les choses se sont passées le plus naturellement du monde, suivant le cours de l’histoire impérialiste occidentale en Afrique noire : tout ce que Mitterrand a souhaité, Chirac, son meilleur ennemi, l’a exécuté. Et tout ce que Chirac a espéré, Sarkozy, son meilleur ennemi, l’a parachevé.

On aurait cru que la leçon serait passée, en Côte d’Ivoire, mais hélas ! Dès l’instant qu’un homo politicusfrancius émet une opinion en phase avec celle défendue par le camp Gbagbo, la réaction dite patriotique de ces pauvres résistants, lobotomisées et manipulées par quelques-uns de leurs leaders (plus charlatans que militants), est de suivre les mots d’ordre les plus saugrenus, vaille que vaille, en encourageant tous les "fiers Ivoiriens" à faire de même. Tout cela, simplement parce qu’un homme politique français, en pleine campagne présidentielle, affirme, devant les caméras, le contraire de ce que ses principaux adversaires politiques défendent.

On se souvient que Marine le Pen avait, elle aussi, publiquement condamner Alassane Ouattara avec les mots appropriés, sur les antennes de RTL et de iTélé. Cela avait engendré une vidéo devenue rapidement virale dans les milieux pro-Gbagbo. Et nous suggérions alors aux Ivoiriens de consommer du Marine Le Pen… avec modération, vu que l'héritière-candidate est toujours… lepéniste, à savoir, le leader d’un Front national qui a déjà fait ses preuves en matière de politiques racistes et rétrogrades.

Aujourd’hui, les Ivoiriens qui ne se promènent nulle part avec un passeport français (parce que nés à Zoukougbeu et non à Caen), savent-ils que leur engagement militant pour la victoire de Mélenchon n’aura absolument aucun impact sur le quotidien de leurs enfants ? Non. Car l’amour de la Côte d’Ivoire et le patriotisme vrai est censé se mesurer à un seul trait : dénoncer Ouattara. Quiconque dénonce Alassane Dramane Ouattara aime forcément la Côte d’Ivoire et est détenteur exclusif d’une carte de patriotisme OBV, qui l’autorise à toutes sortes de tartuferies. Et à deux cartes (une pour lui, une autre pour sa Nady), s’il le fait en public...

Cette définition simpliste d’amour pour la patrie s’applique en Côte d’Ivoire depuis belle lurette. Mais l’avènement de la campagne Mélenchon, organisée par des pro-Gbagbo, vient apporter une signification complémentaire au Larousse patriotique ivoirien. Dorénavant, vous pouvez être un piètre homme politique, connu pour lancer des propos tonitruants mais creux, surfant sur une vague d'indignation populiste, aidé en cela par l’arrogance de l’UMP et la fébrilité du PS, vous pouvez être un candidat généralement médiocre sur les questions de fond, expert en argumentations fantaisistes, dénué d’un plan cohérent, aussi affairiste qu’affairé (au sens ivoirien du terme) et capable, 24h sur 24, de balancer quelques coups-de-gueules même forts à propos (qui n’en restent pas moins des coups-de-gueules et non des plans d’actions), et vous êtes alors sanctifiés par les "patriotes" ivoiriens.

Quel gâchis que ce peuple prétendument fier, en dépit de tout ce que la France politique (TOUTE la France politique, sans exception !) lui fait endurer depuis maintenant cinquante années de dépendance dans l’indépendance, soit encore en train de boire de la soupe francophilisée. Quelle honte que certains, dans le but d’assouvir des desseins mystérieux, les guident comme un troupeau de brebis galeuses vers le mirage d’un vert pâturage élyséen.
Mélenchon, si même il était élu, ne ferait strictement rien, ni pour l’Ivoirien, ni pour Laurent Gbagbo, ni pour quelque phénotype négro-africain. Pourquoi ? Parce qu’il est avant tout un homme politique français (et franc-maçon) et qu’il défendra, comme tous les autres avant et après lui, les intérêts du pré-carré françafricain.

Le "tout-sauf-Ouattarakozy" des pseudo-militants ivoiriens, qui ressemble fort à de l’engagement politique respectable, mais qui n’est, en fait, que du moutonnisme puant, s’apparente ici au "tout-sauf-Bush" qui avait engendré, en 2004, sous la terreur médiatique, la réélection d’un nommé George W. Cette réélection avait ouvert la porte aux manipulations supra-légales imposées au Congrès américain par la Maison-Blanche et avait conduit, en 2008, l’Amérique à l’orée de la plus grande catastrophe financière de son histoire.

Les Américains ne se sont toujours pas remis de ce choix électoral fondé sur un patriotisme téléguidé. Même l’arrivée d’Obama, censée colmater toutes les brèches du Bushisme, s’est avérée être encore plus néfaste que le Bushisme lui-même, aujourd’hui que 150 millions d’Américains vivent en-dessous du seuil de pauvreté et que les États-Unis, en bons seigneurs de guerre, ont fait main basse sur les deniers publics de l’Iran comme ils ont fait de même, il y a quelques mois, sur ceux de la Libye… au nom de la démocratie.

Les Ivoiriens non plus ne se remettront pas de leur patriotisme hypnotique et émotionnel, dénué d’idées, riche en zèle circonstanciel, donc clairement limité. Croire que Saint Mélenchon représente un quelconque espoir pour le peuple de Côte d’Ivoire, tout simplement parce qu'il reconnait en Ouattara la marionnette qu'il est, est tellement ignorant qu’on se demande s’il faut en rire ou en pleurer.


Rire, on va le faire, à gorge déployée, de l’échec annoncé de la campagne Mélenchon, destinée à faire des résultats à la Wodié. Et pleurer, on va s’y résoudre, amèrement, devant l’aggravation programmée de la misère du peuple ivoirien, manipulé par tout ce qu’il y de militants fantoches et d’hommes politiques français, en route (ou non) vers le prochain puits de pétrole, au large du Golfe de Guinée.


Par :
Fabien D’Almeida
Source : penseesnoires.info / Fabien D’Almeida …correctement politique

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