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14/03/2012

Nouveau gouvernement : la position de Mamadou Koulibaly


mk.jpg"Ahoussou Jeannot est un premier ministre sans pouvoir"


«Je souhaite bonne chance à Ahoussou Jeannot parce qu’on lui a donné un portefeuille duquel sont sorties des valeurs qui réduisent nécessairement la valeur du portefeuille de Premier ministre. Quand le président de la République devient lui-même ministre de la Défense, cela signifie qu’il a dépouillé le... Premier ministre de toutes les questions de défense et de sécurité. Quand en plus, le président de la République nomme son petit-frère, ministre chargé des questions présidentielles, c’est l’administration du gouvernement, et c’est comme s’il dépouille le Premier ministre de ce qui est gestion des autres portefeuilles ministériels et la coordination de l’action gouvernementale revient de nouveau à son petit-frère. Et donc naturellement, le Premier ministre se trouve dépouillé. La défense et le gouvernement général vont être gérés en famille chez le président de la République. Troisièmement, le fait de nommer un ministre délégué opérationnel auprès du Premier ministre qui doit être chargé de l’action gouvernementale, le ministre délégué dépouille le Premier ministre de son pouvoir de ministre de la Justice. Donc on se retrouve là avec un Premier ministre, qui est un ami, que j’encourage, mais en même temps je crains fort, avec toutes les pièces qui ont été enlevées de son portefeuille et qui se retrouve avec le titre de Premier ministre qui n’a pas le pouvoir. Et ça, c’est relativement dommage. Moi je l’ai fréquenté pendant les premiers moments de la crise postélectorale. C’est avec lui que j’ai négocié et obtenu la libération des premiers prisonniers détenus au Golf Hôtel et à la Pergola après le 11 avril 2011. Je me dis donc que c’est quelqu’un qui est capable de par sa compréhension de mener progressivement la machine de la réconciliation et cela suppose qu’il ait de l’autorité. Mais si on lui enlève la justice, la défense et les autres manteaux gouvernementaux qu’on a confiés au petit-frère, je crains fort que la Primature qu’on lui a donnée ait été vidée de son contenu. Quand Soro était Premier ministre, toutes ses valeurs là étaient dans le même portefeuille. Quel est le besoin aujourd’hui de le dépouiller de tout cela?».

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10/03/2012

Portrait d’Homme libre - le «petit» entrepreneur.Chronique de Gisèle Dutheuil


images.jpegQu’est-ce que la liberté ? Ce mot peut paraître abstrait. Il prend cependant toute sa signification quand on le comprend à travers le quotidien des populations. Prenons l’exemple d’un jeune entrepreneur créateur d’une petite ou moyenne entreprise. Entendons jeune, non pas en fonction de son âge mais au sens où il est à la tête d’une jeune entreprise privée.

Dans un cadre de liberté, ce promoteur va pouvoir finaliser les formalités de création de son affaire en moins d’une semaine à bas coût. Il ne connaît donc pas le parcours harassant qui, malgré le guichet unique qui centralise une partie des démarches, est long et cher. Inutile de glisser un billet sous un dossier pour le débloquer. Tout le monde est traité également quelles que soient son ethnie, son appartenance politique et sa nationalité. L’entrepreneur ne connaît pas non plus les sueurs froides lors des premières déclarations d’impôt, ni le stress de faire des erreurs dans la multitude des taxes qui s’imbriquent les unes aux autres.

Pourquoi dans un contexte libéral les formalités et la fiscalité sont simplifiées ? Parce que l’entrepreneur y est considéré comme un acteur précieux du développement et que l’Etat souhaite lui simplifier la vie au maximum pour l’inciter à se faire des profits, à créer des emplois et à ne pas fuir le territoire où il crée la richesse. L’entrepreneur est important. C’est un acteur-clé de la croissance et, à ce titre, a droit à de nombreux égards. Il n’est pas considéré comme une vache à lait ou un voleur qui doit être surveillé. Il est un pionnier de la croissance, un modèle pour la jeunesse qui rêve elle aussi de se lancer dans l’aventure, plus que de trouver refuge dans une administration ou en politique comme c’est le cas dans les pays où la liberté économique est faible. Si le pays est libre, les contrats seront protégés par une justice impartiale et efficace, l’accès à des financements adaptés sera facilité. Dans ce cadre, il n’y a aucune raison de fuir dans un secteur informel peu sécurisant pour les entrepreneurs qui y restent peu productifs dans des conditions fragiles de survie et qui est peu rassurant pour l’Etat lui-même qui voit ses recettes amoindries. Un système de contrats clairs, entre l’entreprise et ses partenaires, qui garantisse les intérêts de tous et incite à l’investissement. Les profits dégagés enrichissent l’entrepreneur privé mais également la société dans son ensemble, car de nouveaux investissements sont alors réalisés et de nouveaux emplois créés parallèlement ; de l’argent est épargné et dépensé ; des impôts aideront l’Etat à assurer ses fonctions régaliennes, notamment la sécurité.

Le consommateur est également plus heureux au cœur d’un système de liberté car si les entreprises sont multiples et dynamiques, la concurrence conduit à une meilleure qualité de produit à des prix moins élevés d’autant que le racket sur les routes n’existant pas dans un Etat de droit, les prix se maintiennent à un juste niveau. Quel intérêt d’acheter un pain cher et mauvais si, à quelques mètres, un boulanger respecte son client et offre de meilleurs produits ? La liberté est assortie d’une profonde moralité car elle incite au respect de l’autre.

Tout est plus simple avec la liberté, les marchandises sont moins taxées à l’entrée et à la sortie du pays donc les échanges sont plus faciles et les possibilités de croissance décuplées. Pour le jeune entrepreneur, cela signifie un accès facile au crédit bancaire, à la propriété privée des moyens de production, à une justice non corrompue et à la concurrence. La liberté n’est pas un mot vide, c’est un moteur !

Gisèle Dutheuil, directrice d’Audace Institut Afrique

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05/03/2012

Gouvernance de Ouattara : autant en emporte la bêtise

Gouvernance de Ouattara : autant en emporte la bêtise

Alors que les populations ivoiriennes sont encore en proie à des délestages dans plusieurs zones du pays, le gouvernement de Alassane Ouattara, par la voix de son ministre de l’Énergie Adama Toungara, se joue de la souffrance des Ivoiriens.
Dans une récente déclaration, ce dernier a tenté de justifier les jours durs qui attendent les Ivoiriens et, par la même occasion, à dédouaner son mentor de toute responsabilité, le présentant plutôt comme « Super Ouattara », l'homme qui, en moins d’un an, a fait de la Côte d'Ivoire un havre de paix, de joie et de bonheur parfait.

À bien comprendre le ministre, la population ivoirienne devrait même se réjouir des délestages qu’elle subit. Et pour cause :ils sont la preuve que le grand docteur ès-sciences économiques travaille. En fait, il travaille tellement bien depuis son arrivée au pouvoir que la Côte d'Ivoire totalise, en moins d'un an, près de 6000 milliards de francs CFA de dettes, alors que le point d’achèvement de l'initiative PPTE est censé conduire à l'effacement de 6500 milliards sur un total de 10000 milliards de francs CFA de dettes.

Ouattara creuse donc un trou pour en boucher un autre, là où son prédécesseur, Laurent Gbagbo, avait fait des mains et des pieds pour que la Côte d'Ivoire puisse, chaque année et pendant huit ans, repayer régulièrement sa dette. La croissance qui, en 2000, était de -3%, est passée à 4% en 2010.Cependant,moins d’un an après l’accession au pouvoir de Ouattara, le taux de croissance de la Côte d'Ivoire a chuté à -5,8%, contrairement au 10% annoncé.

La pauvreté n'a donc jamais été aussi forte et le désespoir si grand pour les Ivoiriens. Àce jour, de nombreux salariés n'ont toujours pas touché leur paie quand beaucoup d'autres s’attendent déjà à n’avoir que la moitié de leur salaire. Chômage, insécurité, cherté de la vie, baisse du pouvoir d'achat, licenciement massif : voilà le fruit du travail de Ouattara.

Par quel mécanisme le ministre Toungara peut-il donc affirmer que tout va tellement bien que« les familles ont acheté des réfrigérateurs et des congélateurs partout »,afin de justifier les coupures intempestives d’électricité? C’est intolérable et révoltant !Par quel miracle compte-t-il trouver les 200 milliards de francs CFA qu’il a pompeusement annoncé le 2 mars 2011 sans creuser encore plus profondément le fossé de l’endettement ? Personne ne devrait pouvoir se cacher derrière l’ignorance et les faux-semblants. Le régime de Ouattara expose chaque jour son incompétence, l’immoralité de ses choix politiques et se moque du peuple et de sa conscience.
Cette déclaration serait risible si la situation n’était pas aussi dramatique. Quel est le fondement d’une telle explication, au moment où le prix des carburants flambent dans le Nord du pays, qu’il ne se passe pas un seul jour sans que les FRCI n’agressent ou n’assassinent de pauvres civils innocents, que le prix des denrées alimentaires est passé du simple au double et que les travailleurs sont victimes de la politique de « rattrapage ethnique » chère à Ouattara ?

Il faudrait peut-être se demander si le ministre ne fait pas allusion aux pillages de masse commis par les hordes de rebelles et de mercenaires venus du Nord du pays pour installer Alassane Ouattara au pouvoir. Mais dans ce cas, le terme qu’il devrait plutôt employer serait « vol et recel de bien volé »…

Faut-il pour autant être étonné de ce cynisme ? Probablement non. Le ministre Tounkara lui-même avoue que Ouattara avait « prévenu de ce qu’il ferait du pays lorsqu’il arriverait au pouvoir ». Mais ce cynisme dénote aussi de la fébrilité et de la perte complète de contrôle des affaires du pays par Ouattara. Quand, à cause de simples rumeurs d'augmentation des tarifs du transport en autobus, le directeur général de la SOTRA parle « d'incitation à l’insurrection », c'est que ce régime est loin de baigner dans la sérénité. Par ses ridicules sorties médiatiques, le gouvernement Ouattara tente alors de maquiller la réalité et de détourner l'attention du peuple des vrais problèmes.
Pendant combien de temps les Ivoiriens supporteront-ils ces humiliations et ces souffrances ? Il est grand temps que Ouattara commence à se préoccuper des difficultés qui s’accumulent en Côte d’Ivoire. Sinon, le peuple ne tardera pas à lui retirer totalement sa confiance, si ce n'est déjà fait.

D’évidence, Alassane Ouattara est incapable de gérer la Côte d’Ivoire. Lui qui pensait que ses amis occidentaux le couvriraient d’argent se retrouve aujourd’hui au pied du mur. Son gouvernement, dans l’intérêt général, gagnerait à engager un dialogue franc avec l’opposition qui chaque jour se bat pour qu’un contre-pouvoir crédible équilibre la vie politique de la nation.
Tant qu’il continuera d’ignorer les appels au retour à des valeurs démocratiques et au respect de la Constitution, Alassane Ouattara continuera tout seul à conduire tout un pays dans l’abîme. Parce que, quand les lois ne règnent pas, ce sont les hommes qui le font. Et la communauté internationale qui l’a porté au pouvoir commence déjà à se poser des sérieuses questions...

L’homme est donc condamner à cohabiter avec l’opposition. C’est ce qu’il y a de mieux à faire pour lui et pour la Côte d’Ivoire.

Pensées Noires - Réflexions et libre expression sur les sociétés noires de Côte d'Ivoire, d'Afrique et de la diaspora.png


Mohamed Radwan, Chercheur et analyste politique
4 Mars 2012

18:53 | Commentaires (1) |  Facebook | | |