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17/05/2012

La problématique de l’opposition en Côte d’Ivoire

Le rôle de l’opposition pourrait être de compter les fautes commises par Ouattara et son gouvernement RHDP mais chaque échec des gouvernants représenterait alors des misères et des injustices dont la victime reste le peuple de Côte d’Ivoire. Une opposition responsable ne peut pas avoir comme programme unique de tout mettre en œuvre pour que le gouvernement échoue. Cela n’empêche pas la critique des politiques, mais cette critique doit s’accompagner de propositions. Au-delà, le rôle de l’opposition est de veiller à ce que les dirigeants n’abusent pas de leur pouvoir pour opprimer les populations.

 

 L’opposition existe-elle dans notre pays ? 


Après la débâcle électorale des présidentielles et des législatives, les forces précédemment rassemblées dans le CNRD et qui sont allées aux élections sous le label LMP ont éclaté, sans doute faute de ne plus avoir de président, ni de majorité, ni de rêve, ni de courage. Pendant dix ans, il n’y a eu aucune cohérence d’ensemble dans ce bloc, le chef de l’époque préférant diviser les siens pour mieux régner sur eux. Ces coalitions tenaient  dans la seule perspective électorale et n’avaient ni statuts officiels, ni organisations opérationnelles permanentes. Elles ont donc volé en éclats après les élections présidentielles et la crise qui s’en est suivie. Aujourd’hui, elles ne constituent plus une opposition homogène.  


Cette l’opposition dispersée avait d’ailleurs renoncé, depuis longtemps, à avoir la moindre doctrine permettant de proposer aux Ivoiriens un programme attractif, et s’était plutôt concentrée sur une gestion  patrimoniale de l’Etat, rigide et corrompue. Au pouvoir, ces forces ont renoncé à leurs rêves,  se sont reniées au point de trahir leurs engagements vis-à-vis de leurs militants et de leurs électeurs. Elles sont tombées dans l’endoctrinement et se sont ainsi discréditées auprès du peuple de ce pays et des observateurs étrangers.   

 

Actuellement, dans ce contexte,  avec un gouvernement des plus violents, sans  contre-pouvoir, c’est la débandade. L’opposition en Côte d’Ivoire essaye difficilement de survivre après le choc postélectoral et la répression qui s’en est suivie, d’autant qu’après dix années passées dans le confort d’un pouvoir plus oppresseur que serviteur pour les Ivoiriens, pensant qu’il n’y avait rien en face, des relents d’arrogance animent encore certains membres de cette opposition. Ils tentent aujourd’hui de trouver de la force en marginalisant hautainement ceux qu’ils désignent comme « les petits partis politiques » face à leurs partis qu’ils continuent de qualifier de grands.   

 

La peur de Ouattara nous amène à nous battre les uns contre les autres : ceux qui sont membres du CNRD entre eux et certains d’entre eux contre ceux qui n’en sont pas, considérés alors comme des traitres. Ils auraient en effet trahi le chef emprisonné en continuant la lutte pour la liberté et la démocratie. L’opposition règle pour le moment ses propres comptes intra muros.  

 

Pour ceux qui arrivent à se détacher de la nostalgie d’un âge d’or récent, tout est à reconstruire. Tout est à reprendre à zéro. Il faut formuler de nouvelles offres politiques ; présenter de nouveaux visages ; aborder et rassurer des populations blasées et apeurées ; redonner l’espoir à de nombreux Ivoiriens qui ne se retrouvent plus dans ce monde politique et qui voient les régimes se succéder, se quereller, se ressembler, se copier mais désespérément devenir toujours pires.  

 

Il est temps de reprendre le flambeau de la liberté, qui a maintes fois été fêtée, et de lui adjoindre la démocratie qui a fait défaut et la république qui est la grande méconnue de notre classe politique. Le peuple doit savoir que c’est lui le souverain et non le premier venu avec la force et la violence. L’opposition a donc de vastes chantiers même si elle n’est pas homogène et que la réflexion n’est pas en ce moment sa priorité.   

 

La mission de l’opposition au cours de ces prochains mois va consister à communiquer, à proposer, à s’organiser 

 

Il faut briser le cercle de l’ignorance qui emprisonne l’opinion publique, avoir une pédagogie active qui ne consiste pas seulement à dénoncer les erreurs de Ouattara, bien qu’il soit important d’informer les populations sur ses dérives,  mais aussi à expliquer comment fonctionne un pays en paix où l’on brise le cercle des haines, de la corruption et des intrigues politiques pour s’ouvrir à des procédures marchandes de libre échange, de convivialité et de justice. Il faut expliquer comment l’idéal social n’est pas et ne doit pas être le ministre ou le député ou bien le DG d’une entreprise du secteur public, mais plutôt l’entrepreneur privé, le cadre du secteur productif, le propriétaire de société qui créent des emplois pour les jeunes ; expliquer comment les entreprises marchent mieux lorsqu’elles sont gérées par une compagnie privée ; comment les écoles privées qui fleurissent dans notre pays répondent aux vœux des familles ; comment les paysans, s’ils obtenaient des titres de propriété sur leurs terres sortiraient plus facilement de la pauvreté ; comment l’Etat de droit nous éloigne des coups d’Etat, des rebellions et de toutes sortes d’atavismes politiciens de bas niveau.   

 

L’opposition doit être une force de pédagogie active. Elle ne doit pas cultiver la haine au sein des populations. Elle ne doit pas diviser sur des bases ethniques et religieuses les Ivoiriens. Elle ne doit pas diffuser la peur pour mobiliser ses troupes. Elle doit se réconcilier avec elle-même, ses ambitions, ses convictions, ses rêves abandonnés et aussi avec les populations. Elle doit se garder d’exploiter l’ignorance des gens pour accentuer la peur, la division et la méfiance.   

 

Outre ce rôle d’éducation des populations, l’opposition doit expliquer que la CEI n’est pas indépendante et que la liste électorale devrait être mise à jour.  

 

L’exigence de proposer 

 

L’opposition devrait dès aujourd’hui parcourir le pays pour convaincre de nouveaux électeurs que la pauvreté peut reculer. La liberté peut faire reculer la pauvreté. Il faut aller dire au paysan qu’un titre de propriété pourrait le sortir de l’esclavage, dire au salarié que sa retraite pourrait être sécurisée et augmentée par un système de capitalisation et que l’heure de la retraite ne veut pas forcément dire descente aux enfers ; dire aux familles qu’elles pourraient être mieux soignées si les jeunes médecins pouvaient s’installer plus facilement dans le secteur privé et si le prix des consultations étaient libres ; dire aux parents que leurs enfants pourraient bénéficier d’un meilleur enseignement si de nouveaux locaux étaient construits et si les enseignants bénéficiaient d’une meilleure formation ; dire que l’impôt peut être simplifié pour éviter le stress des démarches compliquées ; que le logement pourrait s’adapter à la population croissante. Toutes ces questions intéressent les familles qui doivent comprendre que la politique n’est pas qu’un moyen d’accéder au pouvoir mais qu’une bonne classe politique leur permet avant tout de sortir de la pauvreté. L’opposition devrait également expliquer aux Ivoiriens qu’une bonne constitution est un moyen de développement et que le régime parlementaire donne des moyens supplémentaires de contrôler les gouvernants pour éviter les gaspillages d’argent public et l’arrogance de la mauvaise gouvernance.   

 

Il faut redonner confiance aux populations et les éloigner de la désespérance qui conduit à la violence et à des crises sociales profondes, générales et durables dans une nation en construction. Tel devrait être le rôle de l’opposition. Son plaidoyer serait aussi  de s’attaquer aux découpages électoraux qui ont été réalisés en dehors des principes démocratiques et exiger un recensement général de la population au plus tôt.  

 

Le désir de s’organiser 

 

L’opposition peut-elle s’organiser en une force unique homogène ? La société civile peut-elle travailler avec cette opposition ? D’autres forces peuvent-elles participer à la construction de contre-pouvoirs même si chacun garde la spécificité de ses objectifs et de ses moyens? Un tel rassemblement est-il de nature à renforcer l’opposition ou à l’affaiblir ? L’opposition restera-t-elle éclatée sans ligne précise ? Peut-on dans ce cas parler d’opposition ? N’est–il pas plus juste de parler d’opposants ?  

 

Je crois en la création d’un parti politique fort à partir des dépouilles de l’ex LMP/CNRD. Mais les haines et jalousies cultivées depuis des lustres ajoutées à l’incompétence et à la myopie de plusieurs opposants risquent de plomber complètement cette perspective. Or, un programme alternatif de rupture qui puisse libérer la Côte d’Ivoire de ses démons, dans une Afrique qui ne lui ferait plus peur, ne peut venir d’invectives, d’injures, d’anathèmes, de croyances magiques, de danses guerrières, de désirs ardents de vengeance, d’attente de revanche et de la culture de la peur et de la belligérance.   

  

L’opposition doit se remettre en marche vers le pays profond pour y tisser de nouveaux réseaux, réactiver ceux qui ont été abandonnés, parler de paix et de liberté pour rassurer les populations et leur proposer des alternatives crédibles qui prennent en compte leurs réalités de terrain. L’opposition doit créer un pont vers la société civile pour éviter l’isolement des uns et des autres et limiter ainsi les dérives des élus pro gouvernementaux. Nous devons redonner confiance aux milliers d’Ivoiriens et rassurer ceux qui ne veulent pas pour l’instant s’engager en politique. La politique doit cesser d’être une activité dangereuse et les opposants doivent contribuer à cela. L’opposition doit avoir une idéologie claire, audacieuse et cohérente.

 

Mais pour cela, la majorité au pouvoir doit admettre que sa fonction essentielle est de gouverner dans le respect des droits de la minorité. Elle doit donc cesser de brimer cette opposition, de la faire chanter, de la mépriser, de la menacer. Elle doit continuer la voie du dialogue engagé récemment avec le Premier ministre à Grand Bassam. La majorité d’aujourd’hui doit penser qu’elle sera l’opposition de demain. Il serait donc judicieux qu’ensemble, un statut de l’opposition soit adopté et que le respect de la parole donnée et l’honneur prennent leurs places dans le monde politique.   

 

Une démocratie n’a pas de sens sans opposition et de ce fait, les gouvernants doivent éviter de proposer aux opposants d’entrer dans des gouvernements d’union, de réconciliation, d’unité nationale. De même, les opposants doivent éviter de tomber dans la logique du pouvoir perçu comme un gâteau à partager en acceptant de participer à des gouvernements dits d’ouverture qui ne conduisent qu’à la confusion, à l’inertie et à un affaiblissement de la démocratie. Une opposition forte est un gage de liberté pour les populations.

 

Mamadou Koulibaly, Président de LIDER, in Fraternité Matin le 15 mai 2012

 

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