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29/07/2012

Le Savoir en captivité : explosion du prix de l'université ivoirienne

Les médias nationaux l’ont annoncé : l’université publique ivoirienne devrait, enfin, ré-ouvrir. Pourtant, déjà, des voix s’élèvent pour protester. En effet, après le massacre des arbres du campus de Cocody, après la filtration des passages à l’entrée de cette université par un groupe de militaires, la dernière mesure vient d’être publiée : les frais d’inscription vont augmenter*. Cette annonce n’a pas manqué de surprendre et d’inquiéter la population du pays.



Le régime ivoirien, se présentant comme libéral, déclare vouloir inscrire l’Université dans une logique d’ouverture vers le monde grâce à un programme de modernisation. Ne voulant pas augmenter la charge de ce service public pour toute la population, il choisit de faire peser ces frais sur les étudiants. La réalité est pourtant tout autre car, si le campus a été rénové pour partie, après les nombreuses dégradations engendrées par la guerre, il est assez étrange de penser que repeindre les bâtiments suffira à améliorer la qualité des cours, à garantir la sécurité des étudiants et des professeurs, ou à relancer la recherche, abandonnée depuis déjà bien trop longtemps, voire à encourager les enseignant-chercheurs, exilés, à revenir.

Cette augmentation des frais est difficilement justifiable par la libéralisation de l’Université. Entendons par libéralisation l’ouverture annoncée permettant à l’université ivoirienne une mise à niveau. Elle ressemble plutôt à une mesure désespérée pour équilibrer des budgets aussi précaires que la sécurité dans le pays. Notons que l’octroi du marché de la rénovation à des amis du pouvoir a d’évidence contribué à une augmentation significative de l’enveloppe des travaux. Les préceptes libéraux auraient, eux, imposés un appel d’offre ouvert en bonne et due forme. De plus, une université respectant les préceptes libéraux tendrait à la transparence et n’hésiterait pas à justifier, clairement, les raisons de l’augmentation de ses frais, trouvant dans la publicité ainsi offerte au public un atout de plus pour améliorer l’offre de formation, la diversité des cours, la qualité des laboratoires de recherche, la variété des publications. Ce n’est pas le cas en Côte d’Ivoire.

Victor Hugo disait qu’en ouvrant une école, nous fermerons une prison. Cette situation serait-elle l’expression d’une crainte du pouvoir vis-à-vis des universitaires, et des étudiants ? En verrouillant le chemin de la liberté offert par l’Université aux jeunes, le Gouvernement prive le pays d’une partie des instruments intellectuels nécessaires à la rénovation, à l’amélioration des structures de l’Etat, de sa gouvernance, et de la gestion des fonds publics.

Saint Augustin, déjà, prophétisait que l’éducation seule permet de sortir les Hommes de la pauvreté, du vice, et de la corruption de l’esprit et du corps. La Côte d’Ivoire, berceau de l’Humanité comme l’est toute l’Afrique, ne doit pas oublier ces sages paroles divinement inspirées. En augmentant les frais d’inscription et en empêchant l’apparition d’un climat favorable aux études, à la Recherche et plus largement au partage du Savoir, l'Etat souille la source de liberté qu’est l’Université. Cela risque de maintenir durablement la société civile dans une faiblesse alimentée par le manque de connaissance. C’est pourtant le contre-pouvoir d’une société civile organisée qui donnera du volume à la démocratie en Afrique. Cette augmentation brutale des frais d’inscription risque d’éloigner des amphithéâtres de nombreux étudiants et, plus particulièrement les jeunes filles qui, dans la culture africaine, sont souvent les premières sacrifiées. Cela est contraire à toute voie de progrès et éloigne encore le pays de la voie de l’émergence.

Par Nicolas Madelénat di Florio, Enseignant chercheur-associé, Centre de Recherches en Ethique Economique, Faculté de Droit et de Science Politique, Aix-en-Provence. Membre du collège des personnalités qualifiées, Audace Institut Afrique. Professeur invité, Abidjan.

* Le tarif annoncé est de 100 000 FCFA à 300 000 FCFA : Licence à 100 000 FCFA, Master à 200 000 FCFA et Doctorat à 300 000 FCFA sachant que le SMIC est à 60 000F en Côte d'Ivoire.


 

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26/07/2012

L'augmentation des frais d'inscription ne sera pas une usine de fabrication de meilleurs étudiants

Le Président Alassane OUATTARA a fermé les universités publiques en Côte d’Ivoire dès sa prise de pouvoir. Le motif était simple : restaurer l’âme des «temples». Cette décision est hautement critiquable puisque le savoir ne mérite pas un tel traitement. Après la construction des centaines de mètres de clôture et des couches de peinture, la rentrée a été fixée le 3 septembre 2012. Ce que les parents attendaient surtout c’était les prix d’inscription, dans un pays où la cherté de la vie a érodé considérablement le pouvoir d’achat des ivoiriens.  L’information est tombée comme un couperet : les étudiants Ivoiriens et étudiants de l’espace UEMOA paieront, pour la Licence, 100.000 FCFA, le Master 200.000 FCFA et le Doctorat 300.000 FCFA. Tandis que les étudiants hors espace UEMOA devront s’acquitter pour les mêmes niveaux d’étude respectivement de 300.000 FCFA, 400.000 FCFA et de 500.000 FCFA.

 

De 6.000 FCFA, les frais passent à 100.000FCFA, soit une augmentation de 1566 %. Ce qu’il faut retenir c’est que le Président Alassane OUATTARA veut tuer le savoir avec la complicité passive d’une certaine élite. Une augmentation aussi significative en période de morosité économique a forcément un substrat caché. 


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1.    LES RAISONS FRAGILES D’UNE TELLE AUGMENTATION

 

Selon les trois présidents des universités de Cocody, d’Abobo-Adjamé et de Bouaké, cette contribution des apprenants au coût de leur formation, ajoutée aux autres ressources (Etat et propres), permettra de produire des diplômés mieux formés, mieux armés et plus compétitifs pour affronter la concurrence sur le marché du travail. Ils ont justifié cette nouvelle contribution à l’impérieuse nécessité d’accompagner l’Etat dans la mise en œuvre de cet ambitieux programme de rénovation des édifices et de réaménagement des enseignements qui a besoin d’importants moyens financiers. Pour les Conseils d’Université, avec l’ancienne contribution de formation de 6.000 FCFA, soit 0,5% du coût de formation réel d’un étudiant à savoir 1.200.000 FCFA, les universités de Côte d’Ivoire ont connu une décrépitude dont l’accélérateur a été la crise postélectorale. Il est établi qu’un mauvais diagnostic  ne conduit pas  à une réponse adéquate.  Si la qualité des trois présidents des universités est établie alors on peut affirmer qu’une telle décision est plus politique qu’académique.

 

2.    LES FRAIS D’INSCRIPTION NE FONT PAS DE MEILLEURS ETUDIANTS

 

Il est illusoire de croire qu’en augmentant les frais d’inscription, on aura des super-étudiants. En tout état de cause, nous devons nous élever contre l’idée selon laquelle les frais d’inscription sont l’outil idéal, voire le seul outil, de la compétitivité internationale des universités. Selon cette logique, le « prix » d’un diplôme est censé refléter sa « valeur » sur le « marché mondial de l’éducation ». C’est une micro-idée qui aura un micro-impact.

D’abord il faut faire une nette distinction entre la formation et l’insertion professionnelle.  La formation met en jeu l’enseignant et l’apprenant tandis que l’insertion concerne le diplômé et le marché du travail.

 

Ensuite demander une augmentation des frais d’inscription aux parents ne va pas résoudre cette question complexe de la concurrence sur le marché du travail.

Enfin, le contexte lui-même est mal choisi. En obligeant les parents à payer des sommes élevées, on les prive de contributions nécessaires à l’accompagnement des étudiants durant l’année universitaire.

 

3.    LA PÉRIODE D’HOUPHOUET BOIGNY INFIRME UNE TELLE ACCEPTION

 

Les étudiants sous Felix Houphouët Bobigny étaient brillants mais la contribution des étudiants ivoiriens à leur formation était quasi inexistante.  D’ailleurs comme le rappellent les présidents des universités, les frais d’inscription étaient faibles : de 2100 FCFA en 1963 ; 3100 FCFA en 1970 ; 4200 FCFA en 1971. Et de 1980 jusqu’à ce jour, les frais d’inscription étaient fixés à 6.000 FCFA. Ce n’est pas parce que la contribution à la formation représente  0,5% du coût de formation (1,2 millions FCFA par étudiant), que le diplôme est sous-évalué.  Les décideurs doivent méditer sur notre passé pour prendre parfois des décisions car comme le dit Cheikh AntaDiop « Les intellectuels doivent étudier le passé non pour s'y complaire, mais pour y puiser des leçons ou s'en écarter en connaissance de cause si cela est nécessaire ». 


Sous Felix Houphouët Boigny, l'Etat de Côte d'Ivoire  a offert des bourses  et des conditions suffisantes pour étudier convenablement. Les enfants de pauvres, aujourd’hui devenus professeurs refusent que l’école de la république soit accessible aux pauvres. On ne peut pas prendre l'argent du contribuable pour réhabiliter les universités et leur demander de  payer  la note.

 

Félix Houphouët Boigny disait toujours ceci : « Je sais que mon pays, entre plusieurs préoccupations, a choisi de privilégier deux d'entre elles. D'abord la paix dans la liberté, dans la dignité, dans la tolérance, dans l'amour. La deuxième préoccupation, c'est l'éducation des enfants, la formation de la jeunesse, notre espoir , notre certitude du meilleur devenir de notre pays ».  Prenons garde de ne pas « tuer » notre espoir, c’est-à-dire,  la formation de la jeunesse.

 

4.    LA VALEUR D’UN DIPLÔME DÉPEND D’AUTRES FACTEURS

 

 Pour bien aborder cette question, il faut sans doute, définir ce qu’on entend par université. On peut la définir comme un établissement qui fédère en son sein la production (recherche scientifique), la conservation publications et bibliothèques) et la transmission (études supérieures)de différents domaines de la connaissance. Elle se distingue en cela des Ecoles et grandes écoles qui sont centrées sur la seule transmission d’un domaine bien défini de la connaissance. 

 

Avec une telle définition, on comprend que ce n’est pas parce que dans le système anglophone, les étudiants contribuent au coût de leur formation à hauteur de 30%, qu’ils sont meilleurs, comme le dit le Pr. Ly Ramata.

 

Les experts de l’éducation ne manquent pas de répéter que la valeur d’un diplôme dépend principalement de son contenu et de la qualité des enseignements qui y sont dispensés.  La qualité des diplômesdépend d’autres facteurs dont les plus significatifs sont les suivants.

 

 

En premier lieu, un enseignant bien formé et motivé.Les enseignants jouent un rôle crucial dans la transmission des connaissances à l'école. Dans le même temps, leurs salaires constituent le poste de dépense le plus important du budget de l'éducation. En effet, dans la plupart des pays développés et des pays en développement, les salaires des enseignants représentent entre la moitié et les trois quarts des dépenses d'éducation. Dans certains pays, ce pourcentage peut atteindre 90% (Banque mondiale, 2002)[i]. Les compétences des enseignants constituent un deuxième aspect qui est potentiellement lié à leur satisfaction professionnelle. Il est évident que, pour transmettre des connaissances avec succès, il faut maîtriser la matière enseignée et les outils pédagogiques qui permettent d'inculquer ces connaissances aux apprenants.

 

En second lieu, la formation initiale de l’apprenant. Ce qui suppose la maîtrise des étapes de la formation depuis la maternelle jusqu’à l’université.

 

En troisième lieu, les conditions de vie des étudiants. Sous Félix Houphouët-Boigny, les étudiants étaient mieux traités. Les restaurants fonctionnaient parfaitement. Ils avaient la bourse, des conditions de transport acceptables, la précarité était limitée.

 

En quatrième lieu, les infrastructures universitaires. Les amphithéâtres suffisants pour accueillir les étudiants, des salles de conférence, des salles informatiques, des bureaux pour les enseignants.

 

En cinquième lieu, la situation institutionnelle des universités et le mode de gouvernance. Le fonctionnement et la situation institutionnelle des universités britanniques diffèrent de ceux de leurs homologues françaises. Les institutions britanniques bénéficient d’une très large autonomie financière, de recrutement, de gestion etc. Toutefois cette autonomie est assortie d’une très importante notion de responsabilité vis-à-vis du gouvernement et de certains organismes publics, et ce pour l’ensemble des aspects, administratifs comme académiques, du fonctionnement de l’établissement. Le mode de gouvernance et les mécanismes sont également différents.

 

En sixième lieu, la recherche d’une meilleure adéquation entre la formation des étudiants et les besoins de l’économie et des entreprises. Un des principaux objectifs du partenariat entre université et entreprises consiste à adapter l'enseignement aux besoins d'une économie en voie d'industrialisation. Les universités pensent parfois qu'elles doivent se consacrer à leurs tâches traditionnelles d'étude et de recherche et qu'on ne peut pas leur demander de tout faire. Mais pour pouvoir réaliser un équilibre convenable entre formation universitaire et formation professionnelle, il faut qu'elles entreprennent et entretiennent le dialogue avec les entreprises qui utilisent leurs services et leurs diplômés.

 

Mais finalement, au niveau macro, la relation formation – emploi est loin d’être réalisée : « une formation nedonne pas systématiquement accès aux métiers ou aux emplois auxquels elle est censéepréparer. Cela tient à la fois à des dysfonctionnements du marché du travail et à la diversité desmodes d’acquisition des compétences, de la formation ‘diplômante’ à la formation sur leterrain[ii] ». Le principal critère d’embauche reste la  personnalité du diplômé.  Un étudiant anglais peut faire des études de théâtre et se retrouver agent de change dans la City. "45% de nos offres d'emploi sont ouvertes à tous les diplômés de n'importe quelle discipline, explique Tony Raban, qui dirige le service des carrières de l'université de Cambridge. Les études britanniques sont courtes - trois ou quatre ans - et les employeurs, selon une longue tradition, forment leur personnel eux-mêmes. Sauf dans quelques domaines, comme la médecine ou l'électronique, ils recrutent des jeunes pour leurs compétences intellectuelles, leur capacité à résoudre les problèmes.".

Avec cette augmentation des frais d’inscription, c’est le début d’une longue marche vers la privatisation des universités.

 

Par le Dr Séraphin Prao Yao, Délégué National au système monétaire et financier de LIDER



[i]World Bank (2002): World Development Indicators, CD-ROM, Banque mondiale, Washington.

[ii]Olivier Chardon, « La spécialité de formation joue un rôle secondaire pour accéder à la plupart des métiers », Economie et Statistique, n° 388-389, 2005, pp 37.

 

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21/07/2012

LIDER : Un an de défis et d’espoirs

A l’occasion de la première année d’existence de Liberté et Démocratie pour la République (LIDER), le président du parti, le Pr. Ma-madou Koulibaly a accordé une interview exclusive à LIDER News. Un entretien à coeur ouvert à l’attention des militants.

 

 14 juillet 2011 - 14 juillet 2012 : LIDER a aujourd’hui un an. Un an que vous avez mis au grand jour votre ambition de diriger un jour la Côte d’Ivoire par la mise en place de votre parti, d’un program-me de gouvernement… Aujourd’hui, quel bilan faites-vous des activités de LIDER ?

 

MK: Il ne faut pas interpréter la création de LIDER comme l’ambition de Koulibaly de diriger la Côte d’Ivoire. LI-DER, je l’ai dit et je le répète, a été créé pour donner aux Ivoiriens la possibilité d’avoir chacun une ambition pour la Côte d’Ivoire, mais une ambi-tion de modernité, de démo-cratie, de liberté et surtout une ambition de construction d’une nation à travers la Répu-blique. L’instrument est créé, n’importe lequel des militants pourrait l’utiliser ou s’appuyer dessus pour être président de la République, pour diriger la Côte d’Ivoire. C’est un esprit que LIDER cultive. Qu’au mo-ment de l’accession de LIDER au pouvoir, ce soit avec Mama-dou Koulibaly, c’est tant mieux, et que ce ne soit pas avec Koulibaly mais avec n’im-porte lequel des militants, diri-geants ou cadres de LIDER, c’est tant mieux aussi. Donc il faut bien retenir, ce n’est pas un instrument pour que Kouli-baly devienne président. C’est un instrument de modernisa-tion du pays. Tous les cadres qui viennent militer à LIDER, toutes les personnes qui vien-nent travailler avec LIDER doi-vent se dire que les idées de LIDER sont modernes et sont capables d’apporter aux Ivoi-riens un discours, une démar-che de paix, de reconstruction et de modernité à travers la sortie de l’enfer triangulaire que l’on a subi depuis trop longtemps, cette cristallisation autour de trois pôles Bédié-Gbagbo-Ouattara, qui sont des pôles devenus très conflictuels se bloquant les uns les autres et étouffant la Côte d’Ivoire avec des conflits incessants depuis la mort de Félix Hou-phouët-Boigny. LIDER a été créé pour offrir aux Ivoiriens une porte de sortie de ce triangle infernal.

 

 TELECHARGEZ LIBREMENT L'INTEGRALITE DE L'INTERVIEW DANS LIDER News 5 - 19 Juillet 2012.pdf 

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