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12/12/2011

FNS pour l’entreprenariat jeune : des méthodes infructueuses pour le marché de l’emploi

solutions_cles_en_main.jpgLe jeudi 08 décembre dernier, lors de la signature d’accords entre le collectif des Centres de Gestion Agréés (CGA) et des promoteurs ayant bénéficié de son financement, le directeur du Fonds National de Solidarité (FNS) affirmait que « après huit années d’existence, le bilan diagnostic du FNS indique un faible niveau d’intervention en terme de nombre de projets financés, associé à un niveau insuffisant de recouvrement des crédits octroyés».Pour lui « la faiblesse de l’encadrement des promoteurs financés et du suivi du remboursement des crédits consentis est l’une des principales raisons pouvant expliquer une telle contre-performance ».

On convient avec lui que les fonds d’aide à l'entrepreneuriat jeune ont toujours été un échec. Les gouvernements ivoiriens successifs ont essayé, depuis 1953, de mettre en place des structures chargées de promouvoir l’emploi et l'entrepreneuriat. De l’Office de la Main d’œuvre de Côte d’Ivoire (OMOCI) créée en 1953 à l’AGEPE en 1993, de l’Office Nationale de la Formation Professionnelle (ONFP) en 1991 au programme d’Absorption des Jeunes Déscolarisés (PAJD) en 1996. S’en suivra le Projet de Redéploiement de la Formation par Apprentissage (PRFA) en 1996 puis le Fonds ivoirien pour le développement de l’entreprise nationale (FIDEN) en 1999. Depuis 2003, l’Etat de Côte d’Ivoire a mis en place le Fonds National de Solidarité (FNS) qui montre aujourd’hui toutes ses limites. Dotés de 10 milliards de francs CFA ce fonds n’a jamais marché et apparait plutôt comme un réseau de copinage où seules les personnes proches de l’administration reçoivent leur part du gâteau.

Pourtant, le nouveau gouvernement semble être dans une logique de continuité en maintenant ce fonds. Son directeur, en lançant une nouvelle phase de distribution de crédits entend «renforcer ce dispositif opérationnel dans ses volets suivi et encadrement des promoteurs dans la phase d’exploitation de leurs activités, jusqu’à leur consolidation organisationnel et financière». Plus clairement il s’agit de plus d’interventionnisme et de réglementation de l’Etat dans le secteur de entrepreneuriat. Ce suivi que l’on pourrait qualifier de formation pourrait être intéressant pour aider l’entrepreneur à affronter la jungle administrative mais ne serait-il pas plus judicieux de simplifier cette jungle ?

Pourquoi continuer dans une voie qui manifestement est inefficace ?


La solution, selon nous, résiderait au contraire dans une déréglementation adaptée au besoin de l’entreprise et dans une libération du secteur. L’esprit d’entreprise n’est pas ce qui manque à la jeunesse ivoirienne. Il est donc urgent de limiter les obstacles créés par la réglementation et la bureaucratie. En effet la création d’entreprise est longue et compliquée en Côte d’Ivoire, alors que dans les pays les plus libres cela peut se faire en une journée. Notons que le pays est classé 170ème sur 183 en ce qui concerne la création d’entreprise au DOING BUSINESS 2011. Les études montrent d’ailleurs que la lourdeur des réglementations, des formalités administratives et des coûts liés à la création d’une entreprise ont un effet néfaste sur l’économie car elles diminuent la réactivité des entreprises, détourne les investissements, réduit l’innovation et la création d’emplois, et d’une manière générale, décourage l'entrepreneuriat. C’est là le nœud du problème. Donner de l’argent à des jeunes ne sert à rien puisque leur projet se heurtera inévitablement à un environnement institutionnel inadapté et à une multitude de taxes et d’impôts qui encouragent à quitter le secteur de l’entreprise formelle pour se réfugier dans l’informel.

En période de sortie de crise, il est donc impérieux de se poser les vraies questions et de changer de méthode. La dérèglementation du secteur de l'entrepreneuriat va libérer le talent des individus. La Côte d’Ivoire et la jeunesse ivoirienne n’attendent que ça pour déployer toute leur énergie créatrice. C’est un enjeu politique et économique incontournable quand on sait que les jeunes de moins de 35 ans représentent plus de 64% de la population avec un taux de chômage estimé à environ 25 %.

Mohamed SYLLA, juriste, étudiant libéral ivoirien au sein d'Audace Institut Afrique

Visiter la veille libérale d'Audace Institut Afrique

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28/11/2011

Rumeurs de dévaluation de F CFA : et si Gbagbo avait écouté Koulibaly ?

Et si Gbagbo avait écouté Koulibaly ?

cfa.jpgLa dévaluation du franc CFA aurait-elle été d'actualité en novembre 2011, dix-sept ans après celle de 1994, si une réflexion sérieuse sur le franc CFA avait été apportée sous Laurent Gbagbo ? Cette question serait-elle l'objet de vives polémiques, aujourd’hui, si un nucleus, constitué de spécialistes locaux, avait été mis en place par le régime Gbagbo, non pas hâtivement, pendant la crise postélectorale, avec un ou deux prêcheurs de « nouvelle monnaie » sur les plateaux de la RTI, mais depuis 2000, puisque tel était écrit noir sur blanc dans le projet de société de la Refondation ?

On ne peut discuter ce sujet sans parler de Mamadou Koulibaly. Et bien sûr, on nous targuera encore de « LIDERship »... comme s’il était criminel de se poser les bonnes questions. On nous parlera peut-être même de "traitrise", comme si l'urgence résidait dans la diabolisation émotionnelle d’un acteur politique entièrement libre de ses décisions. Or il y a urgence ailleurs...

Non, elle ne réside pas dans l'actuelle frayeur qui s'est emparée des populations, à l'idée que le franc CFA sera dévalué. Car, pour l’heure, la décision effective, prétendument arrêtée au 1er janvier 2012, semble plus fictionnelle que factuelle – même si le projet est clairement discuté en hauts lieux, comme la sortie tragicomique de Mabri Toikeusse le montre. Par contre, l'urgence réside dans la réaction citoyenne qui devrait, dès maintenant, se préparer à parer à toutes éventualités. En d'autres termes, si tel malheur devait s'abattre encore sur ce pays, comment s'organisent les populations pour s'entraider mutuellement ? Tel devrait être le vrai débat. Et Pensées Noires y reviendra. Mais très peu d'analyses se préoccupent de ce volet de la question, ayant fait le choix quasi exclusif, soit du déni simpliste, soit du listing des accusations pointées dans une seule direction : Ouattarakozy. En omettant, volontairement, de tenir compte des autres variables de l'équation. Alors, puisqu’on y est…

Le peuple de Côte d’Ivoire s’inquièted’une nouvelle dévaluation du franc CFA à cause du manque de vision de ses dirigeants. Quand le critique Gisèle Dutheuil pointait du doigt, en janvier dernier, « l'absence de vision politique » comme étant « responsable du chaos » ivoirien, elle posait le vrai problème de la classe politique ivoirienne et spécifiquement du camp Gbagbo. Celui-ci, pourtant, avait passé de longues années à rédiger un projet de société ambitieux, dont la guerre, parait-il, a empêché la mise en œuvre. Ce n’est que partiellement vrai. Car, certains des éléments les plus cruciaux dudit projet, comme la question monétaire, ont tout simplement été rangés au placard, sans justification rationnelle. A l’époque, Gbagbo avait même fait allusion à un proverbe Bété et avait expliqué, grosso modo, qu’on ne peut pas poursuivre deux lièvres à la fois. Et que lorsque le premier lièvre – la guerre – serait chassé, abattu et bouilli au vin de palme, alors seulement on s’intéresserait au second lièvre, à savoir, l’assainissement des voiries, la filière café-cacao, le système sanitaire, l’éducation nationale… et le franc CFA. Un lièvre bien dodu, s’il en est…

Alors on donna le temps à Ouattara de peaufiner son plan de déstabilisation du pays. Et on donna la Primature à Soro, afin qu’il s‘imprègne en profondeur de tous les projets de l’Etat « loyal ». C’est pour cela, qu’aujourd’hui, les choix Ouattara n’émeuvent que ceux qui s’épargnent une autocritique sincère de ce que leur propre champion a négligé. Car, s’ils le faisaient courageusement, ils constateraient que le problème actuel découle, en grande partie, de la fébrilité politique de Laurent Gbagbo et de son incapacité à poser des actes concrets, conformes à ses promesses électorales, comme le font les Chef d'Etat transcendants.
Chef d'Etat transcendant. En voici une qualité rarissime en Afrique francophone. Là où certains de nos proches ont entendu parler de Lumumba mais ont vu Gbagbo, de notre côté, nous avons tellement vu Gbagbo que nous avons pleuré Sankara. Et depuis le leader du Faso, nous avons dénombré zéro Chef d’Etat transcendant. Pas un seul. Oui, l’Afrique francophone a connu des ambitions de transcendance, des discours de transcendance, même des volontés respectables de transcendance. Mais des actes concrets posés par un Chef d'Etat transcendant ? Zip.

La question du franc CFA, cependant, était une de ces occasions rares de démonstration du courage politique que l'on dit « inné » chez Laurent Gbagbo. En effet, dès le début des années 90, un économiste nommé Mamadou Koulibaly avait argumenté la question du franc CFA, en critiquant ouvertement l’existence même de la Zone Franc. Depuis cette période, il a proposé un CFA flottant, en anticipation d’un départ pur et simple de la Zone Franc. Mais qui l’a écouté ? Y aurait-il eu vertiges de l'affranchissement et pleurnichements anticipatifs d’une nouvelle dévaluation, si Laurent Gbagbo avait tenu compte, dans sa gestion de la moitié Sud du pays, de la question de la souveraineté monétaire de la Côte d'Ivoire ?
A son bon souvenir et à celui de tous ses partisans, voici quelques exemples de ce que Koulibaly n'arrête pas de dire depuis vingt ans :
- Il faut « revoir la coopération monétaire avec la France » (in Fraternité-Matin, 09 juillet 1992) ;
- « L’UEMOA combat la CEDEAO », est « contre la démocratie » et « renforce les incohérences et les asymétries de politiques économiques » (in. Notre Temps, 21 avril 1993) ;

- « Le franc CFA n’est pas un instrument que l’on peut séparer de la Francophonie, de la coopération technique, culturelle et militaire de la France. Le franc CFA est exactement comme le 43è Bima. Il s’agit d’un paquet unique à prendre ou à laisser » (in. Fraternité-Matin, 10-11 juillet 1993) ;

- « Le franc CFA n’a pas empêché la mévente des exportations africaines de la Zone Franc. Malgré le franc CFA, les importations africaines de France sont restées surévaluées depuis 1960 et exercent des tensions sur les coûts de facteurs. Le franc CFA, monnaie stable dit-on, n’a pas empêché que les offres et demandes de moyens de payements internationaux soient en déséquilibres profonds […]. Le franc CFA n’a pas empêché le manque de compétitivité des économies membres de l’UMOA […]. Le franc CFA n’a pas empêché la corruption et la fraude fiscale. Le franc CFA n’a pas stabilisé le pouvoir d’achat des revenus du travail, de la propriété et de l’entreprise. Le franc CFA n’a pas préservé les citoyens contre le chômage et l’inflation. Le franc CFA n’a pas empêché les fermetures d’usines. Le franc CFA n’a pas créé davantage de commerce entre pays membres comparés aux pays non membres. Le franc CFA n’a pas stoppé l’accumulation de la pauvreté en milieu rural. Avec tout cela, comment peut-on encore imaginer des conséquences supposées catastrophiques ? Nous sommes déjà dans la catastrophe et c’est le franc CFA qui nous a déjà conduits à cet état. » (in. Fraternité-Matin, 10-11 juillet 1993)

- « La dévaluation du franc CFA [de 1994 est une] erreur de gawa » car « le plus important, c’est la Zone Franc elle-même. La dévaluation nous montre bien qu’il s’agit d’une version coloniale du Mur de Berlin, qui a divisé pendant de longues années des peuples frères ayant perdu une guerre à un moment donné. La zone Franc est la sanction de la défaite économique et politique de l’Afrique. Maintenant il doit être clair pour les autorités monétaires que l’enjeu réel est la sortie de la Zone Franc et la remise en cause des frontières héritées de la période coloniale […]. Cela ne veut pas dire qu’il faut revenir aux nationalismes destructeurs. Cela signifie simplement qu’au-delà de France, le monde est vaste. » (in. Notre Temps, 19 janvier 1994, soit huit jours après la dévaluation du franc CFA du 11 janvier 1994).

- « Avec l’Euro comme monnaie unique européenne, la France auprès de laquelle les pays africains de la Zone Franc ont mis leur souveraineté monétaire sous tutelle, a cessé d’être une puissance monétaire comme elle l’était lorsque la Banque de France émettait le Franc Français. Le Fcfa ne bénéficie donc plus de la garantie d’une puissance monétaire. Selon des spécialistes du droit international public, Edmond Jouve et Dominique Kounkou, l’Etat français a perdu le pouvoir qui lui permettait d’être partie aux conventions de coopération qui instituent et statuent sur la monnaie en Afrique. Ainsi, conformément à l’article 62 de la convention de Vienne ‘’un changement fondamental de circonstances qui s’est produit par rapport à celles qui existaient au moment de la conclusion d’un traité et qui n’avait pas été prévu par les parties ne peut être invoquée comme motif pour mettre fin au traité ou pour s’en retirer […]’’. En s’appuyant sur ce texte, les Etats africains peuvent de droit reprendre leur souveraineté mise sous tutelle depuis trop longtemps. Après avoir proclamé des indépendances sans souveraineté, promulgué des souverainetés sans compétences et accepté des compétences sans indépendance, les pays de la Zone Franc peuvent, sur la base du droit, recouvrer leur liberté. Encore faut-il que les peuples et les élites le sachent et le souhaitent. » (propos tenus au cours d’une conférence donnée à Bamako le 15 août 2009).

Clair ? Précis ? On peut continuer de prétendre que Gbagbo a « voulu » mais n’a pas « pu », mais l’interrogation, même tardive, n’est pas moins superflue : et si Gbagbo avait écouté Koulibaly ?

Une analyse de Fabien d'Almeida initialement publiée sur Pensées noires

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08/11/2011

De la presse en démocratie,La révolution médiatique et le débat public

arton1646-f63ec.jpgLes nouveaux médias représentent-ils une menace ou un progrès pour la presse en régime démocratique ? À partir d’une analyse du rôle politique de la presse, qui contribue au droit de chacun à gouverner, Charles Girard s’interroge sur le renouvellement du métier de journaliste et sur les modes de délibération démocratique.
Un article de Charles Girard publié initialement par La vie des idées.

La presse est l’institution non gouvernementale la plus indispensable et la plus redoutable pour la démocratie – c’est du moins la conviction qui a longtemps animé les discours théoriques et politiques sur la place du journalisme dans les régimes modernes. Indispensable, car, dans des sociétés de grande taille, elle seule peut assurer la découverte et la circulation des informations, la diffusion et la confrontation des opinions, en un mot l’institution des conditions du débat public nécessaire à la formation des volontés individuelles des citoyens. Redoutable, car elle peut aussi, en déformant, sélectionnant ou escamotant ces informations et opinions, exercer une influence néfaste sur la formation de ces volontés. Cette double certitude se voit aujourd’hui ébranlée par le déclin des journaux traditionnels, les défaillances imputées aux organes journalistiques et l’émergence de nouveaux médias facilitant l’accès de tous à une communication contournant des médiations jusqu’ici incontournables. Quel rôle politique peut et doit encore jouer la presse dans des régimes qui se réclament toujours de l’idéal du gouvernement par et pour le peuple, si le contrôle des journalistes sur les moyens de diffusion publique ne cesse de s’éroder ?

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