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05/03/2012

Gouvernance de Ouattara : autant en emporte la bêtise

Gouvernance de Ouattara : autant en emporte la bêtise

Alors que les populations ivoiriennes sont encore en proie à des délestages dans plusieurs zones du pays, le gouvernement de Alassane Ouattara, par la voix de son ministre de l’Énergie Adama Toungara, se joue de la souffrance des Ivoiriens.
Dans une récente déclaration, ce dernier a tenté de justifier les jours durs qui attendent les Ivoiriens et, par la même occasion, à dédouaner son mentor de toute responsabilité, le présentant plutôt comme « Super Ouattara », l'homme qui, en moins d’un an, a fait de la Côte d'Ivoire un havre de paix, de joie et de bonheur parfait.

À bien comprendre le ministre, la population ivoirienne devrait même se réjouir des délestages qu’elle subit. Et pour cause :ils sont la preuve que le grand docteur ès-sciences économiques travaille. En fait, il travaille tellement bien depuis son arrivée au pouvoir que la Côte d'Ivoire totalise, en moins d'un an, près de 6000 milliards de francs CFA de dettes, alors que le point d’achèvement de l'initiative PPTE est censé conduire à l'effacement de 6500 milliards sur un total de 10000 milliards de francs CFA de dettes.

Ouattara creuse donc un trou pour en boucher un autre, là où son prédécesseur, Laurent Gbagbo, avait fait des mains et des pieds pour que la Côte d'Ivoire puisse, chaque année et pendant huit ans, repayer régulièrement sa dette. La croissance qui, en 2000, était de -3%, est passée à 4% en 2010.Cependant,moins d’un an après l’accession au pouvoir de Ouattara, le taux de croissance de la Côte d'Ivoire a chuté à -5,8%, contrairement au 10% annoncé.

La pauvreté n'a donc jamais été aussi forte et le désespoir si grand pour les Ivoiriens. Àce jour, de nombreux salariés n'ont toujours pas touché leur paie quand beaucoup d'autres s’attendent déjà à n’avoir que la moitié de leur salaire. Chômage, insécurité, cherté de la vie, baisse du pouvoir d'achat, licenciement massif : voilà le fruit du travail de Ouattara.

Par quel mécanisme le ministre Toungara peut-il donc affirmer que tout va tellement bien que« les familles ont acheté des réfrigérateurs et des congélateurs partout »,afin de justifier les coupures intempestives d’électricité? C’est intolérable et révoltant !Par quel miracle compte-t-il trouver les 200 milliards de francs CFA qu’il a pompeusement annoncé le 2 mars 2011 sans creuser encore plus profondément le fossé de l’endettement ? Personne ne devrait pouvoir se cacher derrière l’ignorance et les faux-semblants. Le régime de Ouattara expose chaque jour son incompétence, l’immoralité de ses choix politiques et se moque du peuple et de sa conscience.
Cette déclaration serait risible si la situation n’était pas aussi dramatique. Quel est le fondement d’une telle explication, au moment où le prix des carburants flambent dans le Nord du pays, qu’il ne se passe pas un seul jour sans que les FRCI n’agressent ou n’assassinent de pauvres civils innocents, que le prix des denrées alimentaires est passé du simple au double et que les travailleurs sont victimes de la politique de « rattrapage ethnique » chère à Ouattara ?

Il faudrait peut-être se demander si le ministre ne fait pas allusion aux pillages de masse commis par les hordes de rebelles et de mercenaires venus du Nord du pays pour installer Alassane Ouattara au pouvoir. Mais dans ce cas, le terme qu’il devrait plutôt employer serait « vol et recel de bien volé »…

Faut-il pour autant être étonné de ce cynisme ? Probablement non. Le ministre Tounkara lui-même avoue que Ouattara avait « prévenu de ce qu’il ferait du pays lorsqu’il arriverait au pouvoir ». Mais ce cynisme dénote aussi de la fébrilité et de la perte complète de contrôle des affaires du pays par Ouattara. Quand, à cause de simples rumeurs d'augmentation des tarifs du transport en autobus, le directeur général de la SOTRA parle « d'incitation à l’insurrection », c'est que ce régime est loin de baigner dans la sérénité. Par ses ridicules sorties médiatiques, le gouvernement Ouattara tente alors de maquiller la réalité et de détourner l'attention du peuple des vrais problèmes.
Pendant combien de temps les Ivoiriens supporteront-ils ces humiliations et ces souffrances ? Il est grand temps que Ouattara commence à se préoccuper des difficultés qui s’accumulent en Côte d’Ivoire. Sinon, le peuple ne tardera pas à lui retirer totalement sa confiance, si ce n'est déjà fait.

D’évidence, Alassane Ouattara est incapable de gérer la Côte d’Ivoire. Lui qui pensait que ses amis occidentaux le couvriraient d’argent se retrouve aujourd’hui au pied du mur. Son gouvernement, dans l’intérêt général, gagnerait à engager un dialogue franc avec l’opposition qui chaque jour se bat pour qu’un contre-pouvoir crédible équilibre la vie politique de la nation.
Tant qu’il continuera d’ignorer les appels au retour à des valeurs démocratiques et au respect de la Constitution, Alassane Ouattara continuera tout seul à conduire tout un pays dans l’abîme. Parce que, quand les lois ne règnent pas, ce sont les hommes qui le font. Et la communauté internationale qui l’a porté au pouvoir commence déjà à se poser des sérieuses questions...

L’homme est donc condamner à cohabiter avec l’opposition. C’est ce qu’il y a de mieux à faire pour lui et pour la Côte d’Ivoire.

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Mohamed Radwan, Chercheur et analyste politique
4 Mars 2012

18:53 | Commentaires (1) |  Facebook | | |

23/02/2012

Alassane Ouattara, l'homme par qui le chômage ethnique est arrivé


Le 6 mai 2012, Alassane Dramane Ouattara achèvera sa première année à la tête de la Côte d’Ivoire. Dans le microcosme RHDP en général et RDR en particulier, l’on pourrait s’attendre à de nouveaux feux d’artifice dans le ciel abidjanais, à l’image de la «fête des lumières» célébrée par le couple présidentiel à l’occasion de la fin d’année 2011.

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Un constat s’impose pourtant: Au lieu du million d’emplois promis lors de sa campagne électorale de 2010, ce sont plutôt des milliers de chômeurs en plus qu’Alassane Ouattara a déversé en Côte d’Ivoire depuis son accession à la magistrature suprême il y a près d’un an maintenant. En effet, à peine installé au pouvoir, le nouveau président a procédé à des purges impressionnantes dans l’Administration et les entreprises publiques, sous prétexte d’en réduire les effectifs jugés pléthoriques. Cela pourrait être louable si les personnes licenciées ou mises au chômage n’étaient pas automatiquement remplacées par des militants nordistes de Ouattara et de son clan, ou par des membres de leurs familles. Il ne s’agit donc pas de nécessaires opérations de dégraissage ou de mises au chômage technique, mais bel et bien d’un nouveau concept créé par le pouvoir en place, qui se fait au nom des nordistes de Côte d’Ivoire : le chômage ethnique. Selon le secrétaire général adjoint de l’Union Générale des Travailleurs de Côte d’Ivoire (UGTCI), ce sont près de 80.000 employés qui avaient, au mois d’août 2011, perdu leurs emplois des suites de la crise postélectorale.

La tribu comme premier critère qualifiant

Les dernières manœuvres en date sont celles opérées, entre autres, au sein du Port Autonome d’Abidjan, de la Radio Télévision Ivoirienne (RTI), du ministère de la Construction, de l’Assainissement et de l’Urbanisme et de la Société des Transports Abidjanais (SOTRA), où plus d’un millier de personnes ont été mises sur la touche pour être supplantées par des gens qui partagent tous des caractéristiques communes : avoir la bonne religion, être originaire de la bonne région, militer au bon parti et appartenir au bon clan.

Ce tribalisme d’Etat domine également l’affectation des cadres politiques aux dépens de la compétence et de l’éthique : après plusieurs dizaines de nominations ethniques, Ouattara, lui-même originaire du Septentrion, envisage ainsi installer un autre nordiste au perchoir de l’Assemblée nationale. Confronté à ce sectarisme par des journalistes français, le président ivoirien a, sans sourciller, admis qu’il était au pouvoir pour faire du rattrapage ethnique. Loin de s’offusquer de ces propos outranciers et dangereux, le partenaire gouvernemental du RDR se mure dans un silence d’autant plus complice que son président Henri Konan Bédié est l’inventeur du pernicieux concept de l’ivoirité, totalement en phase avec le principe de la préférence ethnique pratiqué par son ex-adversaire.

Les Ivoiriens et la communauté internationale mesurent-ils la gravité des propos tenus par le Président Ouattara et sont-ils conscients des conséquences des politiques qui s’en suivent ? Ceux qui se réjouissent de l’apartheid tribal pratiqué par Ouattara et les nordistes qui assistent en silence à l’instrumentalisation de leur groupe ethnique se rendent coupables de complicité de purification et de division durable de la Nation ivoirienne en construction. Ce genre d’attitudes et de paroles maintient les populations dans un cercle vicieux de violence et de vengeance. Il est important de rappeler aux partisans du repli identitaire qui s’apprêtent à célébrer bruyamment et en grande pompe l’an Un de l’accession de leur champion à la présidence que le plus fort d’aujourd’hui ne demeurera pas indéfiniment en position d’écraser tous les autres. Nul ne peut se maintenir éternellement au pouvoir. Un jour, le règne de Ouattara prendra fin. Et après lui, les Dioula sont-ils prêts à affronter le regard et la revanche des autres Ivoiriens contre lesquels la politique de rattrapage ethnique a été élaborée et mise en place ? Sont-ils amnésiques au point d’avoir oublié comment les Baoulé ont plus ou moins disparu du paysage lorsque Bédié a perdu le pouvoir ou comment les Bété se terrent depuis la chute de Gbagbo ?

Les graves dérives langagières et politiques du gouvernement mettent en danger le peu de cohésion sociale qui subsiste et hypothèquent l’avenir des populations qui aspirent enfin au progrès, à la paix et à la prospérité. Afin d’éviter les ravages d’une nouvelle poudrière identitaire plus meurtrière que celle que le pays vient de connaître, il est donc plus que temps que les Ivoiriens responsables refusent de se laisser instrumentaliser par des individus pernicieux, uniquement préoccupés par le bien-être de leur clan, et rejettent sans ménagement tous les partis politiques au sein desquels le repli ethnico-tribal n’est pas inlassablement combattu.



Abidjan, le 22 février 2012

Mamadou Koulibaly

Président de LIDER
Liberté et Démocratie pour la République

06:56 | Commentaires (0) |  Facebook | | |

Descente musclée de commandos FRCI dans le village du Président Mamadou Koulibaly


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Azaguié assiégée pendant plusieurs heures par un commando / Appelées au secours par les populations terrorisées, les forces de l’ordre ne bougent pas.

L’enfer s’est abattu sur Azaguié dans la nuit du jeudi 16 au vendredi 17 février 2012, lorsque la ville qui a vu naître Mamadou Koulibaly a été assiégée pendant de longues heures par un commando de plus de cinquante personnes armées de kalachnikov.

C’est une population d’Azaguié-Ahoua encore sous le choc que la délégation de LIDER, conduite par M. Lancina Karamoko et venue apporter soutien et compassion aux victimes au nom de son Président et des militants, a rencontré ce mercredi 22 février à 9 heures.

La première personne que nous rencontrons est M. Martin Kouadio Kouakou, qui relate ainsi sa mésaventure: «Je suis instituteur à l’EPP Ahoua 4. Ce jeudi 16 février 2012, aux environs de minuit, ma famille, comme plusieurs habitants d’Azaguié, s’est levée pour recueillir de l’eau à la pompe. Il faut noter que la SODECI (Société de distribution d’eau) n’arrive pas à fournir convenablement de l’eau courante aux populations. Il faut attendre généralement minuit ou 1 heure du matin pour avoir de l’eau au robinet. C’est à ce moment précis que j’ai entendu un bruit assourdissant chez mon voisin, suivi des pleurs de ses enfants. Le temps de comprendre ce qui se passe, la porte de ma maison est également fracturée et des hommes en tenues militaires font irruption dans le salon, prenant toute la maisonnée en otage. Pendant environ 40 minutes, on m’a ligoté les mains et les pieds. J’ai été frappé et blessé au front avec une hache. Ma femme et mes enfants ont subi le même sort. Même mon bébé de 9 mois n’a pas été épargné. Nous avons été dépouillés de nos biens, notamment cellulaires et argent liquide. Nous sommes encore sous le choc et nous attendons avec impatience la fin de l’année scolaire pour quitter Azaguié».

Puis il a conclu en ces termes : «Dites au Président Mamadou Koulibaly de dire au Président de la République, M. Alassane Ouattara, que tant que la question sécuritaire n’est pas réglée dans ce pays, tous les projets de réconciliation et de relance de l’économie sont voués d’avance à l’échec. Je le dis par rapport aux propos tenus par nos agresseurs qui, sans gêne, nous ont dit que c’est pour eux, militaires non retenus dans l’armée, la seule façon de se prendre en charge».

M. Albert Brawadje est la prochaine victime visitée. Le discours est le même, mais ce dernier donne beaucoup plus de précisions sur les assaillants : «C’était un commando de plus de 50 personnes. Ils sont restés chez moi durant 1h et 40 mn. Ils ont attaqué de façon simultanée douze familles, dont la plupart sont des fonctionnaires en activité mais aussi des retraités et un opérateur économique. Chose curieuse, la gendarmerie, appelée au secours, n’a pas bougé. C’est seulement le lendemain à 15 heures que les forces de l’ordre sont arrivées pour faire les constats. Notez que M. Jean Kemo, agent de l’ANADER à la retraite, a eu le bras et la jambe fracturés. Il est hospitalisé en ce moment au CHU de Cocody. C’est vous dire le niveau de violence avec laquelle le commando a opéré par endroit. L’opération a duré de minuit à 3h du matin».

Au cours de cette expédition punitive qui fait suite à la visite que le président de LIDER a effectuée à Azaguié le weekend précédent (les 11 et 12 février) et lors de laquelle il a échangé avec de nombreux interlocuteurs, grand nombre de viols, violences contre des enfants et des adultes et pillages ont été perpétrés. L’on ne peut s’empêcher de se poser la question de savoir si ces graves méfaits ne sont pas en relation avec la volonté clairement exprimée par les populations d’Azaguié de voir Mamadou Koulibaly briguer le mandat de maire lors des prochaines élections législatives.

Toujours est-il que face à l’inertie des autorités administratives et militaires de la localité, tous les fonctionnaires d’Azaguié, dans un élan de solidarité, ont décidé d’observer, en guise de protestation et d’avertissement, deux jours d’arrêt de travail les mardi 21 et mercredi 22 février 2012.

Mahalia Nteby le 22 février 2012

06:41 | Commentaires (0) |  Facebook | | |