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21/02/2012

Coup d’Etat constitutionnel ou nullité des services de communication du Président Ouattara ?

41816_141486022553545_7286_n.jpgLe site de l’Ambassade de Côte d’Ivoire en France est très visité tant le lien entre les deux pays est fort. Convivial, bien relooké, d’évidence, ce « portail » vers la Côte d’Ivoire semble mis à jour et est étudié comme un bon instrument de communication. En effet, les espaces promouvant le chef de l’Etat sont nombreux et les liens d’une page à l’autre fonctionnent à merveille alors que ceux vers les visas et passeports biométriques mènent sur des pages d’erreur. Dommage pour celui qui cherchait autre chose que des photos du Président Ouattara. Derrière les sourires immortalisés de la récente visite d’Etat du Président en France, des informations plus profondes et inquiétantes éveillent l’attention de celui qui est attaché à l’Etat de droit.

Les étudiants ivoiriens : une page toute blanche

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de souligner la franchise des autorités ivoiriennes sur ce site officiel puisque le sous-lien Etudiants dans le menu des informations utiles, mène sur une page blanche à l’image des années blanches qui s’enchaînent en Côte d’Ivoire. Cette page blanche évoque tristement le peu d’intérêt que les autorités accordent à l’enseignement et aux étudiants en général qui sont suffisamment peu importants pour ne pas mériter un seul mot.
Attributions du Président ivoirien : coup d’Etat ou nullité du service de communication ?

Les préoccupations deviennent encore plus sérieuses à la lecture de la page de présentation des attributions du Président de la République sur le site de l’ambassade. On y apprend que «En cas de vacance du pouvoir, les fonctions du Chef de l’Etat sont dévolues de plein droit au Président de l’Assemblée Nationale et cessent à l’expiration du mandat présidentiel en cours.»

Pourtant, l’article 40 de la Constitution de 2000 dit clairement que «En cas de vacance de la Présidence de la République par décès, démission, empêchement absolu, l’intérim du Président de la République est assuré par le Président de l’Assemblée nationale pour une période de quarante cinq jours à quatre vingt dix jours au cours de laquelle il fait procéder à l’élection du nouveau Président de la République.»

Ce que nous dit le site, c’est que le dauphinat serait rétabli en Côte d’Ivoire et qu’en cas d’empêchement du Président de la République le Président de l’Assemblée nationale «purgerait» la période de pouvoir restante sans être soumis à l’obligation d’organiser des élections dans une période légale.

La lecture de cette présentation ouvre deux pistes : soit le Président Ouattara a fait un coup d’Etat constitutionnel et a modifié la Constitution de Côte d’Ivoire sans en informer les Ivoiriens et sans attendre l’ouverture de la session de l’Assemblée nationale pour soumettre le texte aux représentants du peuple ; soit son service de communication est nul. Bien que M. Ouattara nous habitue depuis sa prise de pouvoir à une personnalisation excessive du pouvoir et à une gouvernance par ordonnances illégales et décrets illégaux, nous espérons vivement que la seconde option soit la bonne et qu’il s’agisse réellement d’une erreur de ses services. Souhaitons vivement qu’il ne soit pas allé jusqu’à humilier à ce point les Ivoiriens.

Une autre interrogation surgit, lorsque l’on lit sur la même page que «Le Président de la République, Chef de l’Etat, Chef des Armées et Chef de l’exécutif est élu pour 5 ans au suffrage universel direct. Il est rééligible.» Cet espace internet ne reprend certes qu’une synthèse des attributions du chef de l’Etat ivoirien mais l’article 35 de la constitution précise bien qu’ «il n’est rééligible qu’une fois». Oubli ou nouvelle disposition cachée aux Ivoiriens ?

Ce qui fait frissonner le lecteur attaché à l’Etat de droit, c’est que lorsque sur ce même site on consulte la page des Textes fondamentaux, tous ces textes sont énumérés avec des liens permettant d’accéder aux documents mais aucun lien ne fonctionne. Il est donc impossible, par exemple, pour le non initié au droit ivoirien de vérifier sur la constitution de 2000 les véritables attributions du chef de l’Etat. Aucun des textes fondamentaux de l’Etat ivoirien ne sont en ligne à partir de ce site de l’Ambassade qui n’est en réalité que le site du Président Ouattara. Est-ce l’expression d’un rejet total de la législation du pays ou simple symbole de la République ethnique ?

En tant qu’acteur de la société civile, Audace Institut Afrique appelle les autorités ivoiriennes à clarifier au plus vite tous ces points hautement préoccupants pour les populations ivoiriennes et singulièrement pour celles qui voient le progrès à travers l’Etat de droit.

Gisèle Dutheuil, directrice d’Audace Institut Afrique, in connectionivoirienne.net

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17/02/2012

Alassane Ouattara et les FRCI : au gré du vent… ou de l’appartenance ethnique des victimes ?


L’on se souvient de la «colère» apparente du président de la République au lendemain des tueries de Vavoua les 17 et 18 décembre 2011, lors desquelles cinq personnes avaient été massacrées par l’armée régulière créée par ordonnance par M. Ouattara, plus connue sous l’acronyme FRCI (forces républicaines de Côte d’Ivoire).

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Le lendemain, à grand renfort de tapage médiatique, Alassane Ouattara avait exprimé son dégout face aux dérives et exactions commises par ses soldats et convoqué une réunion d’urgence à l’issue de laquelle le ministre délégué à la Défense, monsieur Paul Koffi Koffi, avait annoncé les mesures suivantes : «Poursuite judiciaire à l’encontre de ces 7 éléments. Retour immédiat des anciens Chefs d’unité dans leurs bases d’origine pour procéder à l’encadrement et au désarmement de leurs éléments, avant d’éventuels regroupements. Création d’une Police militaire pour procéder sous 48 heures à l’inspection et à la traque dans les rues d’éléments incontrôlés et de tous véhicules et motos estampillés Frci inconnus dans les fichiers du parc automobile de l’Armée afin que ces voitures et motos ne circulent plus.»

Selon le ministre délégué à la Défense, le président de la République a exigé, au cours de la rencontre, «la tolérance zéro» en matière d’inconduite vis-à-vis de la discipline militaire. En tout état de cause, le Chef de l'Etat «fortement écœuré par ce qui vient de se passer », a enjoint tous les Chefs militaires et les différents ministres en charge de la défense et de la sécurité, de prendre toutes leurs responsabilités «afin que de tels actes ne se reproduisent plus.»

Quel n’est donc pas notre ahurissement d’entendre, exactement deux mois après ces tragiques incidents et quelques jours après un énième dérapage des FRCI ayant à nouveau causé mort d’hommes, cette fois à Arrah, dans l’Est du pays, la communication suivante de monsieur Bruno Kone, porte-parole du Gouvernement, à l’issue du Conseil des ministres du 15 février 2012 : «Les Frci, c’est l’armée régulière de Côte d’Ivoire. Il est important que notre armée soit respectée. L’armée représente la souveraineté du peuple ivoirien. Il n’y a pas de raison que ce soit les populations qui décident ou pas d’avoir l’armée sur un territoire. Nous sommes tous à un âge où nous avons vu les Fanci et les Fds. Je crois qu’il faut qu’on revienne au principe de base du civisme. C'est-à-dire le respect de nos institutions. Dans le respect des institutions, il y a le respect de l’armée. L’armée de Côte d’Ivoire a eu à mener des opérations de sécurité publique tout simplement parce que la police et la gendarmerie n’étaient plus opérationnelles. Il a fallu attendre plusieurs mois avant que les commissariats ne soient regarnis et il a aussi fallu attendre plusieurs mois avant que les policiers ne soient dotés d’armes et de munitions. Pendant ce temps, les militaires ont eu à les suppléer. A partir du moment où nous sommes arrivés progressivement à une situation normale, il leur a été demandé de se retirer de ces activités pour que la police et la gendarmerie prennent le relais. Mais cela n’est pas fait partout, d’une part. D’autre part, même si la police et la gendarmerie sont de retour, rien n’interdit que les militaires soient apportés en renfort à tel ou tel endroit. C’est une décision du commandement militaire. (…) Quand on parle de cantonnement, j’ai l’impression que pour les Ivoiriens cela veut dire qu’il faut que les militaires disparaissent du paysage. (…) Les Frci, c’est plusieurs milliers de personnes. Donc il peut arriver qu’un élément des Frci ait un problème avec un élément civil, cela peut arriver partout, il peut y avoir des cas d’indiscipline, il peut y avoir des agressions contre les uns et contre les Frci. Mais de grâce, ne transformons pas tout en conflit ethnique ou intercommunautaire. S’il y a des erreurs de la part des Frci, ils peuvent être sanctionnés par leur hiérarchie. »

La différence de réaction de Ouattara viendrait-elle du fait que les victimes de Vavoua étaient Malinke et celles d’Arrah pas ? Ceci serait cohérent avec les paroles qu’il a prononcées lors d’une interview accordée en janvier 2012 à l’hebdomadaire français L’Express, revendiquant fièrement son statut de président des vainqueurs, président des nordistes, président des musulmans, président de 40% des Ivoiriens, en mission de rattrapage ethnique. En effet, interrogé au sujet de la nomination de nordistes aux postes clefs, Alassane Ouattara avait répondu en toute sérénité : «Il s'agit d'un simple rattrapage. Sous Gbagbo, les communautés du Nord, soit 40 % de la population, étaient exclues des postes de responsabilité.»

Le souffle coupé par tant d’esprit de haine et revanche habitant celui qui est sensé travailler d’arrache-pied à la réconciliation d’une nation qu’il a fortement et constamment contribué à diviser, il convient de conclure sur cet extrait du rapport N°83 de l'organisation non gouvernementale International Crisis Group (ICG), publié la veille des tueries de Vavoua le 16 décembre 2011 et qui est plus que jamais d’actualité : «Les principales menaces sécuritaires qui pèsent sur le régime actuel ne proviennent plus des pro-Gbagbo, qui ne disposent pas des moyens militaires nécessaires à un coup de force, mais de l’appareil de sécurité issu du conflit postélectoral. Le président n’a qu’un très faible contrôle sur une armée dont il est formellement le chef suprême. (...) L’état actuel de l’appareil de défense et de sécurité implique, pour son régime et pour le pays, une série de menaces à court terme mais aussi à moyen terme.» Ce rapport ajoutait : «La hiérarchie militaire n’est pas toujours respectée au sein d’un appareil de sécurité qui est traversé par plusieurs chaînes de commandement.»


Ainsi donc, Alassane Ouattara exige que les Ivoiriens respectent une «institution» par laquelle lui-même n’arrive pas à se faire respecter… On aura décidément tout vu et tout entendu sur les bords de la lagune Ebrié.



Mamadou Koulibaly
Président de Liberté et Démocratie pour la République

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16/02/2012

Aller jusqu’au bout : le résistant et le désenchantement permanent

Aller jusqu’au bout   le résistant et le désenchantement permanent « Pensées Noires - Réflexions et libre expression sur les sociétés noires de Côte d'Ivoire, d'Afrique et de la diaspora2.pngVoilà presqu’un an que le régime de la Refondation est tombé sous les feux d’une coalition internationale ayant porté Alassane Ouattara au pouvoir. La Côte d’Ivoire connaît depuis un climat politique délétère et chaque jour sa dégradation menace d’altérer le climat politique national de manière profonde, durable et générale. Le désarroi et l’inquiétude viennent de ce que la Côte d’Ivoire a depuis longtemps perdu des pratiques politiques qui l’avaient longtemps fait passer pour une exception, dans un continent dont bien des régimes politiques ont eu du mal à se plier aux exigences de l’Etat de droit et à de saines et incontestables compétitions électorales. Alassane Ouattara se comporte comme un roi, décidant tout seul de tout.

La situation est délicate à gérer par les citoyens et les politiciens. Pour saisir les enjeux de cette falsification du politique, nous avançons l’hypothèse que la démocratie, d’un côté violée chaque jour par Ouattara sous le signe d’un exhibitionnisme politique qui privilégie la forme sur le contenu, et menacée de l’autre par des soi-disant « résistants » qui eux, frappés d'une sorte de cécité politique les privant de regarder la réalité en face, vont droit au mur traînant avec eux tout un peuple qui ne mérite pas un tel destin.

Les doctrines en conflit


D’un côté, il y a les opposants, ceux qui savent qu’ils ne peuvent pas faire autrement que de sélectionner une position idéologique, de la défendre et de la faire triompher sur toutes les autres. Ils y sont contraints par la compétition politique, qui les oblige à se démarquer des autres, et par les exigences de l’action, qui leur imposent de dénoncer puis d’énoncer ce qu’ils ont l’intention de faire du pouvoir qu’ils revendiquent. Pour eux ce choix est vital, car ne pas choisir, c’est n’avoir rien à proposer aux citoyens et se condamner à l’inaction et à l’échec.
De l’autre il y a les « résistants », ceux qui ont choisi la voie de l’immobilisme soit par orgueil, soit pas peur, soit par manque de vision. Quoiqu’il en soit, la conséquence est la même : elle est trahison vis-à-vis de la marche du pays et des souffrances endurées depuis des siècles. Ils prétendent être des « résistants », qui « résistent » contre le pouvoir du « préfet Ouattara ».

Ceux-là essayent de nous convaincre d’entrer dans leur logique de « résistance ». Leur thèse, en réalité, devrait être qualifiée d’exhibitionniste et de victimaire, car privilégiant la forme sur le contenu, se méfiant de la souveraineté du peuple et redoutant autant l’altérité que le pouvoir de l’opinion. Tous veulent avoir l’honneur de porter la parole qu’ils mettent eux-mêmes à la bouche de chef ! On se souvient des sorties tonitruantes du sieur Koné Katinan affirmant que le chef à dit telle ou telle autre chose, qu’il va bien et qu’il est « debout ! ». Pourtant le chef lui-même démontrera le contraire lors de sa première comparution devant la Cour pénale internationale (CPI). On a ainsi vu un homme fatigué et amaigri et qui, de ses propres aveux, ne voyait même pas la lumière du soleil, à plus forte raison donner des mots d’ordre à Katinan. Or donc, Katinan imaginait les mots d’ordre du chef dans son salon feutré d’Accra. Gervais Coulibaly avait donc raison quand déjà, en juin 2010, il affirmait qu’il y avait trop de menteurs autour de Gbagbo.

Pendant ce temps, on crie sur tous les toits qu’on « résiste ». Les exilés d’Accra s’expriment, les « résistants » de Paris et d’Abidjan, les patriotes électroniques et autres porte-paroles guerroient. Finalement, un an plus tard, Gbagbo n’a pas été libéré, pis il se trouve désormais à La Haye. Pourquoi ? Peut-être parce que la plus marquante action des « résistants » pour contribuer à sa libération n’aura été qu'une manifestation « kodjo rouge » organisée à Paris, où des femmes exhibaient sans vergogne leurs postérieurs. Maudit soit alors Sarkozy, car tous ces postérieurs si patriotiquement exposés ne seront pas sans conséquences pour lui !

Quelle résistance ?

Cela n’est pas la conception que nous avons de la résistance. C’est pour cela que nous, et de nombreux ivoiriens, ne nous reconnaissons pas en elle. Arrêtons-nous donc un moment sur la notion de résistance.
La logique de la résistance n’est pas une logique statique, mais tout simplement ferme. Et fermeté n’est pas synonyme de statique. Est statique ce qui n’évolue pas, alors que la fermeté désigne plutôt la qualité de ce qui ne se laisse pas distraire, de ce qui manifeste l’autorité sans brutalité, de ce qui évolue en demeurant fidèle à ses objectifs. Alors que le statique se présente comme un état de satisfaction équilibrée, la fermeté est l’état de ce qui est assuré et décidé *.

La logique de nos « résistants-patriotes » –par « patriote » il faut entendre ici « les pro-Gbagbo », car de leur point de vue, seuls eux sont « patriotes » donc aiment leur pays. Les autres ne sont rien d'autres que des « traitres » !–est-elle dynamique et fidèlement évolutive ?
Il faut répondre tout de suite non. Au risque de nous voir encore taxé de « lider-ship », il faut se rappeler ce que disait déjà Mamadou Koulibaly alors qu’il tenait les rênes du FPI. Ce dernier avait préconisé l’organisation d’un congrès pour doter le parti de nouvelles instances et remettre au travail. Proposition rejetée ! On ne fait rien tant que Gbagbo n’est pas libre, disait-on. Et Brigitte Kuyo d’ajouter, sur sa page Facebook, « Koulibaly est de quel village Bété pour que Gbagbo lui laisse le FPI ? ». Position statique n’est-ce pas ? Quelle résistance ? Résistance à l’action, au changement.

Un an après, lorsque les rumeurs sur le transfèrement de Gbagbo Laurent se répandaient, qu’ont fait les « résistants » ? Le discours était : « qu’ils touchent à un seul cheveu de Gbagbo et ils verront ce qu’ils n’ont jamais vu ». Le Woody a finalement été transféré et nulle part on a vu l’apocalypse promise par les « résistants-patriotes ». Comme l’avait si bien dit Mamadou Koulibaly, notre loyauté ne doit pas se mesurer à l’aune de notre attachement à un chef, mais aux principes et aux valeurs qui fondent notre projet de société. Le temps lui a donné raison car ce sont ces mêmes « résistants » qui, hier, promettaient de mourir pour leur pays et qui ont fui la queue entre les jambes dès le premier coup de fusil à Cocody, abandonnant le pauvre Gbagbo à son sort.

En fait, de résistance il n’en est rien. Car un an après les lignes n’ont pas bougé. Les marches de cent ou deux cent personnes à Paris n’y ont rien changé. A ce jeu-là, c’est à celui qui insulte le plus fort Ouattara que revient la palme du plus grand « patriote ». Les prophéties et autres malachismes continuent de nourrir la résistance tandis que de nouveaux champions tels que Marine Le Pen et Mélenchon sont acclamés et portés hauts sur les étendards. Quelle honte !

Au final, quel crédit accorder aux manifestations épidermiques de ces gens qui ont menti et conduit des milliers de jeunes à la mort ? Sont-ils allés jusqu’au bout de leur engagement patriotique ?

Aller jusqu’au bout ?

Le slogan (en fait, un bout de phrase prononcé par Laurent Gbagbo lors de sa première comparution à la CPI, ndlr) a vite fait le tour des milieux « patriotiques » autoproclamés. Mais s’il faut « aller jusqu'au bout ! », encore faudrait-il savoir où l’on va, pourquoi et comment ?
Mais pour garder un cap déjà invisible, ils doivent accepter les points de vue divergents et se garder de toute velléité d’interdire les voix et les positions qui ne vont pas dans le sens voulu. Cette réserve ne va pas de soi, car se battre pour une interprétation du bien commun et chercher à la faire triompher, exige que l’on y croit et que l’on y adhère avec la plus grande force de conviction. Chez eux, la pente naturelle n’est pas la tolérance, mais l’intolérance, dès lors que les divergences d’opinion portent sur l’essentiel. Koulibaly et même Blé Goudé en sait quelque chose, lui qui a très vite été soupçonné de traitrise pour avoir suggéré « une approche constructive de la normalisation de la situation en Côte d’Ivoire » et une « opposition plurielle » face au régime de Ouattara. Le pauvre fut très vite sommé de revenir à une position jugée plus « patriotique », selon la conception du patriotisme des pro-Gbagbo.

Mais le fait est que l’intolérance abandonnée à elle-même induit des développements fatals à la résistance. Existe-t-il quelque part dans les arcanes de la « résistance » ivoirienne un projet pour ce pays ? Existe-t-il chez un dirigeant de la « résistance » une vision sur le devenir commun pour le peuple ivoirien ? Il est permis, aujourd'hui, d'en douter sérieusement. La « résistance » n’a rien à proposer et se contente de s’accrocher à un discours défraichi dans lequel certains finissent par se perdre eux-mêmes. Mais ce n’est pas cela le patriotisme. « Cela n’est rien d’autre que la stupidité qui permet de remplacer le sens de quelque grands concepts par des mots vides aux accents abrutissants et mis à la disposition de lâches flagorneurs ». Cela fait plus de dix ans que le peuple ivoirien attend que ceux qui ont décidé de le libérer (disent-ils) sans le consulter, aient au moins la décence de lui proposer un projet de société, d'œuvrer à sa réalisation et de lui préparer un avenir digne des énormes sacrifices qu'il a faits pour avoir la paix. En vain.

Voilà l’enjeu. C’est au bout de ce combat qu’il convient d’aller. Nous doutons fort que Gbagbo en disant qu’il irait « jusqu’au bout », pensait à ces ridicules et irrationnelles manifestations telles que cette opération, très très « patriotique », qui consistait à stopper toute activité à une heure précise et fixer sa photo pendant deux minutes !

Gbagbo avait un projet pour la Côte d’Ivoire, celui de la liberté. Alassane Ouattara nous a fait faire un bond de 20 ans en arrière et les maigres acquis de la Refondation sont tombés à l’eau. Cette bataille n’est pas achevée, il faut la poursuivre jusqu’au bout. Il ne s’agit pas d’aller au bout de l’immobilisme et de l’auto-flagellation en espérant attendrir le peuple. Ces « résistants » là, en fait, n’aiment pas leur pays ; ils ne l’aimaient que parce qu’ils étaient au pouvoir, comme en témoignent ces quelques manifestations de joie dans les milieux patriotiques autoproclamés, le dimanche 12 février 2012, après la défaite de l’équipe nationale de football en finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Pour eux, défaite des éléphants = défaite de Ouattara = victoire de leur « résistance ». Sommes-nous tombés sur la tête ?
Le peuple ivoirien mérite mieux que de subir un perpétuel martyr ! Car au milieu de ce jeu d’intérêts, des masses humaines, des Ivoiriens sont de plus en plus en proie à la malnutrition, aux maladies, au chômage et au sous-développement humain. Prisonniers et incapables de se libérer de cet étau.

En somme, la prétendue « résistance » menée au nom des Ivoiriens n’est que tromperie, corruption et perversion. Une certaine élite politique, accaparée par ses ambitions, entravée par les pressions de toutes parts, enfermée dans son égo et son orgueil, se réfugie encore derrière la façade de ses certitudes. Notre position face à ce constat est que notre démarche en tant qu’opposant doit être guidée par la liberté et l’audace. Elle doit demeurer rationnelle et se contenter d’être plausible au regard des principes de la démocratie. Mais une démarche émotionnelle et incohérente perd à la fois sa légitimité démocratique et sa plausibilité cognitive. Elle devient en même temps politiquement criminelle et intellectuellement fausse.

Ces « résistants » virtuels devraient plutôt s’engager à soutenir les efforts de paix qui sont faits pour redécouvrir, comprendre et revaloriser le sens de la liberté, de la démocratie et des valeurs républicaines. Contrairement à cette vaine « résistance », nous adoptons une approche ayant une assise doctrinale fondée sur des idées, pour une opposition avec des arguments non pragmatiques et non politiciens.

L’heure n’est plus à la « résistance ». C’est plutôt le moment de mener la bataille des libertés. Les libertés individuelles et les droits de propriété, en œuvrant à la construction d'une Nation ivoirienne libre, souveraine et capable de construire sa prospérité en toute responsabilité. Le chemin de ces libertés est long et difficile. Il n’est pas fonction du destin politique d’un homme. Qui qu’il soit. Cependant, « nous irons au jusqu’au bout », chercher ces libertés où qu’elles se trouvent. Ne pas démissionner devant une pareille tache implique certes un grand effort tant individuel que collectif. Mais cet effort est tout simplement le prix de l'avenir.


Par Mohamed Radwan,in l'Intélligent d'Abidjan du 16 Février 2012

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