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26/07/2012

L'augmentation des frais d'inscription ne sera pas une usine de fabrication de meilleurs étudiants

Le Président Alassane OUATTARA a fermé les universités publiques en Côte d’Ivoire dès sa prise de pouvoir. Le motif était simple : restaurer l’âme des «temples». Cette décision est hautement critiquable puisque le savoir ne mérite pas un tel traitement. Après la construction des centaines de mètres de clôture et des couches de peinture, la rentrée a été fixée le 3 septembre 2012. Ce que les parents attendaient surtout c’était les prix d’inscription, dans un pays où la cherté de la vie a érodé considérablement le pouvoir d’achat des ivoiriens.  L’information est tombée comme un couperet : les étudiants Ivoiriens et étudiants de l’espace UEMOA paieront, pour la Licence, 100.000 FCFA, le Master 200.000 FCFA et le Doctorat 300.000 FCFA. Tandis que les étudiants hors espace UEMOA devront s’acquitter pour les mêmes niveaux d’étude respectivement de 300.000 FCFA, 400.000 FCFA et de 500.000 FCFA.

 

De 6.000 FCFA, les frais passent à 100.000FCFA, soit une augmentation de 1566 %. Ce qu’il faut retenir c’est que le Président Alassane OUATTARA veut tuer le savoir avec la complicité passive d’une certaine élite. Une augmentation aussi significative en période de morosité économique a forcément un substrat caché. 


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1.    LES RAISONS FRAGILES D’UNE TELLE AUGMENTATION

 

Selon les trois présidents des universités de Cocody, d’Abobo-Adjamé et de Bouaké, cette contribution des apprenants au coût de leur formation, ajoutée aux autres ressources (Etat et propres), permettra de produire des diplômés mieux formés, mieux armés et plus compétitifs pour affronter la concurrence sur le marché du travail. Ils ont justifié cette nouvelle contribution à l’impérieuse nécessité d’accompagner l’Etat dans la mise en œuvre de cet ambitieux programme de rénovation des édifices et de réaménagement des enseignements qui a besoin d’importants moyens financiers. Pour les Conseils d’Université, avec l’ancienne contribution de formation de 6.000 FCFA, soit 0,5% du coût de formation réel d’un étudiant à savoir 1.200.000 FCFA, les universités de Côte d’Ivoire ont connu une décrépitude dont l’accélérateur a été la crise postélectorale. Il est établi qu’un mauvais diagnostic  ne conduit pas  à une réponse adéquate.  Si la qualité des trois présidents des universités est établie alors on peut affirmer qu’une telle décision est plus politique qu’académique.

 

2.    LES FRAIS D’INSCRIPTION NE FONT PAS DE MEILLEURS ETUDIANTS

 

Il est illusoire de croire qu’en augmentant les frais d’inscription, on aura des super-étudiants. En tout état de cause, nous devons nous élever contre l’idée selon laquelle les frais d’inscription sont l’outil idéal, voire le seul outil, de la compétitivité internationale des universités. Selon cette logique, le « prix » d’un diplôme est censé refléter sa « valeur » sur le « marché mondial de l’éducation ». C’est une micro-idée qui aura un micro-impact.

D’abord il faut faire une nette distinction entre la formation et l’insertion professionnelle.  La formation met en jeu l’enseignant et l’apprenant tandis que l’insertion concerne le diplômé et le marché du travail.

 

Ensuite demander une augmentation des frais d’inscription aux parents ne va pas résoudre cette question complexe de la concurrence sur le marché du travail.

Enfin, le contexte lui-même est mal choisi. En obligeant les parents à payer des sommes élevées, on les prive de contributions nécessaires à l’accompagnement des étudiants durant l’année universitaire.

 

3.    LA PÉRIODE D’HOUPHOUET BOIGNY INFIRME UNE TELLE ACCEPTION

 

Les étudiants sous Felix Houphouët Bobigny étaient brillants mais la contribution des étudiants ivoiriens à leur formation était quasi inexistante.  D’ailleurs comme le rappellent les présidents des universités, les frais d’inscription étaient faibles : de 2100 FCFA en 1963 ; 3100 FCFA en 1970 ; 4200 FCFA en 1971. Et de 1980 jusqu’à ce jour, les frais d’inscription étaient fixés à 6.000 FCFA. Ce n’est pas parce que la contribution à la formation représente  0,5% du coût de formation (1,2 millions FCFA par étudiant), que le diplôme est sous-évalué.  Les décideurs doivent méditer sur notre passé pour prendre parfois des décisions car comme le dit Cheikh AntaDiop « Les intellectuels doivent étudier le passé non pour s'y complaire, mais pour y puiser des leçons ou s'en écarter en connaissance de cause si cela est nécessaire ». 


Sous Felix Houphouët Boigny, l'Etat de Côte d'Ivoire  a offert des bourses  et des conditions suffisantes pour étudier convenablement. Les enfants de pauvres, aujourd’hui devenus professeurs refusent que l’école de la république soit accessible aux pauvres. On ne peut pas prendre l'argent du contribuable pour réhabiliter les universités et leur demander de  payer  la note.

 

Félix Houphouët Boigny disait toujours ceci : « Je sais que mon pays, entre plusieurs préoccupations, a choisi de privilégier deux d'entre elles. D'abord la paix dans la liberté, dans la dignité, dans la tolérance, dans l'amour. La deuxième préoccupation, c'est l'éducation des enfants, la formation de la jeunesse, notre espoir , notre certitude du meilleur devenir de notre pays ».  Prenons garde de ne pas « tuer » notre espoir, c’est-à-dire,  la formation de la jeunesse.

 

4.    LA VALEUR D’UN DIPLÔME DÉPEND D’AUTRES FACTEURS

 

 Pour bien aborder cette question, il faut sans doute, définir ce qu’on entend par université. On peut la définir comme un établissement qui fédère en son sein la production (recherche scientifique), la conservation publications et bibliothèques) et la transmission (études supérieures)de différents domaines de la connaissance. Elle se distingue en cela des Ecoles et grandes écoles qui sont centrées sur la seule transmission d’un domaine bien défini de la connaissance. 

 

Avec une telle définition, on comprend que ce n’est pas parce que dans le système anglophone, les étudiants contribuent au coût de leur formation à hauteur de 30%, qu’ils sont meilleurs, comme le dit le Pr. Ly Ramata.

 

Les experts de l’éducation ne manquent pas de répéter que la valeur d’un diplôme dépend principalement de son contenu et de la qualité des enseignements qui y sont dispensés.  La qualité des diplômesdépend d’autres facteurs dont les plus significatifs sont les suivants.

 

 

En premier lieu, un enseignant bien formé et motivé.Les enseignants jouent un rôle crucial dans la transmission des connaissances à l'école. Dans le même temps, leurs salaires constituent le poste de dépense le plus important du budget de l'éducation. En effet, dans la plupart des pays développés et des pays en développement, les salaires des enseignants représentent entre la moitié et les trois quarts des dépenses d'éducation. Dans certains pays, ce pourcentage peut atteindre 90% (Banque mondiale, 2002)[i]. Les compétences des enseignants constituent un deuxième aspect qui est potentiellement lié à leur satisfaction professionnelle. Il est évident que, pour transmettre des connaissances avec succès, il faut maîtriser la matière enseignée et les outils pédagogiques qui permettent d'inculquer ces connaissances aux apprenants.

 

En second lieu, la formation initiale de l’apprenant. Ce qui suppose la maîtrise des étapes de la formation depuis la maternelle jusqu’à l’université.

 

En troisième lieu, les conditions de vie des étudiants. Sous Félix Houphouët-Boigny, les étudiants étaient mieux traités. Les restaurants fonctionnaient parfaitement. Ils avaient la bourse, des conditions de transport acceptables, la précarité était limitée.

 

En quatrième lieu, les infrastructures universitaires. Les amphithéâtres suffisants pour accueillir les étudiants, des salles de conférence, des salles informatiques, des bureaux pour les enseignants.

 

En cinquième lieu, la situation institutionnelle des universités et le mode de gouvernance. Le fonctionnement et la situation institutionnelle des universités britanniques diffèrent de ceux de leurs homologues françaises. Les institutions britanniques bénéficient d’une très large autonomie financière, de recrutement, de gestion etc. Toutefois cette autonomie est assortie d’une très importante notion de responsabilité vis-à-vis du gouvernement et de certains organismes publics, et ce pour l’ensemble des aspects, administratifs comme académiques, du fonctionnement de l’établissement. Le mode de gouvernance et les mécanismes sont également différents.

 

En sixième lieu, la recherche d’une meilleure adéquation entre la formation des étudiants et les besoins de l’économie et des entreprises. Un des principaux objectifs du partenariat entre université et entreprises consiste à adapter l'enseignement aux besoins d'une économie en voie d'industrialisation. Les universités pensent parfois qu'elles doivent se consacrer à leurs tâches traditionnelles d'étude et de recherche et qu'on ne peut pas leur demander de tout faire. Mais pour pouvoir réaliser un équilibre convenable entre formation universitaire et formation professionnelle, il faut qu'elles entreprennent et entretiennent le dialogue avec les entreprises qui utilisent leurs services et leurs diplômés.

 

Mais finalement, au niveau macro, la relation formation – emploi est loin d’être réalisée : « une formation nedonne pas systématiquement accès aux métiers ou aux emplois auxquels elle est censéepréparer. Cela tient à la fois à des dysfonctionnements du marché du travail et à la diversité desmodes d’acquisition des compétences, de la formation ‘diplômante’ à la formation sur leterrain[ii] ». Le principal critère d’embauche reste la  personnalité du diplômé.  Un étudiant anglais peut faire des études de théâtre et se retrouver agent de change dans la City. "45% de nos offres d'emploi sont ouvertes à tous les diplômés de n'importe quelle discipline, explique Tony Raban, qui dirige le service des carrières de l'université de Cambridge. Les études britanniques sont courtes - trois ou quatre ans - et les employeurs, selon une longue tradition, forment leur personnel eux-mêmes. Sauf dans quelques domaines, comme la médecine ou l'électronique, ils recrutent des jeunes pour leurs compétences intellectuelles, leur capacité à résoudre les problèmes.".

Avec cette augmentation des frais d’inscription, c’est le début d’une longue marche vers la privatisation des universités.

 

Par le Dr Séraphin Prao Yao, Délégué National au système monétaire et financier de LIDER



[i]World Bank (2002): World Development Indicators, CD-ROM, Banque mondiale, Washington.

[ii]Olivier Chardon, « La spécialité de formation joue un rôle secondaire pour accéder à la plupart des métiers », Economie et Statistique, n° 388-389, 2005, pp 37.

 

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14/07/2012

Interview bilan de LIDER par le Président Mamadou Koulibaly sur ONUCI FM

Ce samedi 14 Juillet à 08H12, le Pr. Mamadou Koulibaly, Président de LIDER était sur les antennes de ONUCI FM, à l'occasion de la 1ère année d'existence de son parti.

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28/06/2012

Le PPTE ne resoudra pas les problèmes des ivoiriens

Depuis des années, en Afrique, les gouvernements semblent liés les préoccupations de leurs populations à l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés). En Côte d’Ivoire, de Bédié à Alassane OUATTARA, tous les Présidents de la République ont fait la même chose : faire des promesses conditionnées par le point d’achèvement de l’initiative PPTE. Il est donc bon de s’interroger sur cette initiative des institutions internationales. Tel est donc l’objet de notre texte. Il a pour ambition de clarifier certaines idées reçues au sujet de l’initiative PPTE.

 Les Retombées de l’initiative PPTE

Le seul bien de l’initiative PPTE est la baisse substantielle des ratios d’endettement extérieur et le relèvement de la notation financière de l’Etat. Ce dernier accroît la crédibilité du pays et lui permet à nouveau d’emprunter sur les marchés. Par exemple, l’allègement global de la dette extérieure de la Côte d’Ivoire a pour implication la réduction du stock de la dette en termes d’engagements financiers à court, moyen et long termes. En conséquence, les ratios d’endettement public baissent et l’aptitude de l’Etat à honorer les engagements financiers restants s’améliore. On entend très souvent que l’initiative PPTE aidera la Côte d’Ivoire à remplir ses caisses de sommes colossales. Ce n’est pas vrai. En dehors de la réduction des ratios d’endettement, la Côte d’Ivoire ne bénéficiera pas tant de cet allègement de la dette car le mécanisme néocolonial français, le " contrat de désendettement et de développement, C2D " est à la fois contraignant et infantilisant pour les pays bénéficiaires. Il s’agit d’abord de rembourser effectivement la dette au trésor français.Dans le cas ivoirien, l'annulation de la dette s'effectuera dans le cadre de contrats dits de Désendettement et Développement (C2D), négociés entre la France et le Côte d’Ivoire. Dans le cadre des C2D, le gouvernement ivoirien continuera de rembourser ses prêts à chaque échéance, mais dès le remboursement constaté, le Trésor Français reverserala somme correspondante dansun compte spécifique ouvert à la BCEAO. Ces fonds, considérés comme desdonsdevraientservir à financer des programmes de lutte contre la pauvreté.Un fait très important est à noter : la gestion du processus d’allocation des ressources est faite par un Comité de Pilotage C2D basé à Paris (Comité ad hoc Ppte Mae/Minefi/AFD), un Comité d’Orientation et de Suivi. En général, les financements seront diligentés par l ’Agence Française de Développement. On voit bien que le mécanisme du C2D est la forme la plus achevée des entraves à l’utilisation des ressources du PPTE. La lourdeur et les contraintes de ce mécanisme expliquent que de nombreux pays qui ont franchi le point d’achèvement depuis des années peinent à utiliser les ressources du C2D. C’est le cas du Mali, de la Mauritanie, du Cameroun. En dehors de ces limites, l’exemple Ougandais est édifiant puisqu’il est souvent cité comme un élève modèle. Entre1995et1997, l’ Ouganda élabore un« Poverty Eradication Action Plan » à travers une vaste consultation populaire. Il sert de modèle au PRSP (Poverty Reduction Strategy Papers ) adopté par les bailleurs de fonds.Lesprincipauxdomainesconcernésparleplansont la santé et l’éducation, mais aussi les infrastructures, le gouvernement local etc. Mais les résultats macroéconomiques sont mitigés. En effet, l’Ouganda a bénéficiéd’unallègementduservicedeladettetrèsimportant entre 1998 et 2002, ainsi qu’une baisse du service de la dette par rapport aux exportations. 

A court terme, on a constaté une stabilisation macroéconomique avec une maîtrise de l’inflation et des dépenses budgétaires puis une diversification des exportations. L’économie ougandaise croît à un rythme supérieur à 5% par an. Mais le succès n’est qu’éphémère.

L’endettement a repris sa progression et en 2005, la dette du pays est devenue à nouveau insoutenable. Alors qu’en 2000, la dette était retombée à 1,7 Mrds de $, en 2003, la detteougandaiseétaitde4,2Mrds de $ !Le ratio dette(enVAN)sur exportations, dont la cible était de 150% aurait atteint plus de 300% en juin 2003 (contre 250 en 1997). Les raisons de ce échec sont multiples : la baisse des cours du café, principale recette d’exportation, reprise de l’endettement(1,5Mrdsdepuis2000) permise par un meilleur rating du pays et le fait qu’un certain nombre de créanciers n’a pas accordé les allègements de dette prévus. La dépendance budgétaire à l’aide est passée de 20% en 1998 à 36% du budget de l’Etat en 2002/2003. L’Etat ne contrôlait pas ses dépenses militaires. La pauvreté s’est accrue, notamment en raison d’un fort taux d’accroissement naturel. Le coefficient de Gini, qui mesure les inégalités ,a lui aussi augmenté, passant de 0.35 en 1997 à 0.43 en 2003.

L’initiative PPTE ne sera jamais un programme de développement

Les pays africains et l’initiative PPTE La dette extérieure de la Côte d’Ivoire est passée de 3232 milliards de FCFA en 1990 (110% du PIB) à 7789 milliards en 1994 (183% du PIB) puis à 8986 milliards en 1997 (150% du PIB). Elle est de 6257 milliards en 2008. Les causes de cet endettement sont multiples : la mauvaise conjoncture internationale, la mauvaise gestion des gouvernants et la complicité des occidentaux. De 1960 à 1993, la gestion des affaires par le président Félix Houphouët Boigny était lapidaire, pompeuse et légère. Le ministre de l`Economie et des Finances de 1966 à 1977, Konan Bédié avait marqué son passage au ministère ivoirien de l`Economie et des Finances par un véritable scandale financier. C`est l`affaire des “complexes sucriers”, révélée par la presse. Le “surfactureur d`usines”, on l’appelait à l’époque. Les «douze travaux de l’éléphant d’Afrique» du président Bédié, basés essentiellement sur des projets d’infrastructures nécessitaient un large recours soit à l’endettement public, générant de lourdes charges, soit au système de la concession de longue durée à des entreprises étrangères. Le redressement durable de la situation financière du pays était donc hypothéqué par la persistance de comportements prédateurs et par une politique de grands projets aux retombées très incertaines pour l’économie nationale. Dès 1994, les prêts des bailleurs de fonds atteignent la coquette somme de 556 milliards de F CFA, consécutivement à la dévaluation du franc CFA. Sur la période 1994-1997, le régime de Bédié reçoit au total plus de 1 368 milliards de FCFA. Ajouter à cette somme colossale 1 063 milliards de gains engrangés grâce aux rééchelonnements obtenus devant le Club de Paris sur quatre ans. Le régime de Bédié gagne un flux total de 2 431 milliards. En 1998, la charge de la dette restait extrêmement élevée: ses seuls intérêts représentaient près du quart des autres dépenses de l’État. Le Président Alassane OUATTARA, lui aussi, est très porté sur l’endettement extérieur. Il est incapable de mobiliser des fonds internes à tel point que la dette extérieure est devenue la seule source de revenu depuis sa prise de pouvoir. Aujourd’hui, son seul espoir demeure le point d’achèvement de l’initiative PPTE : « Nous poursuivrons l'assainissement de la gestion de nos finances publiques pour atteindre le point d'achèvement de l'initiative PPTE qui permettra d'alléger le fardeau de la dette extérieure (6 300milliardsdeFCFA)devenue insupportable avec un service de plus 400 milliards de FCFA par an. » (Page 28 de son programme). Pendant que d’autres pays se développent sans l’aide extérieure, la Côte d’Ivoire en fait une condition de son développement. Depuis des années, un effort est fait pour ramener le stock de la dette extérieure ivoirienne à un niveau soutenable. Mais avec les nouvelles autorités ivoiriennes, l’économie de la Côte d’Ivoire est sous « assistante respiratoire », il suffit d’un tarissement des flux financiers extérieurs pour que l’équilibre macroéconomique du pays se brise. Notre opinion sur l’endettement, est que le binôme infernal aide-crédit concessionnel (par essence un outil de promotion des intérêts du bailleur de fonds) constitue pour les pays membres de l’Ocde en général et les pays du G7 en particulier, un instrument privilégié et efficace d’exercice et d’entretien de leur domination permanente sur les pays en développement et plus spécifiquement sur les pays africains au sud du Sahara. D’ailleurs, il semble que ce sont les effets négatifs et corrosifs multiformes de ce binôme financier infernal qui contribuent largement à maintenir nos pays dans le cercle vicieux du sous-développement et du surendettement improductif. En Côte d’Ivoire, les aides n’ont pas fait défaut, ainsi que les programmes d’ajustement, mais le pays ne s’est pas développé. Dans ce pays, les programmes d’ajustement structurels (PAS) ont duré en longueur sur la période 1981-1993.

Il est temps de construire une économie autocentrée car de plus en plus, les pays en développement commencent à prendre conscience de l’impérieuse nécessité de sortir du cycle cynique et pernicieux du binôme aide-crédit concessionnel. L’économie du développement est marquée à la fin des années 2000 par le modèle de l’aide extérieure qui devient le seul vecteur de changement social dans le monde en développement. Dans ce modèle, la transformation ne peut provenir que de l’extérieur et les sociétés ne peuvent pas secréter en leur sein les conditions des dynamiques historiques. Or, les gouvernements très sensibles à l’aide extérieure doivent s’interdire de rêver car les missions messianiques de bienfaisance sont intimement des missions colonisatrices. L’aide sans limites aux gouvernements africains a créé la dépendance, encouragé la corruption et enfin perpétué la mal-gouvernance et la pauvreté. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire va mal car tous les indicateurs macroéconomiques et sociaux sont au rouge. La réconciliation n’est pas une réalité et le Président de la république pense que c’est l’initiative PPTE qui résoudra le problème ivoirien. Cette initiative PPTE permet juste à la trésorerie exsangue d’un Etat de souffler pendant un certain temps. Pour son développement, il faudra pour tout pays, des politiques économiques axées sur les investissements productifs, l’industrialisation, la réduction du chômage, pour parler véritablement de développement.C’est donc dire que les aides de ces institutions financières internationales ont d’autres objectifs que le développement des pays en développement. Il leur revient d’échafauder des programmes de développement et des politiques économiques clairs pour sortir leur pays du sous-développement. En définitive, tant que les pays en développement n’auront pas une croissance endogène, et ne seront pas débarrassés de toutes emprises extérieures, l’annulation de la dette ne sera jamais un médicament aux maux dont souffrent les pays pauvres mais un cautère sur une jambe de bois.

Par Dr PRAO Yao Séraphin, délégué national au système financier et monétaire à LIDER.

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