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15/08/2011

Le parlement européen des jeunes interpelle l’UE sur la Côte d’Ivoire

La 67ème session internationale du parlement européen des jeunes a eu lieu en France, à Grenoble du 14 au 24 juillet. Après s’être penché plusieurs jours sur la crise ivoirienne et spécialement sur les relations entre l’Europe et la Côte d’Ivoire, le parlement européen des jeunes vient de rendre publiques ses propositions pour sortir la Côte d’Ivoire de l’impasse : précision du droit de la propriété foncière ; audit du franc CFA pour déterminer l’incidence économique du taux de change fixe ; justice équitable à même de protéger la propriété pour favoriser l’investissement dans le pays ; traitement équitable des crimes liés à la dernière crise ; modification de la constitution pour passer du régime présidentiel qui a montré ses dangers, à un régime parlementaire ; sont autant de pistes libérales qu’il suggère au pays pour avancer sur la voie du progrès. Quelle suite l’Union Européenne donnera t-elle à cette résolution? Ces propositions pourraient-elles inspirer les dirigeants Ivoiriens ?

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07/08/2011

Démocratie : la « force des urnes » ?

Dans une démocratie, la majorité exprimée par les urnes s’impose à une minorité plus ou moins importante. Alors qu’en Afrique et singulièrement en Côte d’Ivoire le pouvoir repose sur un seul homme, les divisions et les frustrations dans le clan des « perdants » sont d’une importance qui met en péril la réconciliation. La cohésion sociale pourrait cependant être retrouvée si l’intervention de l’Etat était réduite et si les populations recouvraient leurs libertés en ayant la possibilité d’entreprendre et d’être propriétaires. Dans un cadre libéral, l’individu existe en tant que tel et non plus seulement à travers l’identification à l’Etat et donc, selon la conception africaine, à un petit groupe de dirigeants. La liberté ne doit plus être analysée comme un outil réservé aux occidentaux mais comme le pilier de la réconciliation, de la paix durable et au-delà, du progrès.


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La Côte d’Ivoire est très souvent montrée du doigt par la vieille Europe comme étant incapable d’établir un gouvernement démocratique durable. Entre anthropocentrisme affirmé et vieux reste aristotélicien, la pensée du philosophe s’égarerait presque si, derrière ce problème d’un gouvernement véritablement démocratique, ne se cachait une série de questions plus profondes, et plus graves. Car au-delà de l’ingérence française visant à faire chuter le précédent pouvoir, il est intéressant de s’interroger sur la valeur, et les limites, de ce que nous appellerons la « force des urnes ». Faut-il tout demander au peuple, tout lui soumettre ? Qui doit décider, dans un état de droit, et dans quelle mesure, des libertés individuelles et collectives ? Que faire des minorités, faut-il les protéger, voire les revendiquer comme étant la clef de la richesse d’un peuple, ou au contraire les soumettre, par la puissance publique, à la force de la majorité ? De quelle autorité un représentant de l’Etat est-il porteur ?

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29/07/2011

La jeunesse : histoire d’un nouvel acteur politique

Les médias ont parfois tendance à analyser tout phénomène comme neuf, immédiat, dépourvu d’histoire. Ainsi actuellement des « jeunes », considérés comme un nouvel acteur politique sur la scène africaine, que ce soit dans les révoltes du Maghreb ou les contestations qui ont actuellement lieu en Afrique subsaharienne. La « génération facebook », contestataire, révolutionnaire, est portée au pinacle, comme si sortie de nulle part, comme si personne ne l’attendait. C’est oublier un peu vite une tendance sociologique profonde qui s’exprime sur la scène politique subsaharienne depuis les années 1990 et dont les fruits arrivent enfin à maturité au début de cette deuxième décennie du XXI° siècle. Au Sénégal, le mouvement de protestation des jeunes « Y en a marre » est ainsi l’héritier d’une suite de mobilisations de la jeunesse au cours de la décennie 1990, qui va du mouvement « Set Setal » à la génération « Bul Faale ».

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Historiquement, la première génération d’hommes politiques africains de la période moderne était composée d’hommes jeunes. « En 1946, sur 32 élus africains dans les assemblées françaises, 6 avaient entre 25 et 30 ans, 19 entre 30 et 40 ans, 7 entre 40 et 46 ans. Les cadres du mouvement nationaliste, les détenteurs des positions de pouvoir, en bref les ̏ nizers˝, ont souvent été perçus comme des cadets. » (Jean-François Bayart, L’Etat en Afrique : la politique du ventre). Les cadres cooptés par le pouvoir colonial devaient avoir suivi l’éducation et les codes culturels français ou anglais, ce qui a donné aux jeunes de l’époque un capital social qui leur a permis de se démarquer des élites traditionnelles, fondées entre autre sur le droit d’aînesse. Les membres de cette génération arrivent au pouvoir au moment des indépendances alors qu’ils sont dans leur cinquantaine pour la plupart (Senghor, Houphouet-Boigny, Nkrumah, Bourguiba). Ils s’empressent dès lors de reproduire les schémas traditionnels du droit d’aînesse, noyautent les organisations de jeunesse reléguées au statut de bac à sable où jouent les petits enfants avant de venir dans la cour des grands, le parti unique.

Le politologue camerounais Achille Mbembé (Les jeunes et l’ordre politique en Afrique noire) explique que ces ̏ Pères de la Nation˝ vont mettre en place une « lecture parentale de la subordination ». Les jeunes doivent respect et obéissance aux pères, et toute contestation politique serait en quelque sorte considérée comme irrespectueuse, comme si un enfant insultait ses parents. Cette instrumentalisation politique des relations sociales et culturelles traditionnelles, le respect aveugle et inconditionnel des jeunes aux Anciens, ne commencera réellement à être remise en question qu’au cours de la décennie 1990.

Plusieurs évolutions sociologiques y ont conduit : le boom démographique postindépendance qui conduit à des situations où les moins de 30 ans composent souvent 2/3 de la population totale ; l’exode rural, synonyme de culture urbaine pour les jeunes, mais également de difficultés sociales et économiques, qui mettent sous tensions les autorités familiale, culturelle et sociale traditionnelles. L’approfondissement de la mondialisation et donc de la diffusion de la Modernité, à travers les médias (télés, radios, journaux, puis internet) et ses vecteurs puissants comme la musique, élargit encore le fossé entre la jeunesse et le reste de la société. Au-delà des aspects sociétaux de ce gap générationnel (codes vestimentaires des jeunes assimilés à une décadence par les adultes, culture rap hip-hop, culte de l’argent-roi et du sport business), l’hypocrisie du système traditionnel est également mise à nue : des démocraties de façade, une corruption généralisée des « Pères » et autres Autorités, mais surtout une impasse politique et économique, les leaders politiques censés être dignes de respect se révélant incapables de répondre aux aspirations basiques des jeunes et donc de la majorité de la population.

En 1990 au Sénégal, le mouvement Set Setal voit la réappropriation de l’espace public par les jeunes qui, au niveau des quartiers, ramassent les ordures, mènent des travaux d’assainissement et décorent et tagguent les murs et les espaces publics. Le message de mobilisation est fait sur le thème que le jeune ne doit plus être un sujet passif de l’action publique, mais un acteur entreprenant, maître de son environnement et de sa destinée. La jeunesse sénégalaise connait une seconde phase de conscientisation, plus diffuse, à partir de la seconde moitié de la décennie 1990, avec la génération Bul Faale, du nom d’un tube du groupe de rap Positive Black Soul. Le terme Bul Faale, qu’on pourrait approximativement traduire par « On s’en fout » ou « Don’t mind », symbolise la situation d’une génération qui assume son décalage avec le reste de la société, son contre-modèle. Le champion des arènes de lutte Tyson, autoproclamé leader de cette génération Bul Faale, en illustre bien certains des traits saillants : lutteur qui se débarrasse ostensiblement des gris-gris traditionnels et autres simagrées favorisant la chance, boxant et jouant de sa masse musculaire, il accompagnera la conversion de la lutte traditionnelle au sport-spectacle-business.

Voilà pour le versant grand public de cette génération. Au niveau des idées, la jeunesse des années 1990-2000, que ce soit au Sénégal ou dans le reste de l’Afrique subsaharienne francophone, s’en réfère à un panthéon syncrétique de figures d’autorité alternatives (parce que brisées par les tenants actuels du pouvoir) : Thomas Sankara, Patrice Lumumba, Kwame Nkrumah, Cheikh Anta Diop, Malcom X… Les jeunes Sénégalais y rajoutent des personnages comme Cheikh Ahmadou Bamba ou Lat Dior. Tous ces personnages se définissent plus ou moins par une sorte d’idéalisme dans l’engagement, de non compromission, qui les a peut-être conduit à l’échec mais qui les auréole de la stature d’héros pour cette génération qui en a marre des compromissions, des faux-semblants, des demi-mesures et des corrompus.

C’est à la suite de deux décennies de maturation culturelle, sociale et politique des générations 1990-2000 qu’émergent les mouvements de contestation actuels, au Sénégal, au Burkina, en Guinée, au Cameroun et ailleurs. Dans certains pays comme la Côte d’Ivoire, cette génération a pu profiter du trouble des évènements (les Jeunes Patriotes ont émergé comme un véritable acteur dans le contexte instable qui a suivi le coup d’Etat du général Gueï) pour arriver rapidement aux affaires, à l’instar de Guillaume Soro, Premier ministre à 35 ans.

Il faut voir dans l’affirmation des jeunes sur la scène politique africaine les conséquences de l’intégration progressive du continent à la modernité sociale et politique. Nul doute que l’époque actuelle représente une opportunité historique pour les jeunes comme ont pu l’être les décennies 1940-1950 qui ont vu l’émergence des futurs « Pères des indépendances »
. Il faut cependant se méfier d’une vision apolitique se satisfaisant d’une simple alternance générationnelle, d’un « jeunisme » béat. Etre jeune ne signifie pas être honnête, compétent, responsable, talentueux. L’exemple ivoirien est à ce titre révélateur du fait que le terme « jeunesse » ne veut pas dire grand-chose. Derrière ce mot, se cachent des réalités bien différentes. Entre le jeune de Yeumbeul au chômage dans la banlieue dakaroise et le jeune Sénégalais diplômé des grandes écoles françaises, promis à une belle carrière internationale, les perspectives et les besoins immédiats sont différents. L’enjeu à venir résidera sans doute dans la capacité des différentes composantes de cette jeunesse à s’allier autour d’idées et d’actions constructives communes, au-delà de la simple contestation.

Emmanuel Leroueil, de Terangaweb

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