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14/03/2012

Nouveau gouvernement : la position de Mamadou Koulibaly


mk.jpg"Ahoussou Jeannot est un premier ministre sans pouvoir"


«Je souhaite bonne chance à Ahoussou Jeannot parce qu’on lui a donné un portefeuille duquel sont sorties des valeurs qui réduisent nécessairement la valeur du portefeuille de Premier ministre. Quand le président de la République devient lui-même ministre de la Défense, cela signifie qu’il a dépouillé le... Premier ministre de toutes les questions de défense et de sécurité. Quand en plus, le président de la République nomme son petit-frère, ministre chargé des questions présidentielles, c’est l’administration du gouvernement, et c’est comme s’il dépouille le Premier ministre de ce qui est gestion des autres portefeuilles ministériels et la coordination de l’action gouvernementale revient de nouveau à son petit-frère. Et donc naturellement, le Premier ministre se trouve dépouillé. La défense et le gouvernement général vont être gérés en famille chez le président de la République. Troisièmement, le fait de nommer un ministre délégué opérationnel auprès du Premier ministre qui doit être chargé de l’action gouvernementale, le ministre délégué dépouille le Premier ministre de son pouvoir de ministre de la Justice. Donc on se retrouve là avec un Premier ministre, qui est un ami, que j’encourage, mais en même temps je crains fort, avec toutes les pièces qui ont été enlevées de son portefeuille et qui se retrouve avec le titre de Premier ministre qui n’a pas le pouvoir. Et ça, c’est relativement dommage. Moi je l’ai fréquenté pendant les premiers moments de la crise postélectorale. C’est avec lui que j’ai négocié et obtenu la libération des premiers prisonniers détenus au Golf Hôtel et à la Pergola après le 11 avril 2011. Je me dis donc que c’est quelqu’un qui est capable de par sa compréhension de mener progressivement la machine de la réconciliation et cela suppose qu’il ait de l’autorité. Mais si on lui enlève la justice, la défense et les autres manteaux gouvernementaux qu’on a confiés au petit-frère, je crains fort que la Primature qu’on lui a donnée ait été vidée de son contenu. Quand Soro était Premier ministre, toutes ses valeurs là étaient dans le même portefeuille. Quel est le besoin aujourd’hui de le dépouiller de tout cela?».

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23/02/2012

Alassane Ouattara, l'homme par qui le chômage ethnique est arrivé


Le 6 mai 2012, Alassane Dramane Ouattara achèvera sa première année à la tête de la Côte d’Ivoire. Dans le microcosme RHDP en général et RDR en particulier, l’on pourrait s’attendre à de nouveaux feux d’artifice dans le ciel abidjanais, à l’image de la «fête des lumières» célébrée par le couple présidentiel à l’occasion de la fin d’année 2011.

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Un constat s’impose pourtant: Au lieu du million d’emplois promis lors de sa campagne électorale de 2010, ce sont plutôt des milliers de chômeurs en plus qu’Alassane Ouattara a déversé en Côte d’Ivoire depuis son accession à la magistrature suprême il y a près d’un an maintenant. En effet, à peine installé au pouvoir, le nouveau président a procédé à des purges impressionnantes dans l’Administration et les entreprises publiques, sous prétexte d’en réduire les effectifs jugés pléthoriques. Cela pourrait être louable si les personnes licenciées ou mises au chômage n’étaient pas automatiquement remplacées par des militants nordistes de Ouattara et de son clan, ou par des membres de leurs familles. Il ne s’agit donc pas de nécessaires opérations de dégraissage ou de mises au chômage technique, mais bel et bien d’un nouveau concept créé par le pouvoir en place, qui se fait au nom des nordistes de Côte d’Ivoire : le chômage ethnique. Selon le secrétaire général adjoint de l’Union Générale des Travailleurs de Côte d’Ivoire (UGTCI), ce sont près de 80.000 employés qui avaient, au mois d’août 2011, perdu leurs emplois des suites de la crise postélectorale.

La tribu comme premier critère qualifiant

Les dernières manœuvres en date sont celles opérées, entre autres, au sein du Port Autonome d’Abidjan, de la Radio Télévision Ivoirienne (RTI), du ministère de la Construction, de l’Assainissement et de l’Urbanisme et de la Société des Transports Abidjanais (SOTRA), où plus d’un millier de personnes ont été mises sur la touche pour être supplantées par des gens qui partagent tous des caractéristiques communes : avoir la bonne religion, être originaire de la bonne région, militer au bon parti et appartenir au bon clan.

Ce tribalisme d’Etat domine également l’affectation des cadres politiques aux dépens de la compétence et de l’éthique : après plusieurs dizaines de nominations ethniques, Ouattara, lui-même originaire du Septentrion, envisage ainsi installer un autre nordiste au perchoir de l’Assemblée nationale. Confronté à ce sectarisme par des journalistes français, le président ivoirien a, sans sourciller, admis qu’il était au pouvoir pour faire du rattrapage ethnique. Loin de s’offusquer de ces propos outranciers et dangereux, le partenaire gouvernemental du RDR se mure dans un silence d’autant plus complice que son président Henri Konan Bédié est l’inventeur du pernicieux concept de l’ivoirité, totalement en phase avec le principe de la préférence ethnique pratiqué par son ex-adversaire.

Les Ivoiriens et la communauté internationale mesurent-ils la gravité des propos tenus par le Président Ouattara et sont-ils conscients des conséquences des politiques qui s’en suivent ? Ceux qui se réjouissent de l’apartheid tribal pratiqué par Ouattara et les nordistes qui assistent en silence à l’instrumentalisation de leur groupe ethnique se rendent coupables de complicité de purification et de division durable de la Nation ivoirienne en construction. Ce genre d’attitudes et de paroles maintient les populations dans un cercle vicieux de violence et de vengeance. Il est important de rappeler aux partisans du repli identitaire qui s’apprêtent à célébrer bruyamment et en grande pompe l’an Un de l’accession de leur champion à la présidence que le plus fort d’aujourd’hui ne demeurera pas indéfiniment en position d’écraser tous les autres. Nul ne peut se maintenir éternellement au pouvoir. Un jour, le règne de Ouattara prendra fin. Et après lui, les Dioula sont-ils prêts à affronter le regard et la revanche des autres Ivoiriens contre lesquels la politique de rattrapage ethnique a été élaborée et mise en place ? Sont-ils amnésiques au point d’avoir oublié comment les Baoulé ont plus ou moins disparu du paysage lorsque Bédié a perdu le pouvoir ou comment les Bété se terrent depuis la chute de Gbagbo ?

Les graves dérives langagières et politiques du gouvernement mettent en danger le peu de cohésion sociale qui subsiste et hypothèquent l’avenir des populations qui aspirent enfin au progrès, à la paix et à la prospérité. Afin d’éviter les ravages d’une nouvelle poudrière identitaire plus meurtrière que celle que le pays vient de connaître, il est donc plus que temps que les Ivoiriens responsables refusent de se laisser instrumentaliser par des individus pernicieux, uniquement préoccupés par le bien-être de leur clan, et rejettent sans ménagement tous les partis politiques au sein desquels le repli ethnico-tribal n’est pas inlassablement combattu.



Abidjan, le 22 février 2012

Mamadou Koulibaly

Président de LIDER
Liberté et Démocratie pour la République

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16/12/2011

Législatives sous hyper-présidence : Quelques leçons

Depuis la fin des élections législatives du 11 décembre 2011, de nombreux commentaires se font sur les succès et les échecs des uns et des autres. Mais au-delà des premières impressions et en attendant les données définitives de la CEI, quelques leçons peuvent être tirées quant à l’approfondissement de la démocratie dans notre pays.


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· Les partis politiques ont-ils été à la hauteur des enjeux?
· La classe politique est-elle encore crédible dans notre pays?
· Les élections servent-elles encore à quelque chose?

Pour répondre à ces questions, reprenons le cas spécifique de la circonscription électorale de Koumassi où j’étais candidat et travaillons avec les chiffres de la commission électorale.

Refaisons des calculs simples pour comprendre ce qui s’est passé.

Nous constatons que pour Koumassi, le résultat qui semble focaliser l’attention des commentateurs est la défaite de Koulibaly, dont le parti est né à peine quatre mois avant les élections, dont le salaire et les revenus sont abusivement séquestrés par l’hyper-président Ouattara, dont les adversaires - après des passassions de marché au gré à gré au profit d’amis politiques - croulaient sous les billets de banque issus de passe-droits, et dont les militants ont été intimidés, menacés, orientés, «aidés» dans les environs de lieux de vote par des petites bandes de FRCI en civil.

A coté de cet événement, certes majeur mais qui, somme toute, ne permettrait de tirer des conclusions hâtives que sur la destinée politique de l’individu Koulibaly et non sur celle de son parti, des faits non moins saillants et de portée plus générale concernant la destinée de la Côte d’Ivoire s’imposent à tous.

Le tableau récapitulatif ci-dessous nous révèle ces faits majeurs et qui sont plus qu’inquiétants :

Gmail - Législatives sous hyper-présidence- Quelques leçons par Mamadou Koulibaly - mohamedlsylla@gmail.com.png


Le PDCI, qui avait obtenu 28.900 voix pour son candidat au premier tour de l’élection présidentielle de novembre 2010, ne réussit à rassembler lors de législatives de 2011 que 17.011 suffrages, alors qu’il est au pouvoir et que c’est le maire sortant, délégué communal du parti, qui le représente. Le PDCI perd ainsi en moins d’un an 11.889 électeurs, soit une chute de 41,14%.

Pourquoi ce désintérêt des électeurs du PDCI pour les législatives ? Dans les milieux proches du PDCI que j’ai eu l’honneur de visiter, il est bien entendu avancé la peur de l’après-élection qui aura conduit à la guerre alors que l’on avait promis la paix après les présidentielles ; les choix stratégiques effectués par la direction de ce parti dans ses arrangements avec le RDR et le président Ouattara, notamment relativement à la sélection des candidatures ; la déception de nombreux militants qui ne voient aucune promesse électorale se réaliser en termes d’emploi, de sécurité et de changement effectif dans la conduite des affaires de l’Etat depuis l’accession au pouvoir de Ouattara et du PDCI. Ils ont le sentiment d’un «déjà-vu» peu enchanteur.

Dans les rangs du RDR, les mêmes remarques restent valables. Entre les 40.405 voix du premier tour des présidentielles et les 24.727 voix des législatives, la chute est de 15.678 voix, soit 38,80% de perte liée soit à des «Solutions» non encore visibles ou bien à de nouveaux problèmes présentés comme des solutions et qui déçoivent ceux qui, il y a seulement un an, se sont mobilisés pour porter leur parti au pouvoir. Après les élections présidentielles, il y a toujours un effet de sillage qui fait que le camp des vainqueurs l’emporte aux élections législatives. A Koumassi, cet effet a joué, surtout lorsque le vainqueur a pris soin de violer toutes les règles démocratiques pour mettre en déroute ses adversaires, terroriser les populations, intimider l’électorat et utiliser les moyens financiers de l’Etat pour soutenir les candidats de son choix.

Le FPI, avec son refus de participer au scrutin, a laissé tomber son électorat et le débat national pour se focaliser sur ses urgences du moment : se réjouir du faible taux de participation, qui n’est pourtant pas bien loin de celui que ce parti avait obtenu aux législatives de 2001, dont la campagne s’était déroulée sous couvre-feu.

Au total, alors qu’à Koumassi, 117.736 personnes sur environ 139.000 électeurs inscrits se sont déplacées pour aller voter les différents candidats aux présidentielles, aux législatives il n’y a eu que 42.744 personnes qui ont accompli leur devoir civique pour la désignation des députés, soit un désistement de 63,69% ! Ce qui est un désaveu pour toute la classe politique.

Pour Koumassi, on est passé globalement, tous partis confondus, d'un taux de participation global de 86,06% en 2010 à 30,89% en 2011. Cette chute vertigineuse en un an s'explique par la peur, le désenchantement, la désillusion, le ras-le-bol… C'est une sanction sans appel à l'égard de la classe politique et de la soit disant communauté internationale qui vient ainsi d'oublier son sacro saint principe d'élections inclusives en Côte d'Ivoire.

Si la majeure partie de l’électorat n’a pas jugé utile de bouger pour aller voter, c’est parce que depuis 1995, les mêmes hommes politiques ivoiriens jouent tous le même jeu : celui du boycott.

En 1995, c’était le boycott actif initié par le FPI et le RDR et cela s’est terminé par un coup d’Etat en 1999, avant la fin du mandat du PDCI. En 2000, c’était le RDR qui boycottait les élections législatives, et cela aboutit au coup d’Etat manqué de 2002, qui s’est transformé en rébellion armée, puis en rebfondation, dont les conséquences sont en cours de gestion. Aujourd’hui, c’est le FPI qui, ne tirant aucune leçon du passé, boycotte contre le PDCI et le RDR, et comme «il n’y a jamais deux sans trois», ne sommes-nous pas en droit de nous demander comment les choses vont se terminer cette fois-ci ?

La Côte d’Ivoire se retrouve donc avec un parlement aux couleurs de l’ex-parti unique, mais cette fois, le PDCI jouera l’opposition face au RDR tout en étant dans une alliance de gouvernement. Comprenne qui pourra !

Ce qui est en cause dans le fond, c’est le régime politique et le mode de scrutin. Le régime présidentiel est inefficace pour instaurer la paix en Côte d’Ivoire. Il nous donne des chefs d’Etat au-dessus du droit, qui malmènent les populations pour le compte de marionnettistes qui ne nous disent toujours pas ce qu'ils font des artistes après le spectacle.

La commission électorale de son coté patauge dans l’amateurisme malgré les grands moyens mis à sa disposition. Dans le cas de Koumassi, ce qui est notable, c'est la différence entre le nombre d'électeurs inscrits selon la liste électorale fournie aux candidats (139.925) et ceux inscrits sur le procès-verbal (143.276). D'où sortent donc les 3.351 électeurs inscrits supplémentaires?

La communauté internationale, quant à elle, aura assisté de façon impuissante et très souvent complice à toutes les violations du droit en Côte d’Ivoire. Elle accepte que Laurent Gbagbo soit transféré devant la Cour Pénale Internationale (CPI) de façon injuste, discriminatoire et traumatisante. Elle se tait sur la violation par Ouattara du protocole de la CEDEAO sur la bonne gouvernance, malgré le grand nombre d’observateurs présents. Tout se passe comme si, pour elle, venir défendre la démocratie en Côte d’Ivoire se résume à défendre le régime de Ouattara, sans égard pour le droit et les libertés des populations. Les résultats du scrutin législatif sont à l’image de cette volonté. Le taux d’abstention aussi.

Pour répondre aux questions posées, retenons que les partis politiques n’ont pas été à la hauteur des enjeux. La classe politique de notre pays est encore moins crédible qu’au moment des présidentielles. Et enfin, les élections ne servent plus qu’à désigner ceux qui vont pendant quelques années spolier le peuple qui n’a d’ailleurs pas le choix et vit dans la crainte de ce que l’avenir lui réserve une fois de plus.

Quel dommage !

Mamadou KOULIBALY
Président de LIDER
Le 15 décembre 2011

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