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05/02/2012

Quels accords de défense pour les Ivoiriens ?


Le 25 janvier dernier, le Président ivoirien, Alassane Ouattara, était en visite d’Etat en France. Au cours de cette visite démesurément somptueuse et médiatisée, un nouvel accord de défense, remplaçant celui de 1961, a été signé entre le Président ivoirien et son homologue français. Que savons-nous de cet accord ?

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La presse a relayé quelques déclarations autour de cette signature et c’est essentiellement la transparence de ce nouvel accord qui est mise en avant. Il ne comporterait en effet aucune clause secrète. Il semble prévoir que la France prenne la responsabilité de la formation de la nouvelle armée ivoirienne et que 300 militaires français restent en permanence dans leur base militaire à d’Abidjan. Base qui servirait également de point stratégique de lutte contre Al-Qaïda.
Malgré ces brèves déclarations, on ne peut que s’interroger sur la réelle transparence de ces accords dont le contenu est livré avec une telle modération. Pourquoi, s’il est si transparent cet accord n’a pas été publié en intégralité ? Comment Alassane Ouattara a pu signer un traité qui engage le peuple ivoirien sans même l’avoir informé de son contenu ? Idem pour le président français sachant que c’est en partie avec l’impôt des Français que la France intervient en Côte d’Ivoire.

Pour balayer ces objections, le Président ivoirien dit qu’il va soumettre le texte au Parlement ivoirien. Une chose saute pourtant aux yeux, les autorités ivoiriennes ne semblent pas pressées de démarrer les activités de la nouvelle Assemblée nationale et, quoi qu’il en soit, le traité est signé et il est donc trop tard pour en réorienter le contenu. C’est bel et bien un texte imposé aux Ivoiriens par leur président.

De ce que l’on sait, certains points sont déjà contestables. En effet, on peut se demander s’il est sain de confier la formation de l’armée ivoirienne à l’ancienne force coloniale, toujours très présente dans le pays dont elle est toujours le premier partenaire commercial. Il semblerait, d’après le peu d’informations publiques, que la France allait devenir le principal fournisseur en matériel militaire. Ces achats de matériel, en marge des règles du marché sont-ils propices au contribuable ivoirien qui devra payer la note finale? Il est choquant de voir ainsi des monopoles protégés agrandir la longue liste des privilèges distribués par le Président ivoirien à ses amis et connaissances.

Autre point, Alassane Ouattara plaidait dans le journal le Monde du 26 janvier 2012 : « Il est important que nous ayons une coopération plus forte en matière d’équipement et de formation mais aussi dans le renseignement et la lutte contre le terrorisme ». Abidjan est-elle vraiment un point stratégique pour la lutte contre le terrorisme ? Quand on sait que les réseaux d’Al-Qaïda sont essentiellement regroupés dans le Sahel, il parait évident que la Mali, le Niger, la Mauritanie ou le Burkina Faso sont des emplacements beaucoup plus adaptés.

Ce qui pousse également à s’interroger et à s’inquiéter, c’est que l’on sait, par expérience, que les accords de défense signés en 1961 étaient en réalité des accords commerciaux. Le non respect de cet accord en 2002 lorsque la Côte d’Ivoire a été victime d’agression prouve bien la façade que représentait la partie militaire de cet accord par rapport à sa partie commerciale. En effet, la France si elle avait respecté sa signature aurait dû aider l’armée ivoirienne à repousser les mutins alors qu’au contraire, elle les a protégé durant 9 ans. Les autorités françaises s’étaient pourtant engagées en 1961 à défendre militairement les régimes ivoiriens en place en échange de quoi, elles bénéficiaient d’un accès privilégié à leurs ressources naturelles.

Cet accès privilégié aux ressources naturelles par les autorités françaises est assez méconnu et c’est une chance pour la Côte d’Ivoire car si un anglais, un américain, un canadien, un australien ou autres connaissaient ces clauses, il est évident qu’ils ne viendraient jamais investir dans un pays où l’exploitation et la commercialisation des matières premières sont ainsi régentées par les autorités françaises. Pour prendre la mesure de la réalité, il est important de lire une partie de l’annexe 2 de cet accord :

ANNEXE II de l’accord de Défense entre la République de Côte d’Ivoire, la République du Dahomey, la République Française et la République du Niger concernant la coopération dans le domaine des matières premières et produits stratégiques.

Afin de garantir leurs intérêts mutuels en matière de Défense, les parties contractantes décident de coopérer dans le domaine des matériaux de Défense dans les conditions définies ci-après:

Article premier : Les matières premières et produits classés stratégiques comprennent:
- Première catégorie: les hydrocarbures liquides ou gazeux ;
- Deuxième catégorie: l’uranium, le thorium, le lithium, le béryllium, leurs minerais et composés.

Cette liste pourra être modifiée d’un commun accord, compte tenu des circonstances.

Article 2 : La République Française informe régulièrement la République de Côte d’Ivoire, la République du Dahomey et la République du Niger de la politique qu’elle est appelée à suivre en ce qui concerne les matières premières et produits stratégiques, compte tenu des besoins généraux de la Défense, de l’évolution des ressources et la situation du marché mondial.

Article 3 : La République de Côte d’Ivoire, la République du Dahomey et la République du Niger informent la République Française de la politique qu’elles sont appelées à suivre en ce concerne les matières premières et produits stratégiques et des mesures qu’elles se proposent de prendre pour l’exécution de cette politique.

Article 4 : La République de Côte d’Ivoire, la République du Dahomey et la République du Niger facilitent au profit des forces armées françaises le stockage des matières premières et produits stratégiques. Lorsque les intérêts de la Défense l’exigent, elles limitent ou interdisent leur exportation à destination d’autres pays.

Article 5 : La République Française est tenue informée des programmes et projets concernant l’exportation hors du territoire de la République de Côte d’Ivoire, de la République du Dahomey et de la République du Niger des matières premières et des produits stratégiques de deuxième catégorie énumérés à l’article premier. En ce qui concerne ces mêmes matières et produits, la République de Côte d’Ivoire, la République du Dahomey et la République du Niger, pour les besoins de la Défense, réservent par priorité leur vente à la République Française après satisfaction des besoins de leur consommation intérieure, et s’approvisionnent par priorité auprès d’elle.

Article 6 : Les Gouvernements procèdent, sur les problèmes qui font l’objet de la présente annexe, à toutes consultations nécessaires.

Fait à Paris, le 24avril 1961
Félix HOUPHOUET-BOIGNY Hubert MAGA
Michel DEBRE Hamani DIORI


Dans ce contexte, on comprend que tout nouvel accord nécessite une analyse poussée aussi bien de la part des Ivoiriens que des investisseurs, autres que français, installés dans le pays ou souhaitant s’y installer. Ainsi, nous incitons la société civile ivoirienne et les investisseurs étrangers à faire pression sur les autorités pour prendre connaissance au plus vite du contenu de ce nouvel accord signé à Paris en ce début d’année 2012.

Mamadou Koulibaly, Président d’Audace Institut Afrique

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13/01/2012

Vœux du Nouvel An 2012 du Pr. Mamadou Koulibaly

Les trois cadeaux oubliés par le Père Noël

Le mois de janvier est la période classique dédiée aux vœux pour l’année en cours. Quelques jours se sont écoulés depuis Noël, traditionnel temps des cadeaux. Les insatisfaits sont aujourd’hui contraints à douze longs mois d’attente dans l’espoir de voir leurs souhaits comblés.

Déjà en 1993, puis en 1999 ou encore en 2002, le père Noël avait laissé des Ivoiriens sur leur faim. Cette année, ils auraient eu cruellement besoin de trois cadeaux, mais le pied de l’arbre de Noël alourdi de lumières flamboyantes ayant fait la Une de tous les journaux de la place, est resté vide. Devront-ils patienter un an de plus pour recevoir ces trois cadeaux tant attendus ? C’est d’autant plus frustrant que, plus que des cadeaux à proprement parler, leurs trois espérances étaient bien légitimes.

Tout d’abord, il y a la Démocratie, dont l’absence s’est fait remarquer de tous. Le Président de la République, élu depuis plus d’un an, a passé cinq mois de son temps à faire une guerre pour accéder à son fauteuil. Il reste de son duel, non pas seulement son adversaire cloué au pilori, comme il l’avait pompeusement annoncé à la télévision, mais leur affrontement aura laissé plus de 5.000 cadavres et d’innombrables blessés physiques, psychologiques, traumatisés pour de longues années, si ce n’est à vie.

Après cette installation avec l’aide active de la communauté internationale, France en tête, au nom de la démocratie, l’avancée tant espérée n’a fait que dériver vers l’installation d’une tyrannie. Alassane Ouattara fait tout ce qu’il veut, sans aucune limite, sans aucune contrainte. L’Etat est tout. L’Etat doit tout faire, l’Etat peut tout faire et comme c’est moi le chef de l’Etat, alors je dois tout faire, je peux tout faire comme je le veux. Telle est la philosophie politique du régime de «la solution», pour reprendre le cliquant slogan de campagne du RHDP. L’hyper-présidence n’est cependant pas compatible avec la démocratie et cet environnement rend les Ivoiriens tristes et mélancoliques.

Comment peut-on parler de démocratie lorsque le Président de la République décide du budget de la Côte d’Ivoire sur la base d’une simple ordonnance et qu’il l’exécute sans contrôle ? La démocratie est emprisonnée lorsque la Constitution est violée en permanence par le Président, quand il crée de toutes pièces, par ordonnance, une nouvelle armée dénommée «Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI)», lorsqu’il nomme par décret des gens qui ne devraient pas l’être, lorsqu’il installe un Conseil constitutionnel et une Commission électorale à son service. La démocratie est bafouée lorsque les fonds publics sont utilisés à des fins personnelles et qu’il construit un palais en transformant sa résidence privée en siège de la Présidence de la République. La démocratie est humiliée chaque fois que les hommes des troupes militaires qui ont installé le Président Ouattara au pouvoir volent, pillent et tuent des populations civiles sans que justice ne soit faite. Certes, dans ses déclarations publiques, le gouvernement dit regretter ces actes en condamnant les auteurs et en exigeant que justice soit faite, mais alors pourquoi, depuis un an, ces tueries s’amplifient-elles et les chefs de ces milices soit disant incontrôlées sont même régulièrement promus ? Les FRCI sont-elles capables de prendre des sanctions contre elles-mêmes ? Vivement que 2012 nous débarrasse de cette angoisse.

Une démocratie impose la punition de tous ces actes posés par Ouattara, ses troupes et son gouvernement. En démocratie, l’Etat de droit est un impératif. L’Etat de droit ne veut pas dire que c’est un Etat où l’on a le droit de tout faire ! C’est un Etat où l’on doit respecter les règles du droit. Sous l’arbre de Noël tape-à-l’œil de 2011, il n’y avait pas la démocratie. Nous en avons été tristes. Et de nombreuses personnes se sentent de plus en plus déprimées par cet état des choses. Vivement que 2012 nous apporte plus de démocratie et moins de déprime.

Ensuite, il y a la Responsabilité qui a fait défaut sous notre arbre. En effet, la France qui, depuis 2002 – début de la dernière crise ivoirienne – déploie ses efforts pour orienter la communauté internationale, semble avoir gagné son pari : installer qui elle veut au pouvoir en Côte d’Ivoire, pour mieux protéger le Pacte colonial. Au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, la France se présente comme le tuteur de la Côte d’Ivoire et à ce titre, c’est elle qui a confectionné les différentes résolutions pour la sortie de crise. Aujourd’hui, c’est elle qui fait du coaching pour Ouattara et son régime dans une Côte d’Ivoire encore sous tutelle. Donc, chaque fois que la démocratie est arrêtée, spoliée, emprisonnée, assassinée, la France y à sa part de responsabilité. Depuis les accords de Marcoussis en janvier 2003, il en est ainsi.

Maintenant que la France contrôle entièrement le pouvoir politique en Côte d’Ivoire, nous pouvions espérer, par exemple qu’elle ose nous dire quelle est sa part de responsabilité dans le bombardement du camp français de Bouaké en novembre 2004. Elle nous répond : secret défense.

Maintenant que la Côte d’Ivoire est, dit-on, rassemblée, la France peut-elle nous dire où sont passés les milliards de francs CFA issus des casses de la BCEAO de Bouaké et de plusieurs autres villes de Côte d’Ivoire ? La même question se pose pour les milliers de tonnes de cacao sorties frauduleusement de Côte d’Ivoire par le Nord. Elle nous répond : secret d’Etat.

Maintenant qu’elle contrôle l’armée de Côte d’Ivoire, la France peut-elle nous dire quelle est sa part de responsabilité dans les crimes commis par les FRCI au regard du droit international? Que dit-elle des vols, des braquages et autres exactions perpétrés par les troupes de Ouattara qu’elle a mission de restructurer ? Dans un tel contexte, chaque fois que Ouattara, ses troupes et son gouvernement commettent des viols de la démocratie et des droits humains, la responsabilité de la France est engagée. Cette responsabilité n’était pas sous l’arbre de Noël. Nous en avons été scandalisés. Et cela nous révolte. Vivement que 2012 apporte à chacun des acteurs plus de sens des responsabilités.

Enfin la Justice n’était pas là non plus
. Depuis 2002, la justice tente en vain de punir les criminels et la crise post électorale s’est rajoutée à la pile des dossiers mal traités. Après les élections, nous espérions un gouvernement pour tous et un Président de la République soucieux du bien-être de tous les Ivoiriens. Hélas, force est de constater que Ouattara est le Président de la «République des vainqueurs». Pour les vaincus, il est un bourreau qui terrorise. Combien d’entre eux sont en prison, parfois sans jugement ? Combien d’entre eux sont en exil ou refugiés, attendant un signal crédible qui aille dans le sens d’un traitement égal de tous par la justice ivoirienne ?

La revanche se prend pour le procureur. L’abus de pouvoir porte la toge du juge. L’impuissance devient avocat, la peur prend le peuple comme enveloppe charnelle. Le repli identitaire tribal devient le refuge de tous, du vainqueur comme du vaincu. La vengeance se donne des allures de justice.

Pensons également à toutes ces victimes habitant le Nord du pays, qui souffrent de voir enfouis dans l’impunité et l’indifférence les crimes qu’elles ont dû subir quotidiennement de la part de l’ancienne rébellion contrôlant la zone dite à l’époque CNO depuis 2002, nouvellement promue au sein des FRCI. Resteront-elles dans l’oubli, comme si leur souffrance ne comptait pas ? A trop y penser, de nombreux Ivoiriens désespèrent de l’Etat de leur pays. Tout cela nous attriste encore plus. Vivement que 2012 nous ramène l’Etat de droit.

La Côte d’Ivoire, après s’être brutalement arrêtée en avril 2011, souffre de ne plus savoir quoi faire. La crise post électorale aura pour notre pays des conséquences profondes, générales et durables. Alors, pour 2012, nous formulons à nouveau nos vœux, avec l’espoir d’être entendu cette fois. Que la réalisation de nos souhaits ouvre le pays à la paix, à la prospérité et à la liberté. Je réitère mes vœux et mon appel à toutes les personnes de bonne volonté pour que nous nous remobilisions afin de faire barrage au régime de tristesse que les «solutions» de Ouattara nous imposent.

Puisse 2012 nous apporter un peu plus d’espoir en des lendemains meilleurs.

Bonne année à tous et que la Liberté soit avec nous.

Fait à Abidjan le 12 janvier 2012.




Mamadou KOULIBALY Président de LIDER

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07/08/2011

Démocratie : la « force des urnes » ?

Dans une démocratie, la majorité exprimée par les urnes s’impose à une minorité plus ou moins importante. Alors qu’en Afrique et singulièrement en Côte d’Ivoire le pouvoir repose sur un seul homme, les divisions et les frustrations dans le clan des « perdants » sont d’une importance qui met en péril la réconciliation. La cohésion sociale pourrait cependant être retrouvée si l’intervention de l’Etat était réduite et si les populations recouvraient leurs libertés en ayant la possibilité d’entreprendre et d’être propriétaires. Dans un cadre libéral, l’individu existe en tant que tel et non plus seulement à travers l’identification à l’Etat et donc, selon la conception africaine, à un petit groupe de dirigeants. La liberté ne doit plus être analysée comme un outil réservé aux occidentaux mais comme le pilier de la réconciliation, de la paix durable et au-delà, du progrès.


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La Côte d’Ivoire est très souvent montrée du doigt par la vieille Europe comme étant incapable d’établir un gouvernement démocratique durable. Entre anthropocentrisme affirmé et vieux reste aristotélicien, la pensée du philosophe s’égarerait presque si, derrière ce problème d’un gouvernement véritablement démocratique, ne se cachait une série de questions plus profondes, et plus graves. Car au-delà de l’ingérence française visant à faire chuter le précédent pouvoir, il est intéressant de s’interroger sur la valeur, et les limites, de ce que nous appellerons la « force des urnes ». Faut-il tout demander au peuple, tout lui soumettre ? Qui doit décider, dans un état de droit, et dans quelle mesure, des libertés individuelles et collectives ? Que faire des minorités, faut-il les protéger, voire les revendiquer comme étant la clef de la richesse d’un peuple, ou au contraire les soumettre, par la puissance publique, à la force de la majorité ? De quelle autorité un représentant de l’Etat est-il porteur ?

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