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30/12/2011

La liberté : le point de vue du "lion" ivoirien

On entend de manière récurrente des intellectuels se prononcer sur le problème de la pauvreté en Afrique qui perdure après plus d’un demi-siècle d’indépendance. Faire parler ces intellectuels, en opposant le regard du chasseur (les occidentaux) à celui du lion (les africains) a d’ailleurs fait l’objet du film reportage du rappeur sénégalais Didier Awadi « Le point de vue du lion ». Clin d’œil au célèbre proverbe africain qui dit que « Tant que les lions n'auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse ne pourront que chanter la gloire du chasseur. » Mais que nous disent ces lions ? Quelles voies pourraient répondre à leurs préoccupations ? Que pensent plus particulièrement les « lions » ivoiriens ?

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Il ressort du film que, pour tous les « lions », l’Afrique souffre d’une forte domination : domination des anciennes puissances coloniales, essentiellement la France, à travers la monnaie, les bases militaires, les réseaux dits françafricains et des entreprises multinationales protégées ; domination soutenue par des dirigeants africains complices baignant dans la corruption sous-jacente, sous perfusion d’aide publique internationale. Les Africains sont ainsi maintenus en captivité à la fois par un système de domination mondiale mais également par leurs propres dirigeants. Tel est le constat unanime des « lions ». Ils s’expriment cependant peu sur les voies à emprunter pour sortir les populations africaines de ce carcan oppressant. Ils dénoncent. La prise de conscience est d’ailleurs le début de l’engagement.


Cependant, si l’on décortique leurs analyses, sachant que l’Afrique est dominée au plan international et que ses dirigeants, plus ou moins complices intéressés de cette emprise, enfoncent leurs pays depuis des décennies dans une pauvreté croissante, il est difficile de chercher en eux la solution, sauf à attendre l’avènement d’un leader charismatique, ce qui semble peu probable. Si la solution ne vient ni de l’extérieur, ni des dirigeants africains, naturellement l’analyse s’oriente vers des solutions libérales. D’ailleurs, les audits de la liberté économique dans le monde réalisés par le Fraser Institute et l’Heritage Foundation, mettent clairement en évidence que la liberté et le progrès sont intimement liés. Si les gouvernements ne font rien pour les populations, ils se devraient au moins de les désenchaîner pour qu’elles puissent créer leur propre richesse. Comme les leaders semblent peu enclins à desserrer l’étau, il est urgent de former une société civile forte qui ait la maturité et la détermination de demander sa liberté.

La liberté peut paraître un objectif imprécis mais si l’on parle concrètement de : faciliter les échanges commerciaux ; de simplifier les formalités de création d’un entreprise et d’en diminuer les coûts ; idem pour les titres de propriété privée ; si l’on parle d’impôts moins écrasants et de déclarations fiscales simplifiées ; de justice efficace et impartiale capable de protéger la propriété et les contrats ; de protection des inventions ; de liberté de s’exprimer ; de diminution de la corruption grâce à un contrôle de l’action des dirigeants, etc. Tout cela donne du volume au mot liberté.

Les Ivoiriens ne s’y trompent d’ailleurs pas. Les différentes crises ont fini par les convaincre de l’impératif de vivre plus libres. La défaillance de leur Etat depuis les indépendances est incontestable. Soulignons que la Côte d’Ivoire figure dans les Etats les plus défaillants dans les classements mondiaux.(10ème Etat le plus défaillant sur 177 selon le Fund for Peace pour l’année 2011). Si jadis les conversations étaient ponctuées de « ça va aller », cette expression fataliste tend à disparaitre peu à peu des échanges. L’heure est à la prise de conscience et à la recherche de solutions concrètes.

Audace Institut Afrique s’est intéressé, début décembre, au point de vue des Ivoiriens, à leurs espoirs et surtout à l’importance qu’ils accordent à la liberté. Une enquête a donc été menée par l’équipe de l’institut auprès des populations d’Abidjan dans différents quartiers (Abobo, Adjamé, Williamsville, Yopougon, Cocody, Palmerais) mais également à Grand Bassam et Daloa.

Les résultats sont sans ambigüités : OUI ! Les Ivoiriens sont attachés à la liberté à 96% quels que soient leur âge, leur sexe, leur catégorie socioprofessionnelle ou leur lieu de résidence. Ils pensent à 81% que c’est une solution pour faire reculer la pauvreté et 62% croient d’ailleurs plus en l’entreprise qu’en l’Etat pour ramener la croissance dans le pays. Conscients de l’échec des voies déjà empruntées, 67% pensent que l’aide publique au développement n’est pas utile et que sans elle l’Afrique peut avancer. Ils sont en effet 73% à croire que le continent n’est pas condamnée à la pauvreté. Les « lions » ivoiriens veulent la liberté !

L’analyse montre donc que non seulement, dans le contexte, la liberté est la seule voie de progrès adaptée au continent mais il semble que les Africains soient prêts à faire le grand saut et à prendre en main leur vie dignement, de manière responsable, comme en témoigne l’exemple ivoirien. On critique souvent leur, soi-disant, irresponsabilité mais comment être responsable sans liberté ?

Après la phase pertinente de la prise de conscience, après avoir dénoncé, comme nous le montre « le point de vue du lion », les intellectuels africains devraient désormais engager un combat pour résoudre les problèmes identifiés. Le libéralisme étant la voie indiquée, il conviendra dans un premier temps de renverser toutes les idées reçues qui tendent à l’identifier comme le problème plus que la solution. Cette détermination des grandes puissances à cacher l’intérêt que la liberté apporterait à l’Afrique signe en elle-même la volonté de perpétuer la domination. Alors que les « lions » dénoncent de manière récurrente les monopoles des entreprises multinationales, regardons dans le monde où sont les monopoles. Ils sont dans les pays les moins libres car un monopole ne peut exister que s’il est protégé par des gouvernements amis. Que les « lions » se réveillent, qu’ils arrachent les œillères qui les empêchent de trouver la sortie de l’enclos ! Le « lion » ivoirien est debout et veut en sortir. Une mobilisation forte de la société civile devrait aider à en faire tomber les grilles, même si la porte reste verrouillée à double tour.

Gisèle Dutheuil, analyste pour Audace Institut Afrique.

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22/11/2011

Conférence du Pr Pascal Salin : la crise économique et du libéralisme

Intégralité de la conférence donnée par Pascal Salin, économiste et philosophe français, le jeudi 17 novembre 2011, à l'Institut d’Études Politiques de Strasbourg, sur le thème de la crise économique et du libéralisme.



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29/10/2011

Reconstruction de la Côte d’Ivoire post-crise : Promouvoir la liberté pour émerger


Dev.jpgL’avenir de la Côte d’Ivoire dépend de sa capacité à gérer et à résoudre les défis colossaux qui se présentent à elle après près d’une décennie de guerres. Une analyse de Mohamed Radwan.


La reconstruction post-conflit se veut un système complexe qui prévoit des programmes simultanés à court, moyen et long terme destinés à prévenir l’escalade des disputes, éviter la rechute dans les conflits violents et renforcer et consolider une paix durable. En dernière analyse, elle s’attaque aux causes profondes d’un conflit et jette les fondements de la justice sociale. Les liens entre le développement, la paix et la sécurité sont devenus, au cours de la dernière décennie, l’axe central de la réflexion et de la pratique en matière de reconstruction post-conflit.

Les systèmes de reconstruction d’après-guerre requièrent un processus global de planification stratégique de la liberté qui détermine la vision d’ensemble, fixe les priorités, identifie les jalons et négocie un réseau approprié de responsabilités entre les différents acteurs intérieurs et extérieurs du système.

Construire un Etat de droit


Dans l’idée libérale, Etat de droit et développement vont de pair. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, cette exigence est encore plus grande dans la mesure où, au-delà du développement, ce qui est jeu, c’est d’abord la construction, ou plus précisément la reconstruction. Il faut réédifier les fondements de la société ivoirienne et reformer les institutions. L’Etat de droit est d’évidence une condition sine qua non de la reconstruction, car il ne n’est pas question de rebâtir des routes ou des maisons détruites tant que les causes ayant conduit à leur démolition perdurent.

Dans la Côte d’Ivoire post guerre, l’Etat de droit n’existe plus et l’Etat tout court est lui-même en ruine. Les forces armées non conventionnelles pullulent encore dans les rues, la sécurité et la justice sont quasi inexistantes. Pour qu’un État puisse effectivement être régi par des règles, il faut qu’un certain nombre de conditions qui tiennent à la nature de l’environnement politique soient remplies. Dans l’État de droit, la contrainte est exercée conformément à des règles. Ces règles s’appliquent aux comportements des sujets de droit. Or, si la loi ne règne pas, des hommes le feront : il n’y a pas de tierce option. Qu’est-ce qui distingue dès lors l’État de droit d’un État despotique qui fonctionne par l’intermédiaire de décisions et de règles qu’il aura plu au souverain-despote de bien vouloir formuler, en violation de la Constitution même?

La restauration de l’Etat de droit apparait comme le terreau de la reconstruction. Les populations et les investisseurs étrangers ne se sentiront rassurés et prêts à engager leur patrimoine dans notre pays que s’ils ont la certitude de pouvoir bénéficier de toutes les garanties légales contre les prédateurs de toutes sortes. Les relations entre État de droit et développement ne sont plus à démontrer, une littérature abondante existant en la matière. L’État de droit permet d’adapter les réformes du système judiciaire, de manière à le rendre plus efficace et à mieux répondre aux besoins de la reconstruction de l’économie par la stimulation des investissements, la protection des contrats, la libération des populations et la garantie de transparence, notamment dans les transactions commerciales.

Le rôle de l’État de droit consiste donc à mettre en place des institutions efficaces et capables de garantir les droits de propriété, cette dernière devant être comprise comme une institution économique entrant dans le commerce. Sa protection consisterait donc à faciliter l’accès à la propriété individuelle et foncière, en rendant la terre à ses propriétaires originels. Quand on sait que les litiges fonciers on été l’un des facteurs de tension ayant conduit à la guerre, il est d’évidence urgent de prendre des mesures correctives et sortir du système selon lequel la terre appartient à l’Etat ou a celui qui la met en valeur.

Ces changements sont certes idéels mais nécessaires pour permettre de rendre la notion d’État de droit plus proche de nos réalités nationales. Lorsque les libertés sont promues, les populations acquièrent une part importante du patrimoine national.

Eviter le piège de l’aide publique extérieure et l’endettement

Depuis la fin des hostilités, la «communauté internationale» s’est précipitée au chevet de notre pays pour «aider» à sa reconstruction. Dès lors, on a assisté, à grand renfort de publicité, à des dons et autre prêts consentis par les bailleurs de fonds et les «amis da la Côte d’Ivoire». Mais il faut aller au-delà des apparences médiatiques.

Aucun pays pauvre n’a jamais réussi à se développer grâce à l’aide publique. Bien au contraire, elle encourage la corruption et est source de conflits, tout en décourageant la libre entreprise. Dans une situation de reconstruction post-guerre, le risque est encore plus grand. L’aide publique au développement a toujours eu tendance à générer une course à l’enrichissement des élites politiques, tandis que les populations, elles, s’installent dans un attentisme ingénu, attendant que l’Etat les prenne en charge. Après tout, n’ont-elles pas vu à la télévision que «les blancs ont donné de l’argent» ?

Dans les situations post crise, les gens sont tout à fait en droit d’attendre de l’aide. En économie, c’est qu’on appelle des incitations. Mais si l’on envoie aux populations de mauvaises incitations, elles auront naturellement de tout aussi mauvaises réactions. C’est pourquoi la majorité des pays subsahariens se débat dans un cycle sans fin de corruption, de maladies, de pauvreté et de dépendance, en dépit du fait qu'ils ont reçu plus de 300 milliards de dollars d’aide publique au développement depuis 1970. Il ne faut pas s’y tromper : ces aides n’en sont pas vraiment, puisqu’elles sont souvent assorties de taux d’intérêt non compétitifs et aboutissent aux monopoles de multinationales étrangères et à l’étatisme, tandem néfaste pour pays en reconstruction.

L’endettement à outrance n’offre pas de meilleures perspectives. Le gouvernement d’Alassane Ouattara a adopté le budget 2011 à hauteur de 3050,4 milliards Fcfa, dont 42% (soit 1281 milliards Fcfa) sont consacrés au remboursement du service de la dette. Le constat est clair : l’on se trouve dans un cercle vicieux où l’on contracte des emprunts pour rembourser des crédits antérieurs. La reconstruction du pays ne doit donc pas servir de prétexte à un endettement excessif, qui maintiendrait les populations dans la pauvreté et le désespoir, tout en faisant le bonheur des bailleurs de fonds.

En conclusion, la reconstruction de la Côte d’Ivoire est loin d’être une tache aisée, car il ne suffit pas simplement de rebâtir ce qui existait avant la crise. La consolidation de l’Etat de droit et une gestion responsable des ressources sont des préalables sans lesquels aucune stabilité politique et sociale n’est possible. L’audace pour la Côte d’Ivoire consisterait à procéder à un audit du compte d’opération de la BCEAO. Si l’on considère que le pays pèse pour 40% dans l’espace économique de l’Afrique de l’Ouest, l’on peut anticiper que le recouvrement des avoirs ivoiriens logés auprès du Trésor français serait une excellente plateforme de financement de la reconstruction nationale.

Mohamed Radwan
dans l'hebdomadaire Paix et Développement du 24 Octobre 2011

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