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11/02/2013

Connivences et construction d'un Etat criminel et irresponsable

 

«J’entends dire que l’argent ne circule pas ! Sachez cependant que l’argent travaille.»

Alassane Dramane Ouattara (président de la république de Côte d’Ivoire)

 

«On accusait autrefois les hommes politiques de ne songer qu'à "se remplir les poches". Aujourd'hui, on ne leur reproche plus guère que de vider les nôtres.»

André Frossard (journaliste, essayiste et académicien français)

 

Par Mamadou Koulibaly | LIDER | 10 février 2013


 

Le processus de réconciliation en Côte d’Ivoire, qui a du mal à s’enclencher efficacement, tend à situer les responsabilités des différents acteurs de la crise ivoirienne. La responsabilité politique repose, entre autres, sur une certaine liberté dans l’exercice du pouvoir. Sans liberté, pas de responsabilité, même dans le crime. Le crime au sens large du concept est la transgression des lois justes, quelle qu’en soit la gravité : de l’évasion fiscale au génocide, en passant par les meurtres prémédités, le stationnement interdit et le vol à main armée. Sans aucun jugement moral, cette définition analytique permet clairement de distinguer d’un côté les actes criminels et de l’autre les activités légitimes. L’activité criminelle n’est payante que tant que le risque d’être appréhendé et condamné est faible. Le crime prospère donc lorsque la police et la justice sont faibles et que l’impunité devient la norme.

 

La planification de la défaillance de lEtat

 

Pour ne pas faire trop d’histoire, retenons que le régime de Ouattara date officiellement d’avril 2011 lorsque, après avoir gagné les élections présidentielles de 2010, il lui a fallu faire une guerre pour accéder à un trône qui avait été confisqué par son adversaire.

 

Pour cette guerre, le président Ouattara s’est appuyé sur les Forces armées des forces nouvelles (Fafn) et a recruté des combattants de différentes tribus et ethnies du nord de la Côte d’Ivoire, qu’il a transformés, par le pouvoir d’une ordonnance illégale, en armée régulière ivoirienne dénommée Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (Frci), comme pour bien rappeler que ce sont les militants du Rassemblement des Républicains qui devenaient la nouvelle armée de notre pays. Le R des deux sigles ne semble pas se référer à la République, mais aux républicains du Rdr. Les Fafn venaient de prendre l’ascendant sur les Forces armées nationales (Fanci) et se substituaient automatiquement à elles. Les Frci, dont Ouattara est le chef suprême, ont une histoire que l’on peut faire remonter au putsch manqué de septembre 2002. Elles sont alors une mosaïque d’associations de fait : Mpci, Mpigo, Mjp. Ces forces sont celles qui ont participé, entre septembre et décembre 2002, à l’étranglement du marché du cacao dans les zones de production de Vavoua, Danané et Daloa, permettant ainsi à certains négociants, qui leur avaient payé des sommes colossales, de s’enrichir tout en leur livrant armes sophistiquées et munitions en grandes quantités. Ces bandes armées vont ainsi devenir les forces d’occupation rebelles de la moitié nord du pays. Plus tard, les responsables de ces groupes nous expliqueront que les armes se sont imposées à eux, pensant ainsi attirer de la compassion à leur endroit. Nous ne reviendrons pas sur les détails de ces origines, mais une description détaillée de cette naissance peut être lue dans l’enquête menée par le journaliste Guy-André Kieffer, disparu curieusement quelques temps après.

 

Cette occupation du Septentrion sera le début d’activités criminelles intenses, qui durent jusqu’à aujourd’hui : L’exploitation des zones occupées et le pillage systématique des ressources de leur sol et sous-sol, agrémentés par des meurtres et des casses de banques, et en particulier ceux des agences locales de la Bceao, qui ont fait perdre à cette institution financière internationale plus de cinquante huit (58) milliards de francs cfa, que l’Etat de Côte d’Ivoire a eu l’obligation de rembourser par la suite, sans qu’aucun coupable n’ait été arrêté ni inquiété. L’expropriation des propriétaires fonciers traditionnels, l’exploitation et l’occupation illégales de terres agricoles pour la culture de drogues sont devenues coutumières. L’un des prototypes de ce type d’activités criminelles organisées reste M. Ouédraogo Rémi, ancien combattant des Forces nouvelles, qui bénéficie aujourd’hui encore de la protection et de la bénédiction du régime Ouattara qui, à la recherche de camps d’entrainement, n’ose pas déloger ce bandit de grand chemin, pilleur des forêts classées de l’ouest du pays, alors que tous les journaux ont décrit dans le détail les activités de "Ouremi" dans le Mont Peko. Des guerres de leadership sont aussi le propre des rebellions et sont responsables de la disparition de certains chefs de guerre tels que Sam Boukary alias Mosquitto, Zaga Zaga, Adams, Kass, IB et autres, tous victimes de la loi du crime organisé dans les zones Cno, comme à la belle époque décrite dans le roman «Le Parrain» de Mario Puzo et superbement mise en scène à Hollywood par Francis Ford Coppola avec Marlon Brando dans le rôle de Don Corleone.

 

Dans ces zones, pendant les dix années du règne des Fafn, les modalités de gouvernement ont été celles de tout système de crime organisé.

 

  • Ils ont fait disparaitre l’Etat et l’ont remplacé par une administration militaire dirigée par les commandants de zones dits com-zones ;
  • Ils ont supprimé les caisses de l’Etat et les ont remplacées par une agence unique dite «la centrale», qui collecte les impôts, douanes et autres rapines et butins de guerre pour le compte des com-zones et autres chefs des Fafn ;
  • Ils ont instauré l’autorité des Fafn et proscrit définitivement celle des préfets, sous-préfets et autres administrations civiles, représentants de la République ;
  • Ils ont organisé une branche politique et une branche armée avec une répartition des tâches : la première partageait le pouvoir dans les zones hors Cno tandis que la seconde participait aux activités du centre de commandement intégré. Ceci a permis aux Fafn d’être à la fois les seuls maîtres dans les zones Cno et de partager la maîtrise du terrain et le pouvoir dans le reste du pays.
  • Ils géraient ainsi de façon collégiale le pouvoir d’Etat, avec l’appui de différents accords de paix (Marcoussis, Pretoria, Ouagadougou) et la complicité des refondateurs au pouvoir, qui avaient appelé à la soupe les autres partis signataires de l’accord de Marcoussis, accepté et célébré par tous. Les milices de toutes sortes se sont mises en place et ont profité d’activités criminelles sur l’ensemble du pays, qui s’est retrouvé gouverné non pas par un parti ou par un homme, mais par un collège de managers que l’on appelait à l’époque "la bande des quatre grands" : Ouattara, Bédié, Soro, Gbagbo. Ces quatre personnalités avaient tous rang de présidents d’institution de la République et  jouissaient des privilèges liés. Ces quatre ont mis en place un système de gestion piloté par le Cadre Permanent de Concertation (Cpc) et ont accepté tous ensemble de mettre en berne la constitution et l’Etat de droit pour rechercher, disaient-ils, la paix. Selon leur plan de travail, le droit ne pouvait permettre d’arriver à la paix, il fallait en sortir, trouver la paix, pour ensuite revenir avec cette paix dans l’Etat de droit. Les bases criminelles de l’Etat étaient ainsi posées. Le refondateur s’est prostitué avec la rébellion pour garder ce qui lui semblait être l’essentiel: le pouvoir.
  • La justice, dans les zones Cno, était militaire. L’administration militaire et l’Etat sont devenus malfaiteurs. C’est sur cette administration et ces forces qu’Alassane Ouattara s’est appuyé. Cette force dont il avait le contrôle n’était pas officiellement au pouvoir à Abidjan, mais avait le pouvoir. Notons d’ailleurs que le président de la République de l’époque a toujours fait scrupuleusement ce que les Forces nouvelles voulaient, alors que lui-même n’est jamais arrivé à leur faire accepter quoique ce soit de significatif. Laurent Gbagbo était au pouvoir à Abidjan, mais ce sont les Fafn qui avaient le pouvoir dans les zones Cno, malgré les multiples accords de paix. En dix ans, il n’a obtenu ni unicité de caisse, ni contrôle de l’intégralité du pays, ni restauration de l’intégrité du territoire, ni redéploiement de l’administration dans les zones Cno, ni désarmement des forces combattantes, rien qui relève de la souveraineté de l’Etat. Dans les zones hors Cno, Laurent Gbagbo était certes au pouvoir, mais c’est Ouattara qui avait le pouvoir.

 

2002-2010 : Gbagbo sur le trône, Ouattara aux commandes

 

Pour comprendre ce qui s’est alors passé il faut d’abord saisir l’essence du pouvoir. Une personne A a du pouvoir par rapport à une personne B, si A est en mesure d’inciter ou d’empêcher B d’accomplir ou pas une action donnée. Dans cette acception du pouvoir, l’on reconnait que A et B ne sont pas des robots, mais ont des volontés actives et que l’obéissance ne se fait pas sous une emprise magique. L’on admet aussi qu’à travers cette volonté, B est libre de désobéir mais qu’en pareil cas, A peut lui infliger des sanctions dont la crainte oblige B à obtempérer.

 

Si l’on transpose cette analyse de base à la politique ivoirienne durant la dernière décennie, on constate que Laurent Gbagbo était certes au pouvoir de 2002 à 2010 mais que, d’évidence, c’est Alassane Dramane Ouattara qui détenait le pouvoir. Pourtant, la gouvernance de la Côte d’Ivoire durant cette période est communément attribuée à Gbagbo, qui croyait d’ailleurs lui-même en être le détenteur. Il ne détenait en fait que le fauteuil présidentiel, alors que Ouattara gouvernait effectivement avec l’appui des Fafn dans les zones Cno. Laurent Gbagbo avait l’illusion du pouvoir, Ouattara en avait la réalité. Gbagbo était satisfait d’être au pouvoir et Ouattara lui faisait faire tout ce qu’il voulait et l’empêchait de faire tout ce qu’il ne voulait pas. Gbagbo se contentait d’être au pouvoir, de signer des accords avec les mandants de Ouattara et de les exécuter selon la volonté de Ouattara, à la seule condition que lui reste au pouvoir. Or être au pouvoir et avoir le pouvoir sont deux choses différentes. Etre au pouvoir ne veut pas dire automatiquement avoir le pouvoir. Gbagbo l’aura appris à ses dépens. Ouattara, lui, s’est contenté, depuis la signature de l’accord de Marcoussis, d’avoir le pouvoir sans être dans le fauteuil présidentiel. Un bref survol des évènements de la période suffit à convaincre que cette réalité et de cette thèse.

 

  • La rébellion non matée était une victoire de Ouattara sur la république de Gbagbo.
  • Les accords de Marcoussis, scandaleux arrangements présentés comme un «médicament amer» à essayer, étaient une expression du pouvoir de Ouattara sur le président Gbagbo.
  • Les accords de Pretoria, qui ont conduit Gbagbo à modifier ou rejeter toutes les lois votées par l’Assemblée nationale conformément à la constitution ivoirienne, instaurant entre autre l’actuelle Cei (Commission Electorale Indépendante), étaient une expression du pouvoir de Ouattara sur le président Gbagbo.
  • L’accord politique de Ouagadougou, dans ses quatre versions (I, II, III et IV) était aussi une expression de l’ascendance du pouvoir de Ouattara sur le président Gbagbo.
  • Proclamer que nous irons aux élections sans désarmement et tout mettre en œuvre pour qu’il en soit ainsi, en violation complète des lois et règlements de notre pays, était une victoire du pouvoir de Ouattara sur le président Gbagbo.
  • Le déroulement des élections et le cafouillage de la proclamation des résultats étaient l’expression du pouvoir qu’avait Ouattara, l’opposant d’alors, sur le président Gbagbo qui était au pouvoir et à la tête du groupe informel qu’on appelait à l’époque la majorité présidentielle (Lmp).
  • Le déroulement de la crise postélectorale montrera aussi cette différence entre Gbagbo, qui était au palais présidentiel, avait prêté serment devant le Conseil constitutionnel et croyait donc qu’il avait le pouvoir et Ouattara, qui était au Golf hôtel, avait prêté serment par lettre et n’était pas reconnu par le Conseil constitutionnel, tout en ayant le pouvoir de fermer les banques, les ports, l’aéroport, les administrations, d’ériger une armée, d’affecter des ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires acceptés par le monde entier.

 

De 2002 à 2010, Gbagbo était de fait au pouvoir, mais il faut retenir que sur la même période, c’est Ouattara qui avait le pouvoir. Tout bilan de cette décennie devrait tenir compte de cette situation et savoir que le pouvoir était partagé par les signataires des accords de Marcoussis. Ils ont exercé le pouvoir ensemble. Les refondateurs ont accepté la perversion de leur pouvoir par les rebelles. Ils en ont profité. Il serait trop facile, à l’heure du bilan, de dire que Gbagbo était seul au pouvoir, donc il doit en assumer seul le bilan. Il y a celui qui était au pouvoir et celui qui l’exerçait.

 

La rebfondation a ainsi préparé la criminalisation de l’Etat, qui est aujourd’hui pleinement exercée par le président Ouattara. Cette criminalisation a été le socle de la déconstruction de l’Etat de droit, minutieusement planifiée, à dessein ou pas, par la rebfondation. Il était donc facile pour Ouattara d’y installer les Frci et d’étendre, cette fois à l’ensemble du pays, les pratiques de gouvernance qui avaient cours pendants dix ans dans les zones Cno. L’Etat malfaiteur est dorénavant devenu la norme et le repère. Cette fois, Ouattara est au pouvoir et a le pouvoir. Il installe le système des com-zones partout sur le territoire. Il nomme des anciens chefs de guerre préfets de région, il instaure des com-secteurs, nouvelle catégorie jusqu’à présent inconnue dans l’armée et dans l’administration du territoire en Côte d’Ivoire. Il redéploye, jusqu’aux petites contrées, la milice de son parti, qui tient lieu d’autorité civile et militaire en même temps.

 

Ce sont les représentants locaux des Frci qui ont le pouvoir local, qu’ils exercent en s’appuyant sur les structures locales du Rdr. Ils sont à la fois juges, sous-préfets, maires, chefs de canton et de village. L’armée a le pouvoir local par délégation du chef supérieur des armées, Alassane Dramane Ouattara. L’Etat-criminel est dominé par une milice ethnique et sa branche politique, le Rdr. Ses équipes se spécialisent dans l’exploitation des ressources minières nationales pour leur propre compte. Ils animent des réseaux intouchables de crime organisé dans les forêts classées et les terres rurales, desquelles ils chassent les propriétaires coutumiers traditionnels. Ils passent des marchés de plusieurs milliards au nom de l’Etat, sans aucun respect des procédures d’appel d’offre telles qu’instituées par le code des marchés publics. Ils gèrent un Etat formel avec des procédures informelles. Ils privatisent pour leur clan et les chefs des milices des pans entiers de l’activité économique de l’Etat. Ils profitent de la protection que leur apportent les Nations Unies pour s’adonner à des activités criminelles, sans que les bailleurs de fonds, piégés, ne puissent protester ouvertement, eux qui croyaient que Ouattara aurait été un président moderne. La communauté internationale découvre plutôt un Etat-trafiquant en tous genres, qui met les institutions au service du crime organisé, en dehors des lois de la République. Elle découvre un Etat qui multiplie les milices ethniques en remplacement des anciennes. Elle découvre un Etat qui criminalise les pratiques de pouvoir.

 

On voit donc que la déconstruction des institutions de l’Etat ivoirien, minutieusement planifiée par un groupe d’hommes assoiffés de pouvoir, est le socle de toute la souffrance des populations qui croupissent dans une pauvreté toujours plus profonde et dans une oppression dont le niveau est devenu intolérable. Dans ce contexte, il est important de dénoncer massivement ce système, en commençant par en prendre l’entière conscience, et en luttant, chacun à notre niveau. Aussi infime que soit l’action de chacun, il est important que, individuellement et collectivement, la classe politique, la société civile, les ménages et les entreprises, nous fassions notre part d’effort sur nous-mêmes, dans la vérité et la responsabilité, pour espérer sortir de ce chaos, insoutenable malgré tous les slogans qui nous rabâchent le contraire. Il est important de refuser catégoriquement toute velléité d’amnistie, qui permettrait à la classe politique bourreau des populations depuis trop longtemps, de s’exonérer encore une fois de ses responsabilités criminelles. Nous devons refuser que s’installe plus longtemps dans notre pays une classe de citoyens à irresponsabilité illimitée. Il y va de notre survie, de l’avenir de la paix, de la liberté, de la démocratie et de la prospérité.

 

Mamadou KOULIBALY

Président de LIDER

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16/02/2012

Aller jusqu’au bout : le résistant et le désenchantement permanent

Aller jusqu’au bout   le résistant et le désenchantement permanent « Pensées Noires - Réflexions et libre expression sur les sociétés noires de Côte d'Ivoire, d'Afrique et de la diaspora2.pngVoilà presqu’un an que le régime de la Refondation est tombé sous les feux d’une coalition internationale ayant porté Alassane Ouattara au pouvoir. La Côte d’Ivoire connaît depuis un climat politique délétère et chaque jour sa dégradation menace d’altérer le climat politique national de manière profonde, durable et générale. Le désarroi et l’inquiétude viennent de ce que la Côte d’Ivoire a depuis longtemps perdu des pratiques politiques qui l’avaient longtemps fait passer pour une exception, dans un continent dont bien des régimes politiques ont eu du mal à se plier aux exigences de l’Etat de droit et à de saines et incontestables compétitions électorales. Alassane Ouattara se comporte comme un roi, décidant tout seul de tout.

La situation est délicate à gérer par les citoyens et les politiciens. Pour saisir les enjeux de cette falsification du politique, nous avançons l’hypothèse que la démocratie, d’un côté violée chaque jour par Ouattara sous le signe d’un exhibitionnisme politique qui privilégie la forme sur le contenu, et menacée de l’autre par des soi-disant « résistants » qui eux, frappés d'une sorte de cécité politique les privant de regarder la réalité en face, vont droit au mur traînant avec eux tout un peuple qui ne mérite pas un tel destin.

Les doctrines en conflit


D’un côté, il y a les opposants, ceux qui savent qu’ils ne peuvent pas faire autrement que de sélectionner une position idéologique, de la défendre et de la faire triompher sur toutes les autres. Ils y sont contraints par la compétition politique, qui les oblige à se démarquer des autres, et par les exigences de l’action, qui leur imposent de dénoncer puis d’énoncer ce qu’ils ont l’intention de faire du pouvoir qu’ils revendiquent. Pour eux ce choix est vital, car ne pas choisir, c’est n’avoir rien à proposer aux citoyens et se condamner à l’inaction et à l’échec.
De l’autre il y a les « résistants », ceux qui ont choisi la voie de l’immobilisme soit par orgueil, soit pas peur, soit par manque de vision. Quoiqu’il en soit, la conséquence est la même : elle est trahison vis-à-vis de la marche du pays et des souffrances endurées depuis des siècles. Ils prétendent être des « résistants », qui « résistent » contre le pouvoir du « préfet Ouattara ».

Ceux-là essayent de nous convaincre d’entrer dans leur logique de « résistance ». Leur thèse, en réalité, devrait être qualifiée d’exhibitionniste et de victimaire, car privilégiant la forme sur le contenu, se méfiant de la souveraineté du peuple et redoutant autant l’altérité que le pouvoir de l’opinion. Tous veulent avoir l’honneur de porter la parole qu’ils mettent eux-mêmes à la bouche de chef ! On se souvient des sorties tonitruantes du sieur Koné Katinan affirmant que le chef à dit telle ou telle autre chose, qu’il va bien et qu’il est « debout ! ». Pourtant le chef lui-même démontrera le contraire lors de sa première comparution devant la Cour pénale internationale (CPI). On a ainsi vu un homme fatigué et amaigri et qui, de ses propres aveux, ne voyait même pas la lumière du soleil, à plus forte raison donner des mots d’ordre à Katinan. Or donc, Katinan imaginait les mots d’ordre du chef dans son salon feutré d’Accra. Gervais Coulibaly avait donc raison quand déjà, en juin 2010, il affirmait qu’il y avait trop de menteurs autour de Gbagbo.

Pendant ce temps, on crie sur tous les toits qu’on « résiste ». Les exilés d’Accra s’expriment, les « résistants » de Paris et d’Abidjan, les patriotes électroniques et autres porte-paroles guerroient. Finalement, un an plus tard, Gbagbo n’a pas été libéré, pis il se trouve désormais à La Haye. Pourquoi ? Peut-être parce que la plus marquante action des « résistants » pour contribuer à sa libération n’aura été qu'une manifestation « kodjo rouge » organisée à Paris, où des femmes exhibaient sans vergogne leurs postérieurs. Maudit soit alors Sarkozy, car tous ces postérieurs si patriotiquement exposés ne seront pas sans conséquences pour lui !

Quelle résistance ?

Cela n’est pas la conception que nous avons de la résistance. C’est pour cela que nous, et de nombreux ivoiriens, ne nous reconnaissons pas en elle. Arrêtons-nous donc un moment sur la notion de résistance.
La logique de la résistance n’est pas une logique statique, mais tout simplement ferme. Et fermeté n’est pas synonyme de statique. Est statique ce qui n’évolue pas, alors que la fermeté désigne plutôt la qualité de ce qui ne se laisse pas distraire, de ce qui manifeste l’autorité sans brutalité, de ce qui évolue en demeurant fidèle à ses objectifs. Alors que le statique se présente comme un état de satisfaction équilibrée, la fermeté est l’état de ce qui est assuré et décidé *.

La logique de nos « résistants-patriotes » –par « patriote » il faut entendre ici « les pro-Gbagbo », car de leur point de vue, seuls eux sont « patriotes » donc aiment leur pays. Les autres ne sont rien d'autres que des « traitres » !–est-elle dynamique et fidèlement évolutive ?
Il faut répondre tout de suite non. Au risque de nous voir encore taxé de « lider-ship », il faut se rappeler ce que disait déjà Mamadou Koulibaly alors qu’il tenait les rênes du FPI. Ce dernier avait préconisé l’organisation d’un congrès pour doter le parti de nouvelles instances et remettre au travail. Proposition rejetée ! On ne fait rien tant que Gbagbo n’est pas libre, disait-on. Et Brigitte Kuyo d’ajouter, sur sa page Facebook, « Koulibaly est de quel village Bété pour que Gbagbo lui laisse le FPI ? ». Position statique n’est-ce pas ? Quelle résistance ? Résistance à l’action, au changement.

Un an après, lorsque les rumeurs sur le transfèrement de Gbagbo Laurent se répandaient, qu’ont fait les « résistants » ? Le discours était : « qu’ils touchent à un seul cheveu de Gbagbo et ils verront ce qu’ils n’ont jamais vu ». Le Woody a finalement été transféré et nulle part on a vu l’apocalypse promise par les « résistants-patriotes ». Comme l’avait si bien dit Mamadou Koulibaly, notre loyauté ne doit pas se mesurer à l’aune de notre attachement à un chef, mais aux principes et aux valeurs qui fondent notre projet de société. Le temps lui a donné raison car ce sont ces mêmes « résistants » qui, hier, promettaient de mourir pour leur pays et qui ont fui la queue entre les jambes dès le premier coup de fusil à Cocody, abandonnant le pauvre Gbagbo à son sort.

En fait, de résistance il n’en est rien. Car un an après les lignes n’ont pas bougé. Les marches de cent ou deux cent personnes à Paris n’y ont rien changé. A ce jeu-là, c’est à celui qui insulte le plus fort Ouattara que revient la palme du plus grand « patriote ». Les prophéties et autres malachismes continuent de nourrir la résistance tandis que de nouveaux champions tels que Marine Le Pen et Mélenchon sont acclamés et portés hauts sur les étendards. Quelle honte !

Au final, quel crédit accorder aux manifestations épidermiques de ces gens qui ont menti et conduit des milliers de jeunes à la mort ? Sont-ils allés jusqu’au bout de leur engagement patriotique ?

Aller jusqu’au bout ?

Le slogan (en fait, un bout de phrase prononcé par Laurent Gbagbo lors de sa première comparution à la CPI, ndlr) a vite fait le tour des milieux « patriotiques » autoproclamés. Mais s’il faut « aller jusqu'au bout ! », encore faudrait-il savoir où l’on va, pourquoi et comment ?
Mais pour garder un cap déjà invisible, ils doivent accepter les points de vue divergents et se garder de toute velléité d’interdire les voix et les positions qui ne vont pas dans le sens voulu. Cette réserve ne va pas de soi, car se battre pour une interprétation du bien commun et chercher à la faire triompher, exige que l’on y croit et que l’on y adhère avec la plus grande force de conviction. Chez eux, la pente naturelle n’est pas la tolérance, mais l’intolérance, dès lors que les divergences d’opinion portent sur l’essentiel. Koulibaly et même Blé Goudé en sait quelque chose, lui qui a très vite été soupçonné de traitrise pour avoir suggéré « une approche constructive de la normalisation de la situation en Côte d’Ivoire » et une « opposition plurielle » face au régime de Ouattara. Le pauvre fut très vite sommé de revenir à une position jugée plus « patriotique », selon la conception du patriotisme des pro-Gbagbo.

Mais le fait est que l’intolérance abandonnée à elle-même induit des développements fatals à la résistance. Existe-t-il quelque part dans les arcanes de la « résistance » ivoirienne un projet pour ce pays ? Existe-t-il chez un dirigeant de la « résistance » une vision sur le devenir commun pour le peuple ivoirien ? Il est permis, aujourd'hui, d'en douter sérieusement. La « résistance » n’a rien à proposer et se contente de s’accrocher à un discours défraichi dans lequel certains finissent par se perdre eux-mêmes. Mais ce n’est pas cela le patriotisme. « Cela n’est rien d’autre que la stupidité qui permet de remplacer le sens de quelque grands concepts par des mots vides aux accents abrutissants et mis à la disposition de lâches flagorneurs ». Cela fait plus de dix ans que le peuple ivoirien attend que ceux qui ont décidé de le libérer (disent-ils) sans le consulter, aient au moins la décence de lui proposer un projet de société, d'œuvrer à sa réalisation et de lui préparer un avenir digne des énormes sacrifices qu'il a faits pour avoir la paix. En vain.

Voilà l’enjeu. C’est au bout de ce combat qu’il convient d’aller. Nous doutons fort que Gbagbo en disant qu’il irait « jusqu’au bout », pensait à ces ridicules et irrationnelles manifestations telles que cette opération, très très « patriotique », qui consistait à stopper toute activité à une heure précise et fixer sa photo pendant deux minutes !

Gbagbo avait un projet pour la Côte d’Ivoire, celui de la liberté. Alassane Ouattara nous a fait faire un bond de 20 ans en arrière et les maigres acquis de la Refondation sont tombés à l’eau. Cette bataille n’est pas achevée, il faut la poursuivre jusqu’au bout. Il ne s’agit pas d’aller au bout de l’immobilisme et de l’auto-flagellation en espérant attendrir le peuple. Ces « résistants » là, en fait, n’aiment pas leur pays ; ils ne l’aimaient que parce qu’ils étaient au pouvoir, comme en témoignent ces quelques manifestations de joie dans les milieux patriotiques autoproclamés, le dimanche 12 février 2012, après la défaite de l’équipe nationale de football en finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Pour eux, défaite des éléphants = défaite de Ouattara = victoire de leur « résistance ». Sommes-nous tombés sur la tête ?
Le peuple ivoirien mérite mieux que de subir un perpétuel martyr ! Car au milieu de ce jeu d’intérêts, des masses humaines, des Ivoiriens sont de plus en plus en proie à la malnutrition, aux maladies, au chômage et au sous-développement humain. Prisonniers et incapables de se libérer de cet étau.

En somme, la prétendue « résistance » menée au nom des Ivoiriens n’est que tromperie, corruption et perversion. Une certaine élite politique, accaparée par ses ambitions, entravée par les pressions de toutes parts, enfermée dans son égo et son orgueil, se réfugie encore derrière la façade de ses certitudes. Notre position face à ce constat est que notre démarche en tant qu’opposant doit être guidée par la liberté et l’audace. Elle doit demeurer rationnelle et se contenter d’être plausible au regard des principes de la démocratie. Mais une démarche émotionnelle et incohérente perd à la fois sa légitimité démocratique et sa plausibilité cognitive. Elle devient en même temps politiquement criminelle et intellectuellement fausse.

Ces « résistants » virtuels devraient plutôt s’engager à soutenir les efforts de paix qui sont faits pour redécouvrir, comprendre et revaloriser le sens de la liberté, de la démocratie et des valeurs républicaines. Contrairement à cette vaine « résistance », nous adoptons une approche ayant une assise doctrinale fondée sur des idées, pour une opposition avec des arguments non pragmatiques et non politiciens.

L’heure n’est plus à la « résistance ». C’est plutôt le moment de mener la bataille des libertés. Les libertés individuelles et les droits de propriété, en œuvrant à la construction d'une Nation ivoirienne libre, souveraine et capable de construire sa prospérité en toute responsabilité. Le chemin de ces libertés est long et difficile. Il n’est pas fonction du destin politique d’un homme. Qui qu’il soit. Cependant, « nous irons au jusqu’au bout », chercher ces libertés où qu’elles se trouvent. Ne pas démissionner devant une pareille tache implique certes un grand effort tant individuel que collectif. Mais cet effort est tout simplement le prix de l'avenir.


Par Mohamed Radwan,in l'Intélligent d'Abidjan du 16 Février 2012

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20/01/2012

Armée de réserve : Alassane Ouattara tente de noyer le poisson

Armée de réserve : Alassane Ouattara tente de noyer le poisson.40.000 jeunes de la milice des FRCI seront dit-on formé soit pour servir de main d’œuvre bon marché soit de chair à canon si besoin.En somme une armée parallèle et prétorienne à la solde du régime qui ne fait évidemment pas confiance à l'armée régulière, la sécurité du sieur Ouattara étant elle même assuré par les forces onusiennes.


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Sur le plateau du journal télévisé de la télévision ivoirienne, le ministre délégué à la défense annonçait hier soir la création d'une "armée de réserve". Selon le ministre c'est la solution que Alassane Ouattara lui a demandé de trouver pour les quelques 40.000 jeunes qui ont "donné leur poitrine" pour "participer à la pacification du pays".

La création de cette armée dite de réserve appelle toute fois quelques observations tant les contradictions dans les propos du ministre sont troublant.

Le ministre affirme que ces éléments de l'armée de réserve n'ont pas le statut de militaire. Alors de deux choses l'une. Soit on est dans l'armée et on est militaire soit on n'est pas militaire et on ne fait pas partie d'une armée même si elle est dite de réserve. A moins que le gouvernement nous dise qu'il s'agit d'une armée de civils autrement dit une milice. Ce qui est l'hypothèse la plus proche de la réalité. Il faut alors s'interroger sur les intentions du gouvernement qui peine a mettre au pas les hordes de jeunes désœuvrés qui ont servi de chair a canon et qui aujourd’hui attendent leur part du butin de guerre. La vaine tentative du régime de leur utilisé comme éboueurs pour récurer les caniveaux n'a semble t-il pas eu les résultats escomptés. Alors pour satisfaire ces miliciens en quête de gloire on leur fait miroiter un statut d'armée de réserve ou il seraient des militaires sans vraiment l'être.

Il faut craindre le risque de confusion chez ces jeunes gens qui pour la grande majorité gardent toujours des armes illégalement.

Ce a quoi on risque fort d'assister c'est de voir une armée parallèle et prétorienne uniquement à la solde de Monsieur Ouattara. Cette armée de réserve n'a aucune base républicaine ni aucune mission légale. Le ministre se bornant a affirmé lapidairement qu'elle sera utilisé pour finalement tout et rien a la fois : servir de main d’œuvre bon marché ou de chair à canon si besoin.


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