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19/08/2011

Mamadou Koulibaly : «L’hypothétique bilan positif d’Alassane Ouattara repose sur du détail porté par une communication sans fondement.»


Quatre mois après la prise de pouvoir sanglante par Alassane Dramane Ouattara, le Professeur Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire et fondateur du dernier né des partis politiques ivoiriens Liberté et Démocratie pour la République (LIDER), a accordé un entretien sans langue de bois à Pan-African Visions, média panafricain de langue anglaise basé aux Etats-Unis.

imagesl.jpgAlors que le nouveau régime, entérinant la défaillance complète de l’état de Droit et de l’Etat tout court, se complait dans des dérives autocratiques sans précédent, et que les dirigeants de l’ex-parti au pouvoir – à l’instar du président par intérim du FPI Miaka Oureto – lui font une cour ouverte et pressante afin de faire enfin partie de la coalition gouvernementale, le président de LIDER se positionne fermement dans l’opposition, dans une posture audacieuse et porteuse d’espoir pour de nombreux Ivoiriens traumatisés par les événements récents et l’enlisement catastrophique de leur pays dans le chaos, l’étau néocolonial et la pauvreté durable. Une lecture nécessaire.



PAV: Professeur Koulibaly, commençons par jeter un coup d’œil sur la situation actuelle en Côte-d'Ivoire, en tant que politicien aguerri, pourriez-vous nous donner franchement votre point de vue sur la Côte-d'Ivoire aujourd'hui?

Mamadou Koulibaly : La situation qui prévaut actuellement en Côte d’Ivoire est extrêmement préoccupante car contrairement aux idées véhiculées autour d’une hypothétique démocratie dans le pays, nous glissons vers un régime autoritaire. La nouvelle armée n’est toujours pas maitrisée et les anciens chefs de la rébellion règnent en maitres sur la ville d’Abidjan et le pays. L’insécurité a certes reculé mais est toujours importante et les exécutions sommaires, les viols, les vols, le racket, les agressions diverses persistent ; l’assemblée nationale a été dissoute de fait par l’Exécutif, ce qui est totalement contraire à la constitution ivoirienne ; un nouveau conseil constitutionnel a été nommé par Alassane Ouattara en dehors de toutes règles constitutionnelles, le pays est gouverné par des ordonnances et des décrets illégaux, le Nord est toujours aux mains de l’ancienne rébellion qui impose son autorité et des taxes parallèles. Nous avons là tous les ingrédients d’un état défaillant qui survit grâce à l’aide publique internationale qui coule à flot depuis l’avènement de Ouattara. Ceci laisse malheureusement présager des lendemains difficiles, car la dette sera un handicap durable. Nous espérons sortir rapidement de cette spirale autocratique et revenir sur la voie de l’état de droit.

En tant que Président de l'Assemblée nationale, on vous a peu entendu durant la crise électorale avant l’arrestation du Président Gbagbo. Pourquoi êtes-vous resté si silencieux?

M.K. : Peut-on réellement parler de silence ? Je me suis exprimé début décembre en proposant mon point de vue sur la sortie de crise. Bien que je ne sois pas pour ce genre de gouvernance, j’ai proposé un partage du pouvoir pour éviter la violence, les morts et le durcissement des clivages ethniques au sein des populations. J’ai tenté une conciliation mais les deux camps y étaient fermement opposés. Dans ce contexte, toute tentative d’apaisement semblait raffermir les positions tranchées des deux camps.

Tous ces évènements liés au processus électoral en Côte d’Ivoire sont terriblement regrettables. Pensez-vous que nous aurions pu éviter toutes ces dérives ?

M.K. : Nous aurions pu éviter le chaos mais, alors que dans votre précédente question vous vous interrogiez sur mon silence, à l’inverse, quand, avant les élections, je me suis insurgé contre les vices entachant l’organisation du scrutin, j’ai été qualifié de trouble-fête pointilleux. D’évidence, il était périlleux d’aborder une élection dans un pays dont la moitié Nord était tenue par une rébellion armée, richement installée dans les détournements économiques et la prise en otage des finances de la zone. De surcroît, l’administration n’était pas redéployée, la commission électorale dite indépendante était composée d’une majorité écrasante d’opposants au Président Gbagbo. Quand on accepte de se jeter dans le feu, la brulure est certaine. Et le président Gbagbo a commis la faute de conduire le pays à des élections sans désarmement préalable des rebelles de Ouattara. Il fallait en assumer les conséquences.

Bien que ça ne fasse que quelques mois que le président Ouattara a pris le pouvoir, selon vous qu’a-t-il fait de positif pour ramener le pays sur la bonne voie. Si vous deviez le conseiller, quelles voies lui proposeriez-vous de prendre ?


M.K. : En toute honnêteté je ne vois rien de très encourageant actuellement dans l’action d’Alassane Ouattara, tout son hypothétique bilan positif repose sur du détail porté par une communication sans fondement. Si l’on s’attache aux fondamentaux d’une nation, on ne peut que constater que la constitution est piétinée chaque jour, que la démocratie est aujourd’hui sans consistance, que l’Etat de droit est inexistant et que l’économie est prise en otage pour être redistribuée sans appel d’offre à des groupes français amis du pouvoir ivoirien. Le Général de Gaulle disait que les Etats n’ont pas d’amis mais n’ont que des intérêts. La Côte d’Ivoire est l’un des rares pays au monde qui ait des amis. Cependant, les intérêts de ces amis vont à l’encontre de ceux des Ivoiriens eux-mêmes.

Le seul aspect positif de la gouvernance Ouattara est que la déliquescence de l’Etat est formatrice pour les Ivoiriens. Ils peuvent ainsi comprendre que la démocratie ne peut pas se limiter à un bulletin dans l’urne mais qu’il faut aussi des moyens de freiner l’action de l’Etat qui a toujours tendance à devenir prédateur et dirigiste. Ils vivent la défaillance totale de leur Etat qui est dans l’impossibilité de garantir la sécurité et la justice qui sont pourtant ses missions de base. Cette prise de conscience conduit à un éveil de la société civile et c’est cet éveil qui va permettre aux populations de devenir exigeantes envers leurs dirigeants. Le changement sera demandé et insufflé par la base, par l’Ivoirien lui-même qui, ne l’oublions pas, constitutionnellement devrait être le véritable souverain.

Vous êtes connu pour être un fervent critique des Français en Côte-d'Ivoire, que pensez-vous du rôle qu'ils ont joué dans la résolution de l'impasse politique?

M.K. : Je ne suis pas critique des Français en Côte d’Ivoire, mais je suis plutôt critique de l’ingérence et de la domination du gouvernement français dans le pays, que ce soit au niveau monétaire, au niveau militaire ou encore au niveau économique. L’avènement de Ouattara ne fait qu’envenimer les choses. Cela dit, si la Côte d’Ivoire était un véritable état de droit avec des dirigeants soucieux du bien-être de leurs populations, tout cela ne serait pas possible. Il faut comprendre que l’Etat français cherche à satisfaire les Français avant tout et que la richesse de la France, son indépendance énergétique et la survie de ses multinationales passent par la domination des plus faibles, essentiellement des pays d’Afrique et la Côte d’Ivoire est un pion important dans leur stratégie. Si je prône le libéralisme, c’est justement pour lutter, entre autres, contre ces marchés protégés qui favorisent la corruption. Le système actuel, totalement fermé, laisse la Côte d’Ivoire en marge de la mondialisation qui pourrait pourtant lui apporter le progrès. Avec Ouattara, les relations entre la Côte d’Ivoire et la France se sont encore plus politisées et cela augmente considérablement le pouvoir des gens en place qui ne font plus du tout confiance aux populations locales. Le résultat est un dirigisme économique extensif et d'autres formes de politisation de la vie des entreprises incompatibles avec la mondialisation.

L’ancien président Gbagbo, sa famille et certains de ses proches collaborateurs sont toujours en détention, avez-vous été vous-même menacé et avez-vous noté une sorte de justice du vainqueur ?

M.K. : Je n’ai pas été menacé personnellement puisque j’étais au Ghana à l’époque où la répression a été la plus forte, mais ma famille a été inquiétée à de multiples reprises et ma résidence a été totalement saccagée. Certains de mes biens ont été retrouvés par Interpol au Mali. Vous parlez de justice du vainqueur, c’est évident. Ici, la justice repose plus sur l’émotion, sur la vengeance primaire que sur le droit car certaines arrestations se sont faîtes sans aucun fondement. Le fils du Président Gbagbo est en prison parce qu’il est son fils… Vous voyez sur quoi reposent les accusations parfois ! Des civils ont été exécutés parce qu’ils portaient des tee-shirts à l’effigie de Laurent Gbagbo. La situation se calme certes, mais il ne passe pas un seul jour qui ne puisse étayer par des faits cette affirmation. D’évidence, la crainte de faire remonter les enquêtes à 2002 prouve que le gouvernement Ouattara souhaite fuir ses responsabilités et s’orienter vers une justice du vainqueur. Comment laisser toutes les victimes de la rébellion depuis 2002 dans l’oubli ? Comment enquêter sur le casse de la BCEAO (Banque Centrale) d’Abidjan sans enquêter sur ceux de Bouaké et Man qui ont été braqués à l’époque par les Forces Nouvelles ? Comment enquêter sur les crimes des troupes fidèles à Gbagbo et ignorer ceux des FRCI, armée de guerriers mise en place par Ouattara par le biais d’une ordonnance et qui sont les auteurs de nombreuses exactions ? Comment faire pour que la vengeance ne se cache pas derrière la justice pour agir ? Comment faire pour que la justice ne soit pas de la vengeance ? Comment faire pour que la justice actuelle ne soit pas la source de nouvelles frustrations, de nouvelles haines, de nouveaux conflits ? Nous n’avons pas encore de réponses de Ouattara à toutes ces questions.

Vous avez récemment décidé de créer votre propre parti politique; peut-on connaître vos motivations, considérant que jusqu'à la crise, vous avez été un pilier connu du Front patriotique ivoirien, FPI?

M.K. : Mon départ du FPI ne s’est pas fait sur un coup de tête, c’est le fruit d’une longue réflexion. Mais je dois avouer que dans le contexte politique actuel, je ne pouvais plus m’inscrire dans une posture attentiste. L’inertie n’est pas acceptable. Le FPI souhaitait pourtant instaurer le statu quo dans l’attente de la libération des dirigeants du parti. Les cadres ont refusé de faire un bilan, d’organiser un congrès national et de réorienter la vision du parti. Les Ivoiriens ont pourtant besoin d’une opposition forte qui puisse les défendre compte tenu des velléités autocratiques de l’équipe Ouattara. J’ai donc pris mes responsabilités. Je pense, comme de nombreux Ivoiriens, que nous devons sortir de la logique de la politique fondée sur l’ethnie et la tribu. Je pense que les élites ivoiriennes n’ont pas à diviser les populations pour ensuite régner sur elles. Je crois fermement que nous pouvons réunir les populations pour mieux gouverner le pays.

Quelle est votre réponse aux critiques qui pensent que vous êtes un opportuniste ayant abandonné ses camarades et le navire FPI alors qu’il était en pleine crise?

M.K. : S’ils considèrent que c’est une opportunité, c’est flatteur pour LIDER qui est un jeune parti. C’est très encourageant ! Mon départ, présenté comme une rupture, ressemble plus à un divorce par consentement mutuel. L’inertie s’est opposée à la nécessité d’action. Nous ne regardions plus dans le même sens. Le FPI et LIDER devraient partager un point commun, ce sont deux partis d’opposition au RHDP. L’élan de LIDER devrait donner également de l’eau au moulin du FPI, puisque notre mission démocratique est de former un contre-pouvoir puissant. Mais si le FPI accepte de participer au gouvernement de Ouattara comme cela m’en a l’air, alors LIDER sera aussi opposé au FPI. Je suis parti du FPI à cause des relents tribalistes qui y sont devenus plus vifs, et qui ne me convenaient plus. Le refus du FPI d’assumer ses responsabilités en tant que parti ayant soutenu et conduit des élections sans désarmement m’était insupportable. Le FPI avait pour vocation d’être un parti national et non d’être un club de soutien, une entreprise familiale ou un parti tribal.

D’un point de vue idéologique, LIDER est-il différent du FPI ?


M.K. : LIDER - Liberté et démocratie pour la République - comme son nom l’indique, s’inscrit dans le courant de pensée du libéralisme classique. La liberté, dans le pays, sonne parfois comme un mot creux, un idéal réservé à des pays riches mais inatteignable pour la grande masse des populations des pays pauvres dont le souci est de trouver à manger chaque jour et de pouvoir se soigner pour survivre. Pourtant, partout dans le monde, le recul de la pauvreté est lié à l’augmentation de la liberté. LIDER veut éveiller les Ivoiriens à ces idées pour rompre avec le pessimisme qui confine l’individu dans un attentisme dévastateur. Les Ivoiriens doivent avoir confiance en leurs propres capacités.

Lorsque les populations seront libres d’entreprendre une activité sans rencontrer mille barrières qui découragent les projets ; quand elles ne seront plus étouffées par l’impôt et le poids de l'Etat ; quand elles pourront avoir des titres de propriété qui sécurisent leurs activités et leur descendance ; quand elles pourront commercer librement avec le reste du monde ; quand elles ne seront plus asphyxiées par des entreprises en situation de monopole qui dictent leurs prix; quand toutes ces barrières seront tombées, et quand leurs droits d’accéder à l’éducation, à la santé et à la prospérité seront les vrais enjeux de l’action politique, alors le progrès arrivera enfin. C’est sous cet angle que LIDER voit le progrès. Le parti va présenter le 11 août prochain son manifeste qui permettra de saisir les contours de son programme politique.

Professeur Koulibaly, merci d’avoir accordé à PAV cette interview, et bonne chance dans votre nouvelle aventure politique.


Interview réalisée par Ajong Mbapndah L, in Pan-Afrcian Visions, le 3 aout 2011
*Titre et chapeau par Mahalia Nteby
de Saoti

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14/08/2011

LIDER,un engagement responsable au service du developpement,Le Manifeste.

262932_236417306396911_100000859291845_665633_2555916_n.jpgIntroduction

Liberté et Démocratie pour la République, en abrégé LIDER, est un parti politique ivoirien créé le 14 juillet 2011, qui s’inscrit dans le courant du libéralisme classique et qui prône la démocratie et l'économie de marché.

Faisant le constat:

de l’échec politique de la Côte d’Ivoire au cours des deux dernières décennies ;

-des limites dangereuses d’un Etat dit fort, au sens où il centralise tous les pouvoirs sans réel contre-pouvoir, qui tient ses populations sous domination, dans un cadre institutionnel inadapté à l’initiative privée, populations qui, pourtant, selon la Constitution de Côte d’Ivoire, sont le véritable souverain du pays, mais dont le rôle se limite à donner la légitimité des urnes à une classe politique qui s’emploie ensuite à les marginaliser dans un système voué à son enrichissement personnel;

-de ce que le dirigisme imposé par la classe politique, le protectionnisme économique et la centralisation administrative ont prouvé leurs limites dans la gestion du pays ;

LIDER a été créé pour permettre aux Ivoiriens de sortir de la spirale de la désespérance, d’accéder aux libertés et de devenir acteurs de leurs propres vies pour ne plus être les victimes d’un système qui exclut leur bonheur.

LIDER souhaite également donner un contenu à la démocratie, en dépassant le simple multipartisme, et en donnant les rênes du pouvoir au peuple pour sortir notre pays de la « république cacaoyère » et lui faire emprunter fermement la voie du progrès.

Tous les Ivoiriens appellent de leurs vœux une société de confiance, de paix et de développement économique. Mais cela reste trop souvent un souhait vague que les discours ne peuvent suffire à réaliser. Ce qu’il faut c’est se mettre d’accord sur la voie pour atteindre cet objectif. Partager des valeurs, c’est précisément cela : être d’accord pour se donner des règles et s’imposer de les respecter parce que l’on a confiance en leur capacité à engendrer les résultats escomptés.

Alors quelle pourrait être cette voie partagée? Quels pourraient être ces règles, principes et valeurs communes qui permettraient un nouveau départ de la Côte d’Ivoire ?

Pour LIDER, il s'agit des règles que les représentants du peuple adoptent dans les formes prévues par la Constitution de Côte d’Ivoire, des principes et valeurs de liberté, de respect des lois, de transparence, de libre concurrence et d’égalité des chances.

Les Ivoiriens s’engagent souvent avec passion dans le combat pour la souveraineté de leur pays face au reste du monde mais négligent totalement le combat plus fondamental de leur propre souveraineté face à leur Etat et ses animateurs.

L’évolution de nombreux pays a démontré au fil du temps que l’affirmation de la souveraineté des populations face à leur Etat, et l’affirmation de leurs libertés, sont en corrélation avec le progrès et le recul de la pauvreté.

Par conséquent, l’enjeu est primordial puisqu’il tient en la question du progrès et du recul de la pauvreté, qui sont la finalité des propositions de LIDER.

Avant de développer les propositions politiques du parti, il convient de s’attaquer à quelques idées reçues qui pourraient fausser l’analyse si elles n’étaient pas repoussées ou précisées.

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01/12/2010

Damanan PICKASS s'explique

Commissaire de la Commission électorale indépendante (CEI) représentant LMP, Damana Adia Pickass a empêché, mardi en début de soirée, le porte-parole de la CEI, Bamba Yacouba, de proclamer les résultats provisoires de l'élection présidentielle dans plusieurs régions qui n'avaient pas été validés par la commission centrale de l'institution. Il s’explique sur son geste héroïque.


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